Meurtre en plein restaurant à Laval

Une Ontarienne de 25 ans arrêtée par la SQ

D’autres arrestations en lien avec l’assassinat de Bernard Cherfan pourraient suivre « prochainement », indique le corps de police

Une résidante de l’Ontario a été arrêtée vendredi matin par la Sûreté du Québec (SQ) relativement au meurtre de Bernard Cherfan, commis en plein restaurant, à Laval, le 1er juin dernier.

Selon nos informations, la suspecte, Britney Lewis, 25 ans, a été arrêtée dans sa ville, Pickering, dans la municipalité régionale de Durham, en Ontario.

Elle devrait d’abord comparaître en Ontario avant d’être rapatriée au Québec. Elle sera ensuite accusée au palais de justice de Laval de meurtre au premier degré et de complicité après le fait, ce qui laisse croire qu’elle aurait été impliquée directement dans le crime.

En février 2020, un média ontarien, le Durham Post, a rapporté que Mme Lewis, qui était alors âgée de 23 ans, avait été arrêtée à Pickering en compagnie d’autres individus dans une voiture dans laquelle la police a retrouvé une arme de poing chargée et différentes drogues.

En juillet 2021, elle aurait de nouveau été arrêtée dans un véhicule et accusée de possession de cocaïne en vue d’en faire le trafic. Dans le même véhicule se trouvait un homme qui a tenté de fuir la police et qui a été accusé de possession d’une arme à feu chargée, a rapporté un autre média ontarien.

Mme Lewis n’a aucun antécédent criminel au Québec.

Dans un communiqué, la Sûreté du Québec indique que l’enquête se poursuit et que d’autres arrestations pourraient suivre « prochainement ».

Des témoins sidérés

Bernard Cherfan, 42 ans, a été tué d’au moins une balle dans la tête alors qu’il mangeait une soupe, attablé au restaurant La Perle vietnamienne, sur le boulevard des Laurentides.

Le meurtre, survenu à 19 h 25, a été commis sous les yeux de plusieurs clients sidérés, dont des enfants.

Rapidement, la police de Laval a transféré l’enquête à la SQ puisque le meurtre aurait été commis dans un contexte de crime organisé.

Selon nos informations, Bernard Cherfan, qui était considéré comme un membre de la pègre libanaise et un proche des frères Frenn et des frères Saoumaa, aurait entretenu des liens avec plusieurs organisations criminelles de haut niveau, dont le clan sicilien de la mafia montréalaise et celui que la police considère toujours comme son chef, Stefano Sollecito.

Selon des documents judiciaires obtenus par La Presse, les policiers l’ont observé alors qu’il rencontrait le chef de gang Gregory Woolley et le défunt parrain de la mafia montréalaise Vito Rizzuto, lors de l’enquête Magot-Mastiff (2013-2015) par laquelle la police a décapité en novembre 2015 une alliance mafia-motards-gangs qui dirigeait le crime organisé montréalais.

Cherfan a également été soupçonné d’avoir caché le tueur à gages Frédérick Silva durant la longue cavale de ce dernier, selon ce qu’un enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal avait raconté en cour. Des sources avancent même que Cherfan aurait été un « donneur d’ouvrage » de Silva.

Bernard Cherfan a déjà possédé des entreprises qui se disaient actives dans l’industrie de la construction et de l’immobilier, de la publicité et des appareils cellulaires. Selon une source qui avait connaissance de ses activités, il aurait fourni à plusieurs personnes des appareils de communication cryptés qui pouvaient servir à déjouer la surveillance des autorités.

Plusieurs ennemis potentiels

D’après nos renseignements, Cherfan aurait été très impliqué dans les fraudes, notamment les fraudes de type grands-parents.

Il aurait accumulé beaucoup de dettes et la police n’exclut pas que celles-ci puissent être le mobile du crime.

Les enquêteurs examinent toutefois d’autres pistes.

Il y a quelques années, un conflit entre individus impliqués dans des fraudes, marqué notamment par une tentative de meurtre et des incendies, a eu lieu à Laval.

En 2015, des inconnus ont ouvert le feu sur la maison qu’habitait Cherfan à Laval. L’homme aurait également été avisé par les policiers que sa vie était en danger à quelques reprises, au moins jusqu’en 2020.

Coïncidence ou non, un autre proche de Frédérick Silva, Sébastien Giroux, 36 ans, a été tué par balle à Montréal le 11 mai dernier. Il avait plaidé coupable à une accusation de complicité de meurtre après le fait et attendait le prononcé de sa peine pour entrer au pénitencier.

Au cours des dernières années, des enquêtes de police ont démontré à plusieurs reprises que des individus accusés ou soupçonnés de meurtre ont fait des allées et venues entre le Québec et l’Ontario et qu’il y a visiblement une circulation de cette main-d’œuvre criminelle entre les deux provinces.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

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