Des militants pro-Trump préparent une deuxième ronde d’attaques

Jusqu’à 15 000 soldats de la Garde nationale mobilisés pour la cérémonie d’investiture de Biden

L’attaque mortelle contre les élus du Capitole la semaine dernière pourrait n’avoir été qu’un préambule aux actions violentes prévues dans les prochains jours par des militants pro-Tump.

Une note du FBI obtenue lundi par ABC News signale que « des manifestations armées sont prévues dans les 50 capitales d’État du 16 janvier au 20 janvier, et au Capitole américain du 17 janvier au 20 janvier ».

Sur des plateformes en ligne comme TheDonald.win et Telegram, plus actives que jamais depuis l’attaque du 6 janvier, des militants d’extrême droite disent rechercher la violence.

« Ronde 2 le 20 janvier. Cette fois pas de pitié. Je ne veux même pas garder Trump au pouvoir. Je veux la guerre », a écrit un utilisateur anonyme sur le forum TheDonald.win.

Pour la Dre Bandy X. Lee, auteure et psychiatre légiste à l’Université Yale, le fait que le président et ses alliés républicains répètent depuis des mois le mensonge voulant que l’élection ait été truquée a créé une situation sans précédent aux États-Unis.

« C’est comme la pandémie : une fois que le virus s’est propagé sans contrôle, c’est difficile d’intervenir, dit-elle en entrevue téléphonique. Même aujourd’hui, je ne suis pas certaine que tous nos élus comprennent la gravité de la situation. »

« Trump plus dangereux que jamais »

La Dre Lee et ses collègues répètent depuis des années que Trump montre des signes de dangerosité psychologique et d’incapacité mentale, et qu’il répand cette dangerosité psychologique chez ses partisans.

En novembre, la Dre Lee confiait à La Presse que « Donald Trump est maintenant plus dangereux que jamais » en raison de son incapacité, et de celle de ses partisans, à accepter la défaite électorale.

Interrogée par La Presse lundi, la Dre Lee, qui est l’auteure du best-seller The Dangerous Case of Donald Trump, a dit ne prendre aucun plaisir à avoir relevé correctement le danger posé par Trump.

« Ça ne me rend pas heureuse… Si j’ai pris une position aussi ferme et aussi publique contre Trump – ce qui ne m’était jamais arrivé avant dans ma carrière –, c’est que j’ai entrevu depuis le premier jour, avec plusieurs collègues, que l’on pourrait en venir à vivre ce que l’on vit maintenant », a dit la Dre Lee.

Le Pentagone a indiqué lundi avoir autorisé le déploiement de 15 000 soldats de la Garde nationale à Washington pour la cérémonie d’investiture du président désigné Joe Biden le 20 janvier, afin d’éviter de nouvelles violences après l’assaut sur le Capitole.

Michael LaBossiere, auteur et spécialiste des théories du savoir à la Florida A&M University, note que les partisans les plus extrêmes de Trump embrassent également la mouvance complotiste QAnon.

« Ils pensent que Trump est le sauveur qui vaincra un culte pervers contrôlant l’État. D’autres adoptent un extrémisme plus traditionnel, comme le fascisme. Ces croyances extrêmes ont tendance à conduire à des actions extrêmes. »

— Michael LaBossiere, spécialiste des théories du savoir à la Florida A&M University, en entrevue avec La Presse

Les supporters de Trump, dit-il, croient qu’ils ont la « permission » du président pour embrasser des méthodes violentes.

« À quelques exceptions près, ils ont réussi ces actions et sont donc encouragés à continuer. »

Attaque secondaire

Vendredi dernier, le réseau social Twitter a cité la préparation active d’une autre attaque comme motif justifiant la suspension permanente du compte de Donald Trump.

« Les plans de futures manifestations armées ont déjà commencé à proliférer sur et hors de Twitter », a déclaré l’entreprise.

Plus précisément, des partisans promettent de s’opposer à la prestation de serment de Joe Biden, et aussi de faire « justice » à Ashli Babbitt, émeutière et vétérane de l’Air Force tuée par la police à l’intérieur du Capitole mercredi dernier.

