Étudiants étrangers et pandémie

Quand l’école de gestion gère la crise

Le MBA et son pendant pour cadres, l’EMBA, attirent une bonne proportion d’étudiants étrangers. Dans certaines universités, ce taux atteint même les 80 %. Au cours de la dernière année, la fermeture des frontières a donc causé tout un casse-tête aux établissements. Survol.

Garder en tête son objectif

Depuis septembre 2020, les étudiants étrangers ne sont plus à Montréal, mais les cours à HEC Montréal se poursuivent en direct, selon l’heure de l’Est. Tout un défi pour les étudiants éparpillés dans plus d’une douzaine de pays. « J’ai des étudiants en Chine, d’autres au Mexique. Dans la même classe, certains doivent se brancher de 20 h 30 à 23 h 30 tandis que d’autres, de 6 h 30 à 9 h 30 », explique Russell Fralich, professeur agrégé de stratégie au MBA à HEC Montréal. Malgré tout, les étudiants tiennent bon et aucun n’a abandonné. « Ce sont des personnes expérimentées. Les étudiants sont motivés parce que pour eux, c’est une porte d’entrée pour l’Amérique du Nord. Ils font les efforts nécessaires pour atteindre leur objectif parce qu’ils connaissent la valeur d’un diplôme canadien. »

Comment puis-je vous aider ?

Un des aspects les plus intéressants du MBA, c’est le réseautage. À distance, maintenir ce lien représente un défi. Pour créer un sentiment de proximité, le professeur Fralich s’est ajusté en commençant ses cours plus tôt afin de prendre des nouvelles de chacun. Il s’est aussi fait un devoir d’établir des rencontres individuelles. « Ce n’est pas comme des discussions de corridors. Cela demande plus de planification. » Même les étudiants doivent fournir un effort, car la formation des équipes se fait aléatoirement, et ils doivent organiser leurs rencontres en dépit des fuseaux horaires et de l’isolement. « Ils demeurent toujours chez eux, ils ne sortent pas de leur bulle. En classe, il a fallu remettre en question certaines perspectives et certains stéréotypes. La possibilité d’un virage négatif existe en virtuel, mais il faut réussir à désamorcer ces situations », constate le professeur.

Enseigner même de nuit

Au programme de MBA pour cadres de l’UQAM, les professeurs avaient pour habitude d'aller donner leurs cours aux quatre coins du monde. Avec 500 étudiants à l'étranger sur 800, les professeurs s'adaptent aujourd'hui aux fuseaux horaires de ces derniers. Cela veut dire parfois enseigner la nuit.

« Ce qui fait que ça fonctionne, c’est que nos enseignants connaissent la culture et le contexte des affaires des pays où ils donnent leurs cours. Ils peuvent se baser sur les connaissances acquises lors de leurs déplacements antérieurs pour continuer à donner des exemples de cas locaux », explique Kamal Bouzinab, directeur du programme. Lui-même enseignant, il avoue sa surprise d’avoir pu garder des contacts même après la fin d’un cours. « Rien ne remplace le contact physique, mais on constate que malgré la distance, on réussit à créer des liens humains. Parfois, on a même plus d’échanges. »

Une administration moins lourde

La pandémie aura eu aussi un impact positif du côté de l’administration. Fini, l’envoi de documents physiques par la poste pour les demandes d’admission ; tout peut se faire maintenant en ligne. « La réflexion était déjà amorcée avant la pandémie, mais avec la crise, on n’a pas eu le choix d’accélérer le changement. Sans diminuer nos critères, nous avons simplifié la machine. C’est le propre de l’humain, parfois, il faut une crise pour que les choses bougent », soulève Kamal Bouzinab.

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