notre choix

Louise Penny, toujours égale à elle-même

Un homme meilleur
Louise Penny
Flammarion Québec
496 pages
Trois étoiles et demie

L’univers de Louise Penny est paradoxalement une mer calme et apaisante. Un lieu sûr où l’on se réfugie à la recherche de réconfort au bout d’une intrigue dont on est certain de ressortir avec l’assurance que l’ordre des choses a été rétabli et la justice, rendue.

Un homme meilleur, le nouveau titre de sa série policière autour de l’inspecteur de la Sûreté du Québec Armand Gamache, à laquelle la Québécoise d’adoption se consacre exclusivement depuis 15 romans déjà, s’inscrit dans cette lignée sans toutefois créer de véritable remous.

On assiste ici au grand retour d’Armand Gamache à la Sûreté du Québec, après une suspension de neuf mois. Rétrogradé, il doit affronter le regard de ses collègues, car tous étaient convaincus qu’il tirerait sa révérence et choisirait la retraite plutôt que de reprendre du service. Celui qui était directeur général du corps policier revient désormais en tant que simple inspecteur-chef après une bavure qui lui a valu des reproches en haut lieu. Mais ce serait mal connaître le personnage que de ne pas se douter qu’il rappliquerait la tête haute, avec les mêmes convictions de toujours.

Alors que les crues printanières menacent d’inonder le sud du Québec, Armand Gamache enquête sur la disparition d’une jeune femme non loin du petit village de Three Pines, où il habite. Or, toutes les personnes impliquées dans cette affaire semblent avoir quelque chose à cacher. Aux côtés de son gendre, policier lui aussi, l’inspecteur n’hésite pas à prendre des décisions inhabituelles pour venir en aide au père de la disparue, convaincu qu’elle a été tuée par son mari.

Jamais ne le verra-t-on manifester la moindre amertume ou céder à la colère en raison de son nouveau rang. Armand Gamache est un homme déterminé à aller au bout des choses avec respect et intégrité et à regagner la confiance de ses pairs – un modèle pour l’autorité qu’il représente, un idéal de père, de mari, de collègue, de mentor.

Jusqu’aux tout derniers chapitres, on se demandera ce qu’il est réellement advenu de la jeune femme. Certes, on aura quelques soupçons – des indices disséminés ici et là nous feront croire à plusieurs reprises que nous avons résolu l’énigme de sa disparition –, mais Louise Penny a su dissimuler la clé du mystère dans le mot de la fin. Et c’est ce qui nous tire tout au long de cette intrigue linéaire sans grande surprise, qui demeure fidèle au style auquel nous a habitués l’auteure sans pourtant se démarquer de façon particulière parmi les enquêtes d’Armand Gamache publiées à ce jour.

Avec Un homme meilleur, Louise Penny est parvenue, encore une fois, à prolonger la vie de son personnage mondialement célèbre auquel elle ne semble pas près de renoncer, et qu’on retrouvera sûrement très bientôt si l’on se fie au rythme annuel de publication qu’elle a adopté depuis plusieurs années.

Sa vie d’artiste

La femme révélée
Gaëlle Nohant
Grasset
Trois étoiles et demie

Eliza quitte son mari et son fils de 8 ans, ainsi qu’une vie très confortable, pour aller vivre à Paris. Nous sommes après la Seconde Guerre mondiale, dans un Paris marqué par la guerre, mais aussi en pleine renaissance. Le quartier Saint-Germain-des-Prés bouillonne grâce aux artistes et aux intellectuels qui le fréquentent. C’est là que la jeune femme de 31 ans, qui a changé d’identité et s’appelle désormais Violet, pose ses valises. Appareil photo au cou, elle déambule dans les rues de la ville et capte les visages des gens qu’elle croise. Pour gagner sa vie, elle sera gardienne d’enfants. Elle découvre la précarité, mais elle vit intensément, tisse des liens et crée quelques amitiés profondes. L’histoire – fictive – de Violet n’est pas sans rappeler celle – vraie – de Vivian Meier. En entrevue au journal Le Monde, Gaëlle Nohant a d’ailleurs affirmé s’être passionnée pour le documentaire de Charlie Siskel et John Maloof consacré à la vie de la discrète photographe. Comme Meier, la Violet imaginée par Nohant reviendra à Chicago 20 ans plus tard. Elle souhaite retrouver son fils. Elle découvrira du même coup une société américaine en pleine révolution, bouleversée par la guerre du Viêtnam et le mouvement des droits civiques. Ce roman est un beau portrait d’une femme qui choisit la liberté au détriment du reste. C’est aussi une réflexion sur nos choix : a-t-on droit à une seconde chance lorsqu’on s’est trompé la première fois ? Et quel prix doit payer une artiste lorsqu’elle choisit l’art avant tout : la famille, les attentes de l’entourage, les obligations sociales ? Un peu comme dans La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette, Eliza alias Violet doit s’enfuir pour mieux se retrouver et exister. Comme femme et comme artiste. Tout en sachant que le prix à payer, pour soi et pour les autres, est élevé.

