Plein air

Les p’tits luxes

La randonneuse arrive au refuge avec un minuscule sac à dos. Tracy Généreux s’apprête à parcourir les 650 kilomètres du Sentier international des Appalaches avec le strict minimum : une bâche en guise de tente, un petit sac de couchage, un petit matelas, très peu de vêtements. Toutefois, dans un sac de taille, elle transporte un appareil photo réflex d’un poids quand même respectable.

C’est son seul luxe, elle y tient. Même si elle avale les kilomètres à grande vitesse, elle ne rate jamais la chance de prendre une belle photo.

« Avoir mon appareil photo, c’est une façon d’exprimer ma créativité sur le sentier mais aussi en revenant à la maison quand j’édite mes photos, indique Tracy Généreux, une artiste conceptuelle de profession. Ça me permet de revivre et de partager des moments spéciaux avec une touche plus personnalisée, plus artistique. »

Comme ils portent tout sur leur dos, les randonneurs sont très sensibles au poids. Qu’ils s’engagent sur un petit sentier tranquille pour la journée ou qu’ils s’embarquent pour des semaines d’expédition, ils ne veulent pas transporter plus de kilogrammes que nécessaire.

Ils se procurent l’équipement le plus léger sur le marché, surtout lorsque vient le temps de faire de la longue randonnée. Ils font des choix déchirants entre telle ou telle pièce de vêtement : un pantalon de pluie, ça peut représenter un grand confort, mais c’est lourd. Hop, on laisse à la maison. Deux paires de chaussettes de rechange ? Non, une paire, c’est bien suffisant. Et ainsi de suite.

Mais presque tout le monde se donne le droit d’apporter un petit quelque chose qui ne semble pas essentiel à première vue… mais qui est vraiment, vraiment important.

Pour Jean-François Gauthier, c’est la machine espresso. « C’est essentiel pour que je ne massacre pas mes partenaires le matin, explique-t-il. Je coupe sur les vêtements ou la bouffe s’il le faut. »

Pour bien des randonneurs, effectivement, le café n’est pas un luxe, mais bien une nécessité. Pour d’autres, c’est le chocolat chaud qui est nécessaire pour bien partir la journée.

Un petit sondage maison absolument non scientifique mené auprès de randonneurs aguerris montre que le chocolat est également un petit luxe qui se glisse souvent dans le sac à dos. Plusieurs randonneurs transportent également un fruit frais. Une pomme, une orange, un pamplemousse, c’est quand même assez lourd en raison de son contenu en eau. Mais ils jugent que ce poids additionnel en vaut la peine.

« C’est pour changer de la bouffe de camping, en général peu rafraîchissante », explique Joëlle Dupont.

Si un randonneur apporte une petite canette de bière (à mettre à rafraîchir dans le ruisseau en arrivant au camp), une autre ne part pas sans un peu de gin dans un flacon ultra-léger. Rien de tel pour bien faire passer un repas lyophilisé. Certains ne jurent que par le pastis, d’autres préfèrent le calva. D’autres encore vont pencher pour un peu de marijuana, parfaitement léger.

Précieux oreiller

Les randonneurs au long cours vont souvent faire des sacrifices en fait de confort afin d’alléger leur fardeau. Mais il y a une pièce d’équipement qu’on retrouve quand même dans plusieurs sacs à dos : un petit oreiller gonflable.

« Avant, je n’en traînais pas et je m’organisais avec les moyens du bord, comme des morceaux de vêtements », commente Julie Vézina.

Mais voilà, les morceaux de vêtements finissent par se tasser au cours de la nuit et le tout devient aussi confortable qu’un oreiller de béton. Les oreillers gonflables pour le camping ou pour l’avion sont un peu plus moelleux, si on prend la précaution de ne pas trop les gonfler.

Les randonneurs minimalistes ne s’embarrassent pas de chaussures pour le camp, comme des sandales ou des mouflons (de grosses pantoufles de camp). Plusieurs jugent toutefois qu’ils sont essentiels et qu’ils valent le poids supplémentaire « pour avoir les pieds secs et/ou chauds », précise Jean-Claude Lefebvre.

Bien des randonneurs rangent également un livre dans le sac à dos, qu’il s’agisse d’une liseuse électronique (on peut y télécharger une bibliothèque complète, de quoi occuper d’innombrables soirées) ou d’un bon vieux livre en papier. Pour ces derniers, c’est essentiel – « même si des fois, je suis si fatiguée que je ne lis même pas une page et que je croule de sommeil ! », commente Julie Vézina.

Parfois, le « petit luxe » nécessiterait presque l’embauche d’un sherpa ! « Un cellulaire, un panneau solaire, des batteries de rechange, un mini-trépied et deux petites caméras pour faire un beau montage vidéo au retour », énumère Julie Paquette.

Le petit luxe, c’est souvent ce qui fera la différence entre une belle randonnée et une randonnée vraiment enrichissante. « Je prends de temps en temps mes jumelles d’observation grand angle pour observer la faune, volante principalement », indique Xavier Glorot.

Suggestion de vidéo

Des gars heureux

Alexis Pageau et le photographe animalier Jean-Simon Bégin se positionnent sur le bord de la rivière aux Feuilles, au Nunavik, dans l’espoir de capturer la migration des caribous. Ils ne sont pas déçus.

Le chiffre de la semaine

43 700

C’est le nombre de grandes oies des neiges observées au cap Tourmente le 15 octobre 2020, un sommet pour les trois dernières années. Combien seront présentes cette année ?

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.