Frappe meurtrière sur un hôpital de Kyiv

« C’est un crime de guerre »

Kyiv a observé mardi une journée de deuil au lendemain de frappes russes ayant fait 43 morts et dévasté le plus grand hôpital pédiatrique d’Ukraine, le bilan pouvant encore s’alourdir tandis que les recherches se poursuivent dans les décombres.

L’attaque sur le centre hospitalier Okhmatdyt a créé un choc dans ce pays, qui subit depuis plus de deux ans les bombardements russes, et parmi ses alliés.

La Russie a essuyé mardi de vives critiques lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur les frappes meurtrières de la veille, une haute responsable des Nations unies évoquant un « crime de guerre ».

« Lancer intentionnellement des attaques contre un hôpital protégé [par le droit international] est un crime de guerre. »

— Joyce Msuya, sous-secrétaire générale de l’ONU aux affaires humanitaires

Elle a relevé « une tendance inquiétante à attaquer systématiquement les centres de soins et d’autres infrastructures civiles à travers l’Ukraine », au cours de la réunion d’urgence organisée à la demande de l’Ukraine.

« Nous allons reconstruire »

Au moins 33 personnes, dont 4 enfants, ont été tuées dans la capitale, où les missiles russes et leurs débris ont frappé, outre l’hôpital, une clinique privée et des immeubles d’habitation dans plusieurs quartiers, selon le dernier bilan officiel.

« Nous allons reconstruire Okhmatdyt, je suis en contact avec le gouvernement » à ce sujet, a promis le président Volodymyr Zelensky. Plusieurs dizaines d’entreprises ukrainiennes ont par ailleurs annoncé des dons pour les travaux.

Sur environ 630 patients qui étaient soignés dans cet hôpital pour enfants, 94 ont été transférés dans d’autres établissements de la capitale, plus de 465 ont dû rentrer chez eux et 68 sont restés dans les bâtiments qui n’ont pas été touchés par l’attaque, a déclaré le ministère de la Santé.

« La Russie ne gagnera pas », dit Biden

Joe Biden a annoncé mardi l’envoi de systèmes de défense antiaérienne à l’Ukraine, en marge d’un sommet de l’OTAN à Washington.

« La Russie ne gagnera pas », a lancé avec force le président américain dans un discours très attendu, après les interrogations sur sa capacité à défendre les couleurs du camp démocrate, à quatre mois de l’élection présidentielle.

Dans une déclaration commune, plusieurs pays de l’OTAN, dont les États-Unis, ont confirmé l’envoi d’un total de cinq de ces systèmes, dont quatre batteries Patriot. Ce système de missiles sol-air de conception américaine est particulièrement efficace pour intercepter les missiles balistiques russes.

Seule une batterie Patriot représente une nouveauté par rapport à ce que Kyiv s’est vu promettre au cours des dernières semaines, après des appels répétés de son président, Volodymyr Zelensky.

Ce dernier, arrivé mardi à Washington, a remercié les alliés pour leur « forte déclaration » de soutien. Dans un discours dans la soirée, il les a également appelés, et particulièrement les États-Unis, à ne pas attendre le résultat des élections américaines en novembre pour affirmer leur soutien à son pays en guerre.

« Il est temps de sortir de l’ombre, de prendre de fortes décisions, de travailler, d’agir et de ne pas attendre novembre ou n’importe quel autre mois », a-t-il déclaré.

« Tir direct »

La mairie de Kyiv a décrété une journée de deuil à Kyiv, où les drapeaux ont été mis en berne.

« En ce jour de deuil pour les victimes innocentes de notre capitale et d’autres villes d’Ukraine, je m’incline avec l’ensemble du peuple ukrainien », a réagi le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Oleksandre Syrsky.

L’Ukraine a affirmé que la frappe sur l’hôpital pédiatrique avait été effectuée avec un missile de croisière russe Kh-101 tiré d’un bombardier.

La Russie, qui nie systématiquement depuis le début de son invasion tout crime ou bavure, a de son côté mis en cause la défense antiaérienne ukrainienne, assurant, comme toujours, ne jamais « frapper de cibles civiles ».

La représentante du Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine, Danielle Bell, a quant à elle jugé « fort probable » que cet établissement ait été touché par « un tir direct » de missile russe, évoquant aussi un projectile de type Kh-101.

« L’analyse des séquences vidéo et l’évaluation faite sur le lieu de l’incident indiquent qu’il est fort probable que l’hôpital pour enfants ait subi une frappe directe plutôt que des dommages dus à un système d’arme intercepté », a déclaré Mme Bell au cours d’un point de presse à Genève.

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