Megan Squire, professeure d’informatique à l’Université Elon et chercheuse principale au Southern Poverty Law Center, croit que le fait que Donald Trump ait annoncé qu’il ne serait pas présent à la prestation de serment le 20 janvier fait en sorte que Joe Biden devient de facto le centre d’attention des militants d’extrême droite.

« Le 6 janvier, leur énergie était concentrée sur le Congrès. Le 20, leur énergie sera concentrée sur Biden. C’est inquiétant, d’autant plus qu’ils n’ont ni remords ni honte [pour ce qui s’est produit au Capitole]. Pour le moment, ça ne se présente pas bien. »

— Megan Squire, professeure d’informatique à l’Université Elon, à ABC News

Dimanche, Barry R. McCaffrey, général à la retraite qui a travaillé à la Maison-Blanche sous Bill Clinton, a dit que la prestation de serment de Joe Biden et de Kamala Harris ne devrait pas, selon lui, avoir lieu sur les marches du Capitole, même si l’équipe de Joe Biden a annoncé qu’elle n’entendait pas modifier ses plans.

« Compte tenu de la menace, la cérémonie devrait être déplacée dans un endroit plus protégé comme le dôme du Capitole, a écrit McCaffrey sur Twitter. Ce n’est PAS un signe de faiblesse. J’ai vu beaucoup de combats. Je suis toujours en vie, car je réagis immédiatement aux signes de danger. »

Pour la Dre Lee, le seul soulagement des derniers jours a été de voir Trump perdre son porte-voix sur Twitter.

« Il ne sera pas capable d’inciter aussi facilement à la violence, dit-elle. Mais il est sans doute hors de lui actuellement, il veut rejoindre ses partisans. Il doit maintenir le contact s’il veut continuer d’avoir une influence sur eux. »

— Avec l’Agence France-Presse

Procédure de destitution contre Trump

Les démocrates tentent le tout pour le tout

« Incitation à l’insurrection », « menace à l’intégrité du système démocratique » : les démocrates ne mâchent pas leurs mots dans l’acte d’accusation contre Donald Trump déposé lundi à la Chambre des représentants. Mais à moins de 10 jours de la fin de son mandat, que signifie une deuxième procédure de destitution contre le président américain ? Explications.

Pourquoi des démocrates ont-ils déposé un acte d’accusation lundi ?

Il s’agit de la première étape vers le début de la procédure de destitution – le fameux impeachment, soit la mise en accusation d’un élu devant le Congrès. Les démocrates accusent Donald Trump d’incitation à la violence dans l’attaque au Capitole le 6 janvier dernier, dans laquelle cinq personnes sont mortes. La prochaine étape est un vote cette semaine à la Chambre des représentants. Avec une majorité simple – qui devrait être obtenue –, le président est mis en accusation, ou impeached. Un procès doit ensuite avoir lieu devant le Sénat, où les deux tiers des membres doivent juger le président coupable pour qu’il soit destitué. La procédure doit être amorcée lorsque le président occupe toujours sa fonction, souligne William Howell, professeur de politique américaine à l’Université de Chicago. « Un acte d’accusation sans que la personne soit reconnue coupable n’a pas de conséquences directes, mais envoie un signal fort », précise-t-il.

Quelles seraient les conséquences de la destitution ?

Le 20 janvier prochain, Joe Biden deviendra le 46e président des États-Unis ; il est donc improbable qu’une destitution force le départ de Donald Trump avant cette date. Les conséquences sont « à la fois symboliques et réelles », précise Allan Lichtman, professeur d’histoire à l’American University. S’il est reconnu coupable, Donald Trump pourrait par exemple perdre sa pension de président. Un autre vote, pour lequel une majorité simple seulement est requise, pourrait ensuite lui interdire de briguer de nouveau des élections. « Le but de cette disposition dans la Constitution était justement de garantir que quelqu’un que le Congrès juge suffisamment dangereux ne puisse plus jamais servir au gouvernement », dit Frank O. Bowman, professeur de droit à l’Université du Missouri. M. Howell juge important le message envoyé. « Si le Congrès n’arrive pas à le réprimander, la préoccupation est que Trump, mais aussi quelqu’un d’autre comme Trump, pourrait prendre ça comme un feu vert pour faire la même chose à l’avenir », note-t-il.

