Nicolas Ellis reçoit le prix Goyer Mécénat Musica

Le chef d’orchestre et directeur artistique de l’Orchestre de l’Agora Nicolas Ellis est le lauréat 2021-2022 du prix Goyer Mécénat Musica, d’une valeur de 125 000 $, destiné à soutenir un « artiste collaboratif émergent ».

Le prix reçu par le Saguenéen Nicolas Ellis, qu’on a pu entendre ces dernières années à l’Orchestre Métropolitain, à I Musici ou avec son Orchestre de l’Agora, est remis tous les deux ans à des musiciens classiques de moins de 33 ans conjuguant excellence artistique et engagement social, et ce, « suivant une sélection confidentielle et non compétitive dans laquelle un comité artistique consultatif de six membres évalue les candidats pendant un certain temps et juge leur esprit musical et leur habileté au cours de plusieurs performances dans des conditions variées », comme le précise l’organisation philanthropique.

La bourse a été créée à la mémoire de Jean-Pierre Goyer, ancien président du Conseil des arts de Montréal et de l’Orchestre Métropolitain. Les anciens récipiendaires sont la flûtiste Lara Deutsch, le violoniste Marc Djokic et le pianiste Philip Chiu. Il s’agit d’une initiative singulière dans le paysage classique québécois, puisque seuls la Bourse de carrière de la Fondation Fernand-Lindsay (50 000 $) et le prix Virginia-Parker du Conseil des arts du Canada (25 000 $) pourraient s’en approcher.

Les Québécois ont parfois mauvaise réputation en matière de philanthropie privée, préférant souvent l’action des pouvoirs publics aux initiatives individuelles. C’est un peu pour changer cette mentalité que l’organisme Mécénat Musica a été créé en 2013 par un groupe de philanthropes.

Les particuliers et les familles sont invités par l’organisation à effectuer un don à perpétuité à hauteur de 25 000 $ pour les premiers – ce qui revient à quelque 6000 $ à peine après déductions fiscales – et de 250 000 $ pour les secondes. Depuis le début de la pandémie, le programme a notamment permis de soutenir une trentaine d’organismes culturels et d’organiser des concerts extérieurs dans des quartiers défavorisés, le tout pour environ 2 millions de dollars.

Si la nouvelle est annoncée ce mardi, il reste que le principal intéressé était déjà informé depuis un certain temps.

« C’est un prix qui m’a été attribué il y a deux ans. Pendant ce temps, il faut en quelque sorte confirmer que nous méritons le prix en matière de collaboration artistique et de projets dans la communauté. »

— Nicolas Ellis, lauréat du prix Goyer Mécénat Musica

Pas question, donc, de se reposer sur ses lauriers.

Nicolas Ellis s’y connaît en matière de collaboration, lui qui a créé des partenariats entre l’Orchestre de l’Agora et l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, la Fondation Partageons l’espoir et L’Espace transition du CHU Sainte-Justine. Depuis 2013, l’orchestre a également amassé plus de 175 000 $ pour des organismes environnementaux.

« Éviter les mauvaises surprises »

Le montant du prix Goyer peut sembler élevé, mais l’artiste n’empoche pas l’entièreté du prix. Une somme de 50 000 $ va au lauréat, et 50 000 $ sont réservés à l’organisme auquel il est associé, dans ce cas-ci l’Orchestre de l’Agora, qui possède déjà son propre fonds Mécénat Musica de près de 1 million de dollars. En outre, 13 500 $ ont été mis de côté pour une composition de Mathias Maute créée l’an passé par l’ensemble et 11 500 $, pour « de l’encadrement en affaires ».

« Créer des fonds de dotation, c’est une belle façon d’assurer une certaine stabilité et d’éviter les mauvaises surprises comme celles vécues pendant la dernière année. »

— Nicolas Ellis, lauréat du prix Goyer Mécénat Musica

« Cela nous donne un peu d’air, parce qu’on sait qu’une certaine somme d’argent va revenir chaque année » grâce aux intérêts sur le capital accumulé. 

La situation pandémique a obligé plusieurs organismes et musiciens à se redéfinir. « C’est dans des moments comme celui qu’on vit en ce moment qu’on se rend compte qu’il faut développer cette mentalité du long terme, confie le chef d’orchestre. Peu importe comment le monde économique va évoluer autour de nous, il faut savoir ce qu’on peut faire pour s’assurer de survivre. Il y a tellement d’organismes partout dans le monde, aux États-Unis notamment, qui ont dû fermer boutique à cause de la pandémie. »

Avec son orchestre, qu’il conçoit comme « un terrain de jeu, un laboratoire où on peut s’amuser à sortir du cadre plus conventionnel de la musique classique et essayer de poser des questions au public », Nicolas Ellis conclut cette année difficile la tête haute, pleine de projets pour « refaire société » au sortir de la pandémie.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.