Aiguille sous roche

Louis T, les « antivax » et la thérapie de couple

Il fallait oser. Et Louis T l’a fait. L’humoriste québécois est allé à la rencontre de tous ces gens qui hésitent et refusent becs et ongles (et surtout sans masque) de se faire vacciner, pour comprendre pourquoi. Pour les écouter. Les confronter. Et mieux : pour discuter avec eux.

Et le résultat, Aiguille sous roche (un titre d’emblée parlant), documentaire à la fois léger et sympathique, sur un sujet par ailleurs épineux et archi-sérieux, sera diffusé mercredi soir sur les ondes de Télé-Québec.

En plus d’alléger le propos, « l’humour amène une forme de distance. Et souligne aussi notre humilité : ce n’est pas un film engagé. Je ne vais pas aller me battre. Ça se peut que je me trompe, avance l’humoriste, par ailleurs fervent provaccin, en entrevue. L’humour sert à témoigner de ma bonne foi. Il faut savoir rire de soi ».

C’est ainsi que dès les premières minutes du documentaire, Louis T explique aux téléspectateurs la genèse du film, on ne peut plus d’actualité. En fait, tout était écrit avant la pandémie, croyez-le ou non. Et le tournage devait commencer quelque part en avril, l’an dernier. Puis est arrivé ce qu’on sait. « Et je me suis dit : je pense qu’on ne fera pas le film, se souvient-il. C’est la fin du mouvement antivax, tout le monde va vouloir se faire vacciner ! » Erreur. Monumentale erreur. « On était loin de se douter à quel point on était dans le champ ! », renchérit Gabriel Allard-Gagnon, à la réalisation.

Dans le champ, mais pile au bon moment. Timing parfait, comme on dit ? Le contexte, aussi approprié soit-il, est aussi à « double tranchant », nuancent-ils. Parce que leur film pourrait aussi jeter de l’huile sur le feu, passablement déjà attisé.

« Aujourd’hui, je suis très à l’aise avec le résultat. Mais tout au long, je me suis demandé comment on allait traiter de ça, dans la tempête. »

— Louis T, humoriste

Comment, en effet, ne pas rendre le débat encore plus clivant ? Pour ne pas tomber dans le militantisme d’un côté ni de l’autre, entre deux ou trois craques bien placées (ne pas se faire vacciner, c’est un peu comme ne pas mettre de déo dans le métro, osera Louis T, « ça annule un peu l’effet pour les autres ! »), on a opté ici pour l’« honnêteté », l’« empathie » et même la « bienveillance ».

Louis T, qu’il soit en entretien avec un médecin de famille, une infirmière, une mère de famille opposée à la vaccination ou carrément un militant antivax (Frédéric Pitre ou Daniel Pilon, complotistes notoires), fait ainsi preuve de la même curiosité, objectivité et, oui, « bienveillance », comme il dit. Dans un bureau de médecin ou masqué à une manifestation antimasque (!) de surcroît. « Et je ressors de cette année plus grandi que jamais ! »

Grandi ? Oui. Parce qu’au-delà du débat entourant la vaccination, le fond de la question est ailleurs, comprend-on.

« Avant la pandémie, on se serait concentrés sur des trucs plus techniques, les ingrédients, etc. Mais j’ai aimé ce moment où on a décidé d’aller vers une réflexion plus large : la perte de confiance des individus envers leurs institutions. »

— Gabriel Allard-Gagnon, réalisateur d’Aiguille sous roche

Parce que, finalement, c’est ça : les antivax ne sont pas qu’antivax, bien souvent, ils ont l’impression qu’on leur cache quelque chose, que le gouvernement, les pharmaceutiques et toutes les institutions en général leur mentent. Et ils n’ont pas tout à fait tort. « Les gens qui travaillent en santé publique se restreignent de diffuser certaines informations pour éviter une explosion d’hésitation », confirme le réalisateur, entretien avec un bioéthicien à l’appui. Un peu comme un dentiste, illustre Louis T en souriant, qui jamais, au grand jamais, ne va dire à son patient la vérité, à savoir : « ça va être horrible ! » « La Santé publique ne veut pas faire peur aux gens. »

Morale ? Nos deux interlocuteurs sont unanimes. « Il faut regagner cette confiance-là. Et c’est un défi des deux côtés. Du côté des institutions, il faut plus de transparence, et du côté des gens plus radicalisés, plus de bonne foi. » Un peu comme en thérapie de couple, conclut Louis T. Après les habituels « tu m’écoutes plus » et autres « tu m’as trompé ! », « il faut que les deux s’écoutent ! »

Une démarche qui commence mercredi soir, à 20 h, sur les ondes de Télé-Québec. Une discussion à Dans les médias suivra à 21 h, dans le cadre d’une émission spéciale.

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