Analyse

Un camp pour un poste

À vos calculatrices ! Encore une fois, pourrait-on dire.

Avec tous les joueurs que Marc Bergevin a embauchés au cours des derniers mois, le camp d’entraînement qui s’achève chez le Canadien a suscité moins de discussions sur la qualité de l’effectif que sur la gestion du plafond salarial.

En point de presse, dimanche matin, l’entraîneur-chef Claude Julien a confirmé ce que son patron avait déjà évoqué avant Noël : à moins d’un changement de dernière minute, le Tricolore amorcera la saison avec une formation à 21 joueurs, soit avec un seul réserviste.

À la suite du deuxième et dernier match intraéquipe tenu dimanche soir, on procédera aux mouvements de personnel ce lundi matin. La formation finale prendra le chemin de Toronto mardi, en prévision du premier match officiel du lendemain.

Le camp aura donc été court, et il n’aura été le lieu d’aucune lutte digne de ce nom. Un camp pour un poste, en somme – et encore, c’était presque joué d’avance.

Car depuis le retour sur la glace, le 4 janvier, les trios en attaque n’ont pas changé. Les duos en défense non plus. Et tous ces joueurs ont été réunis au sein de la même équipe du match de dimanche soir.

L’enquête peut donc s’arrêter ici. Voici la formation 2021 du Canadien :

Attaquants Tomas Tatar/Phillip Danault/Brendan Gallagher Jonathan Drouin/Nick Suzuki/Josh Anderson Tyler Toffoli/Jesperi Kotkaniemi/Joel Armia Artturi Lehkonen/Jake Evans/Paul Byron

Défenseurs Ben Chiarot/Shea Weber Joel Edmundson/Jeff Petry Brett Kulak/Alexander Romanov

Gardiens Carey Price/Jake Allen

En additionnant les salaires de ces 20 grands garçons, et en ajoutant les pénalités imposées au Canadien pour le rachat du contrat de Karl Alzner et pour le renvoi de Jordan Weal dans les mineures – confirmé dimanche lorsque son nom a été placé au ballottage –, il reste donc à Bergevin un coussin légèrement supérieur à 1,4 million.

Qui sera l’unique réserviste choisi ? Les options sont nombreuses sur papier, mais certaines sont risquées.

On pourrait choisir un attaquant. Ryan Poehling, Michael Frolik et Corey Perry seraient les candidats évidents. Le premier pourrait être cédé aux mineures sans passer par le ballottage, mais pas les deux autres. Le risque qu’ils soient réclamés par une autre équipe est toutefois mince. Ils ont signé des contrats tout juste avant le camp et gagnent à peine plus que le salaire minimum de la LNH. Autrement dit : si on ne s’est pas rué pour les embaucher depuis le mois d’octobre, ils ne devraient pas susciter la frénésie en janvier.

Il est autrement plus probable qu’on désigne un défenseur. En fait, vous pouvez mettre un petit deux que c’est Victor Mete qui recevra la bonne nouvelle, car lui aussi doit passer par le ballottage avant d’être cédé aux mineures, et c’est assurément le seul qui risquerait raisonnablement d’être réclamé.

On divisera les joueurs restants entre l’escouade d’urgence, groupe de quatre à six joueurs qui s’entraînera avec le Canadien sans jouer, et le Rocket de Laval, dans la Ligue américaine. On pourrait aussi procéder plus tard à des déplacements de personnel entre les deux instances.

Qui gardera-t-on dans l’escouade d’urgence ? Probablement des vétérans, car on voudra que les jeunes de l’organisation accumulent de l’expérience comme joueurs à Laval plutôt que comme spectateurs à Montréal.

Charlie Lindgren devrait en être, puisqu’on doit compter sur au moins un gardien. Perry et Frolik aussi. Probablement le défenseur Xavier Ouellet et l’attaquant Jordan Weal également. Il resterait donc un poste potentiel, qui pourrait tout aussi bien rester vacant afin de faciliter des transferts.

Ballottage

Personne n’est surpris, mais Ouellet et Weal font partie du groupe de neuf joueurs dont le nom a été soumis au ballottage dimanche. Les 30 autres équipes de la ligue ont jusqu’à midi, ce lundi, pour les réclamer.