Que représente l’accusation d’« incitation à l’insurrection » ?

Le contenu de l’acte d’accusation est sans équivoque : les démocrates estiment que le président a incité ses partisans à la violence contre le Capitole mercredi dernier. « Il n’y a aucun doute que cette accusation est plus que sérieuse, note M. Lichtman. C’est l’accusation la plus grave jamais portée dans l’histoire des États-Unis contre un président américain dans un acte d’accusation. Et de loin. » Le choix des mots laisse M. Bowman quelque peu dubitatif par rapport à d’éventuels argumentaires sémantiques. « [Les démocrates] rendent peut-être la cause pour prouver l’accusation en procès un peu plus difficile, avance-t-il. Parce qu’ils utilisent des termes comme ‘‘incitation” et ‘‘insurrection”, qui ont une portée légale qui mènera peut-être à des débats [difficiles]. »

Que pourrait-il se produire maintenant ?

Pour obtenir les deux tiers des votes, il faudrait qu’au moins 17 sénateurs républicains appuient les démocrates, ce qui semble improbable pour l’instant. Le procès aura vraisemblablement lieu après le départ de Donald Trump. « Je ne pense pas qu’ils vont obtenir les deux tiers pour le condamner, dit David Karol, professeur adjoint en politique à l’Université du Maryland. Je pense que la majorité des sénateurs républicains va dire : ‘‘OK, c’était mal, mais il faut passer à autre chose en tant que pays.” » Les démocrates pourraient cependant faire des gains politiques secondaires en braquant les projecteurs sur leurs adversaires, estime-t-il. « Des démocrates pensent : ‘‘OK, on va l’accuser, il ne sera probablement pas condamné, mais nous pourrons amener les républicains à prendre publiquement une position impopulaire” », illustre-t-il. Les démocrates devront toutefois prendre garde de trouver un équilibre entre le temps consacré à la procédure, hautement politique, et aux autres dossiers prioritaires, comme l’économie et la COVID-19. « [Joe] Biden est très conscient de ça », estime M. Karol.

Trump et Pence feront front commun face aux démocrates

Donald Trump et son vice-président Mike Pence se sont rencontrés lundi soir dans le bureau Ovale, affichant leur intention de faire – pour l’heure – front commun face aux démocrates qui réclament le départ immédiat du président. Les deux hommes, dont c’était le premier face-à-face depuis leur désaccord et les violences de mercredi au Capitole, ont eu une « bonne conversation », a indiqué un responsable américain à la veille d’un déplacement de Donald Trump au Texas. Cette rencontre, à l’abri des caméras, intervient après une journée d’intense activité au Congrès, où les démocrates ont avancé vers l’ouverture d’une seconde procédure de destitution contre le président. Les deux hommes « se sont engagés à poursuivre leur travail pour le pays jusqu’à la fin de leur mandat », a ajouté ce responsable américain sous le couvert de l’anonymat. Concrètement, cela signifie que Donald Trump n’a pas l’intention de démissionner avant la fin de son mandat, le 20 janvier, date à laquelle Joe Biden s’installera à la Maison-Blanche. Cela veut dire aussi que le vice-président n’a pas l’intention de le démettre de ses fonctions en invoquant, comme le réclament les démocrates, le 25e amendement de la Constitution américaine.