— Nathalie Collard, La Presse

L’amour et l’amitié au temps du sida

Les optimistes
Rebecca Makkai
Les Escales
554 pages
Trois étoiles et demie

Il y a beaucoup d’amour et d’amitié dans ce roman costaud. Entre hommes, entre frère et sœur, entre parents et enfants. Amour de l’art aussi. Entre Chicago, au milieu des années 1980, et Paris en 2015, l’action met en scène Yale, jeune homosexuel militant, et Fiona, sœur de son meilleur ami Nico, mort. Chacun, à 30 ans de distance, cherche ses repères dans la vie. Deux histoires qui se font parfaitement écho à travers une intrigue au dénouement plutôt heureux. Deux histoires qui se déclinent à travers le sous-thème, parfaitement maîtrisé, de la richesse de l’art dans nos vies. On relève aussi un questionnement sur notre rapport au temps, surtout lorsqu’il est compté. C’est l’histoire de Yale qui est centrale dans cette œuvre. Avec beaucoup d’acuité, l’auteure expose tous les questionnements intérieurs de ce jeune homme vivant cette période trouble des premières années du sida. Passer le test ? Ou non ? Le dire à son partenaire ? Ou non ? Comment prendre sa place dans une société où non seulement on vous juge pour votre orientation sexuelle, mais on vous craint aussi parce que vous êtes porteur d’une terrible maladie. Mais comme le titre l’indique, il y a quand même des moments de joie et d’espoir.

— André Duchesne, La Presse

Réfléchir par soi-même

Ces prisons où nous choisissons de vivre
Doris Lessing
Traduit de l’anglais par Philippe Giraudon
Flammarion
Trois étoiles

Lauréate du prix Nobel de littérature en 2007, Doris Lessing était une écrivaine engagée avec un sens critique très aiguisé. Dans les années 80, l’autrice du Carnet d’or, disparue en 2013, était invitée par la CBC à prononcer le cycle des conférences Massey, un exercice à la fois exigeant et prestigieux. Il s’agit d’un cycle de conférences autour d’un thème précis : Adam Gopnik l’a fait autour de l’hiver, Thomas King, autour de l’identité autochtone. Dans ses conférences, Doris Lessing, elle, a choisi de réfléchir aux questions des libertés et des responsabilités individuelles. Avant même l’avènement des réseaux sociaux, l’écrivaine, qui a toujours défendu des positions très claires (elle était anti-apartheid, féministe, anti-raciste…), s’inquiétait déjà du danger de la manipulation des masses, du populisme, du conformisme, voire du lavage de cerveau. Ces conférences ont beau avoir été prononcées en 1985, elles n’ont rien perdu de leur pertinence. Face aux tentatives de manipulation de nos dirigeants ou des mouvements de masse qui nous entraînent vers la pensée unique, Lessing nous exhorte à garder notre sang-froid, à faire preuve de discernement et d’indépendance d’esprit. « … les gens qui viendront après nous, a-t-elle déclaré, s’étonneront que nous ayons accumulé de plus en plus d’informations sur notre comportement, mais que nous n’ayons pas tenté pour autant de nous en servir pour améliorer notre existence. » Une lecture tout à fait à propos en ces temps de crise et de confusion. (À noter qu’on peut écouter les conférences de Doris Lessing – en anglais, bien entendu – sur le site de la CBC.)

— Nathalie Collard, La Presse

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