La chute est particulièrement brutale pour Weal. La saison dernière, il a été utilisé régulièrement en avantage numérique, souvent à défaut d’un meilleur joueur disponible. Les séries éliminatoires venues, on ne l’a employé que deux fois en dix matchs. Au présent camp d’entraînement, on l’a confiné au groupe B. Et tout indique qu’on le paiera dorénavant pour ne pas jouer.

Parmi les joueurs au ballottage, on retrouve également le défenseur Noah Juulsen. La chose était relativement prévisible vu le surplus d’effectifs, mais cet ex-choix de premier tour (2015) a bien paru lors de son court passage dans la LNH. De retour en santé après avoir raté l’essentiel des deux dernières saisons en raison de migraines chroniques, il pourrait bien piquer la curiosité d’une autre équipe. Sur les ondes de RDS, l’analyste François Gagnon a dit s’attendre à le voir partir.

Le gardien Charlie Lindgren, le défenseur Gustav Olofsson ainsi que les attaquants Brandon Baddock, Alex Belzile, Joseph Blandisi et Laurent Dauphin ont eux aussi été soumis au ballottage.

À suivre

Sachant que les postes avec le « grand club » étaient pratiquement attribués avant le camp, le match de dimanche soir n’avait donc pas de signification pour la sélection des joueurs. Par contre, Claude Julien avait averti : pour les membres des Blancs, il s’agissait d’une occasion de se faire valoir en prévision de rappels potentiels au cours de la saison à venir. Et pour les Rouges, c’était ce qui se rapprocherait le plus d’un match présaison.

Les deux premières périodes ont d’ailleurs été jouées à haute intensité, avant que les deux clubs ne se relâchent au troisième vingt. Les Rouges l’ont emporté 4-1.

Quelques remarques en rafale sur des joueurs choisis.

Corey Perry : en marquant en première période, il a montré exactement la raison pour laquelle on l’a engagé. Les pieds vissés tout près de Carey Price, il a fait dévier une rondelle arrivée de la ligne bleue en avantage numérique.

Josh Anderson : dans les premières minutes de la rencontre, il a accepté une courte passe de Jonathan Drouin en entrée de zone adverse et foncé à pleine vitesse jusqu’au filet. On devrait revoir des séquences du genre assez souvent. Sa présence est intimidante.

Brett Kulak : à la gauche de Romanov, il n’avait pas l’assurance qu’il affichait au cours des dernières séries éliminatoires, alors qu’il était jumelé à Jeff Petry.

Joel Edmundson : l’adaptation devra se poursuivre. Il s’est rendu coupable de quelques jeux malhabiles tôt dans la rencontre, mais s’est repris avec une solide mise en échec plus tard sur Jake Lucchini.

Alexander Romanov : les rumeurs étaient fondées. Employé dans toutes les situations, il patine comme le vent, lit bien le jeu, trouve ses coéquipiers. À compter de la deuxième période, il a été l’un des meilleurs sur la patinoire, sinon le meilleur.

Jesperi Kotkaniemi : match tranquille, malgré la faible opposition. Son tir foudroyant a terminé sa course sur le poteau en prolongation, jouée pour le plaisir.

Tyler Toffoli : il a décoché, coup sur coup, deux puissants tirs sur réception depuis l’enclave au cours du même avantage numérique. Personne ne s’ennuiera de Jordan Weal.

Paul Byron : l’un des attaquants les plus visibles de son camp. Son trio a été efficace toute la soirée.

Chez les Blancs, mention honorable au défenseur Otto Leskinen, qui a mené plusieurs belles batailles avec Brendan Gallagher – le premier trio du Canadien, avec Danault et Tatar, a d’ailleurs connu un match brouillon. Lukas Vejdemo, quant à lui, a bien paru en attaque et il devrait profiter d’un des premiers rappels si on devait piger chez le Rocket.