— Agence France-Presse

COVID-19

Biden a reçu la seconde dose du vaccin contre la COVID-19

Le président désigné Joe Biden a reçu lundi en direct à la télévision la seconde dose du vaccin de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19 dans un hôpital du Delaware. Le démocrate avait reçu la première dose de ce vaccin le 21 décembre, une injection elle aussi retransmise en direct à la télévision pour encourager la population à faire de même. Plus de 374 000 personnes sont mortes du nouveau coronavirus aux États-Unis et Joe Biden a qualifié de « mascarade » la distribution des vaccins organisée par le gouvernement du président sortant Donald Trump. Seuls 8,9 millions d’Américains ont reçu la première injection contre la COVID-19, bien en deçà des 20 millions initialement visés pour la fin 2020. Jusqu’à présent, quelque 25,4 millions de doses ont été distribuées à l’échelle nationale, ce qui illustre le défi logistique de cette opération. Joe Biden, qui doit détailler jeudi son plan pour l’accélération de la campagne de vaccination aux États-Unis, s’est dit favorable à une distribution immédiate de toutes les doses disponibles, plutôt que d’effectuer la rétention de la moitié des doses pour les secondes injections. — Agence France-Presse

« Promotion de la violence »

Trump perd son fournisseur de paiement en ligne

Le spécialiste américain du paiement en ligne Stripe va cesser de gérer les transactions sur le site de campagne de Donald Trump après l’assaut du Capitole par des partisans du président américain, le 6 janvier, a confirmé une source proche de l’entreprise lundi. Selon le Wall Street Journal, qui avait dévoilé l’information dimanche, Stripe estime que le site a enfreint ses règles contre l’incitation à la violence. Parmi les conditions imposées à ses clients, la société demande en effet à ses utilisateurs de ne pas accepter de paiements de la part d’organisations qui s’engagent dans la violence ou « encouragent, promeuvent ou célèbrent la violence illégale ou des atteintes physiques à des personnes ou des biens ». Plusieurs entreprises ont coupé les ponts avec Donald Trump et ses partisans depuis l’intrusion violente de soutiens du président au Congrès la semaine dernière. Twitter a ainsi suspendu définitivement le compte personnel du locataire de la Maison-Blanche tandis que la plateforme de ventes en ligne Shopify a fermé des pages vendant des articles liés à la campagne de Donald Trump.

— Agence France-Presse

Melania Trump dénonce les violences du Capitole

Silencieuse depuis les violences du Capitole perpétrées par des pro-Trump, Melania Trump a finalement réagi lundi en condamnant les violences, mais en dénonçant aussi les « attaques » dont elle s’estime victime. « Je condamne absolument les violences qui ont eu lieu au Capitole. La violence n’est jamais acceptable », écrit la femme de Donald Trump dans une lettre publiée sur le site de la Maison-Blanche. « C’est encourageant de voir que tant de gens se sont enthousiasmés et passionnés pour une élection, mais nous ne pouvons accepter que cette passion se transforme en violence », ajoute la première dame des États-Unis. Mme Trump n’évoque cependant jamais explicitement le fait que ce sont des partisans de son mari, dopés par sa rhétorique et son refus d’accepter le verdict des urnes, qui ont semé le chaos au Capitole. La première dame profite aussi de ce message pour dénoncer les « ragots salaces », les « attaques personnelles » et les « accusations trompeuses » la visant, sans donner de précisions sur les épisodes auxquels elle fait référence. — Agence France-Presse

Le secrétaire à la Sécurité intérieure Chad Wolf démissionne

Le secrétaire par intérim à la Sécurité intérieure des États-Unis, Chad Wolf, a annoncé lundi sa démission à compter de minuit dans un courrier adressé à ses équipes. « Je suis triste de franchir ce pas, car j’avais l’intention de servir jusqu’à la fin de ce gouvernement », leur écrit-il. « Mais cette action a été rendue nécessaire par de récents évènements, dont les décisions de justice sur la validité de mon autorité », ajoute-t-il. Chad Wolf avait critiqué mercredi l’invasion « tragique » et « écœurante » du Capitole par des partisans du président Donald Trump, mais il n’en fait pas mention dans son courrier. Les secrétaires au Transport et à l’Éducation ont démissionné la semaine dernière pour marquer leur condamnation de ces violences. Chad Wolf part alors que de nouvelles menaces pèsent sur la prestation de serment du président désigné Joe Biden, qui doit se tenir à Washington le 20 janvier. Ce républicain de 45 ans supervisait depuis novembre 2019 le département de la Sécurité intérieure, créé après les attentats du 11 septembre 2001 pour mieux coordonner la politique sécuritaire et migratoire du pays.

— Agence France-Presse

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