Évidemment, tous ces constats doivent être pris avec un grain de sel, voire une salière. Malgré tout le sérieux que les deux équipes ont pu accorder à l’exercice, il s’agissait néanmoins d’un duel inégal entre un club de la Ligue nationale et un autre de la Ligue américaine.

Le vrai test arrivera mercredi soir. Ça pourrait être moins facile quand les adversaires s’appelleront Matthews et Tavares plutôt que Blandisi et Baddock.

Le Canadien

Le pari de la vitesse sur le quatrième trio

Le quatrième trio du Canadien a connu de multiples personnalités depuis que Marc Bergevin a été nommé directeur général de l’équipe.

À chaque saison sa saveur, pourrait-on conclure en regardant les formations qui ont pris part aux matchs inauguraux des huit dernières campagnes.

Tous les types y sont passés. Les fiers-à-bras – George Parros, Brandon Prust. Les « gros bonshommes » – Travis Moen, Dale Weise, Jacob de la Rose. Les petits malcommodes – Ryan White, Andrew Shaw, Nick Cousins. Les vétérans défensifs – Manny Malhotra, Torrey Mitchell, Nate Thompson. Les éléments offensifs – Paul Byron, Charles Hudon, Jordan Weal, un jeune Phillip Danault (en 2016). Et finalement, les proverbiaux joueurs « de profondeur » – Colby Armstrong, Devante Smith-Pelly, Brian Flynn, Matthew Peca.

De tout pour tout le monde, en somme.

Le quatrième trio qu’a concocté Claude Julien dans le présent camp d’entraînement a toutefois un profil inédit. Exit le papier sablé, ou presque. Sur la glace : de la vitesse à profusion et un mandat en deux temps.

Même si la mission première sera défensive, on a peut-être sous les yeux la version la plus aboutie d’un quatrième trio « capable de marquer des buts », pour reprendre une expression prononcée par à peu près tous les entraîneurs depuis la première fois où des patineurs se sont disputé une rondelle sur un étang glacé.

Artturi Lehkonen et Paul Byron ont joué avec tous les attaquants du club depuis leur arrivée à Montréal.

Le premier est l’un des plus efficaces ailiers en échec avant à la disposition de Julien. Son manque de finition autour du filet est devenu le prétexte à bien des sarcasmes, mais cela n’empêche pas qu’il a marqué 18 buts à sa première saison et que, bon an, mal an, il récolte sa trentaine de points sur un calendrier complet de 82 matchs.

Ennuyé par des blessures, Byron a peiné la saison dernière, après des campagnes de 22, 20 et 15 buts (en 56 matchs). Toutefois, il demeure l’un des patineurs les plus rapides de l’équipe, et l’un de ses plus féroces compétiteurs.

Entre eux deux, voilà Jake Evans. On a fait confiance au joueur de centre de 24 ans dès le premier jour du camp d’entraînement, après l’avoir rappelé tardivement du Rocket de Laval la saison dernière. On l’avait alors ciblé comme le remplaçant de Nate Thompson ; si le jeune homme n’a pas encore la touche d’« Uncle Nate » au cercle de mise en jeu, il compense toutefois par sa vitesse et par une offre offensive mieux garnie.

Au cours d’une visioconférence, dimanche matin, Julien n’a pas caché son enthousiasme à l’égard de son quatrième trio.

Il a rappelé que la vitesse de Byron donnait « beaucoup de chances de marquer ». En effet, Lehkonen et lui ont terminé tout juste derrière les trois membres du premier trio, la saison dernière, sur le plan des chances de marquer par tranche de 60 minutes lorsqu’ils sont sur la glace. En pleine santé, Byron peut redevenir un marqueur de 20 buts, estime son entraîneur.

Il a ensuite parlé pour une énième fois de l’« intelligence » qui caractérise le jeu d’Evans et a précisé avoir « aimé ce qu’il a vu » du joueur de centre au cours du match intraéquipe de jeudi dernier.

Comme à Boston ?

Le printemps prochain, cela fera une décennie que Julien a remporté la Coupe Stanley avec les Bruins de Boston.

L’un des atouts des Oursons était, justement, le dynamisme et la constance du quatrième trio composé de Shawn Thornton, Daniel Paille et Gregory Campbell.

Interrogé sur l’évolution d’une combinaison à l’autre, l’entraîneur-chef a soutenu voir des similitudes entre les deux.

« Au centre, Campbell avait le même genre de gabarit qu’Evans [6 pi]. À l’aile, Paille patinait bien : je vois une ressemblance avec Byron », a-t-il fait remarquer.

Il s’est par contre rendu à l’évidence : Lehkonen et Thornton, un bagarreur, ne sortent pas du même moule !

Dans tous les cas, son trio de l’époque était « très fiable dans les deux sens de la patinoire et capable de marquer des buts ». Précisément ce qu’il aime de son trio du moment.

En point de presse, Byron a parlé d’un « bon fit » entre les trois joueurs, qui imposeront un « rythme élevé », promet-il, et beaucoup de combativité en échec avant.

Evans, lui, a indiqué à quel point ses nouveaux ailiers travaillaient fort et l’aidaient dans son travail. Il s’enorgueillit de piloter un trio « dur à affronter ».

« On ne fera pas dans la fantaisie, mais ce sera frustrant de jouer contre nous ; notre vitesse va forcer des revirements et nous donner des chances de marquer. »

« Ce sera le fun », a-t-il prédit.

En bref

Encore de l’amour pour josh Anderson

S’adressant aux médias pour la première fois du camp, Jonathan Drouin a expliqué d’à peu près toutes les manières possibles à quel point il aimait le nouveau trio qu’il forme avec Nick Suzuki et Josh Anderson. La complicité entre Suzuki et lui était manifeste pendant les dernières séries éliminatoires. Celle-ci ne s’est que bonifiée au camp, assure-t-il, et la présence d’un ailier rapide au fort gabarit à leur droite crée une véritable « unité de trois joueurs » qui « veut la rondelle ». « Andy apporte une nouvelle dimension qu’on n’avait pas vraiment vue dans le passé, a dit Drouin. Si tu n’as pas de jeu à la ligne bleue et qu’il commence à patiner à droite, tu sais que tu peux envoyer la rondelle dans le fond du territoire adverse et qu’il va aller la chercher. »

Paul Byron : « Ce n’est pas moi qui décide »

Malgré toutes ses qualités, Paul Byron traîne un inconfortable boulet : son contrat qui alourdira la masse salariale de 3,4 millions jusqu’à la fin de la saison 2022-2023. Dans un contexte où les finances du Tricolore sont serrées comme rarement au cours des dernières années, le nom de Byron a alimenté toutes sortes de rumeurs de transaction. Le rétrograder sur l’escouade d’urgence ferait par ailleurs économiser environ 1 million au club, mais ce scénario semble improbable vu la confiance que lui accorde Claude Julien. « Ce n’est pas moi qui décide », a indiqué Byron à propos de son avenir à court terme. « Je me concentre sur ce que je peux faire pour aider l’équipe à gagner. On a tellement fait de bonnes acquisitions, c’est toute une chance qui s’offre à nous. » Jouer dans la LNH, a-t-il ajouté, « c’est chaque jour devoir prouver que tu mérites ta place ».

Nouvelle identité à court d’un homme

Claude Julien a fait preuve d’une rare candeur, dimanche, en s’exprimant à propos de son unité de désavantage numérique. La saison dernière, le Tricolore a terminé au 19e rang de la ligue, avec un taux de réussite de 78,7 %. Avec l’arrivée de Josh Anderson, Tyler Toffoli et Joel Edmundson, en plus de l’émergence de Jake Evans, l’entraîneur-chef a affirmé qu’il avait davantage de joueurs sur lesquels il pouvait « véritablement [se] fier ». Ainsi, avec plus de cartes dans son jeu, il pourra utiliser trois ou quatre combinaisons différentes, ce qui lui donnera des effectifs « plus frais » qui n’auront pas à prendre les bouchées doubles. Sur le plan de l’exécution, « parfois [la saison dernière], on était trop passifs, on donnait trop de temps [à l’adversaire]. Je crois qu’on est maintenant plus proactifs, plus agressifs dans notre zone », a conclu Julien.

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