Vers la présidentielle

Controverses autour des boîtes de dépôt de votes

Sur le contenant en métal de type boîte aux lettres, une feuille de papier a été collée avec de larges bandes de ruban adhésif : « boîte officielle de collecte de votes ».

Or, le conteneur, placé devant une église en Californie, n’avait rien d’officiel.

L’État a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’utilisation non autorisée de boîtes de dépôt de votes, dans trois circonscriptions.

La section californienne du Parti républicain a admis avoir placé plus de 50 de ces boîtes dans les circonscriptions de Los Angeles, Fresno et Orange, près d’églises, de magasins d’armes et de bureaux de la formation politique, selon le New York Times.

« Je pense que c’était une provocation pour prouver un point politique sur leur perception concernant le manque de sécurité », estime Justin Levitt, professeur de droit électoral à l’Université Loyola Marymount, en Californie.

Différentes règles

Dans cet État, il est en effet possible d’amasser et de déposer les bulletins pour une tierce partie – à condition de ne pas le faire sous de faux motifs. Le porte-parole du Parti républicain en Californie s’est d’ailleurs défendu d’avoir fait un geste illégal en évoquant cette loi, dénoncée par Donald Trump et ses partisans et en vigueur dans 26 États.

Les électeurs qui auraient déposé leur bulletin de vote dans ces boîtes ont été invités à s’inscrire à un site web de l’État pour s’assurer qu’il a été reçu.

La controverse n’est qu’un élément de plus dans une élection aux tensions déjà exacerbées par la pandémie et les positions opposées des candidats. Les règles variant d’un État à l’autre viennent ajouter à la confusion, jugent des experts.

« Il y a 50 systèmes différents dans 50 États », illustre M. V. (Trey) Hood III, professeur de sciences politiques à l’Université de Géorgie. La pandémie a aussi poussé des États à assouplir temporairement leurs règles.

Il croit cependant que la majorité des électeurs voudraient avoir l’option de déposer leur bulletin dans une boîte prévue à cet effet, sans se soucier d’éventuels problèmes avec la poste.

Une boîte pour 4,7 millions de personnes

Des États ont rendu cette solution difficile ; au Texas, par exemple, le gouverneur républicain Greg Abbott a refusé d’avoir plus d’un réceptacle officiel par circonscription.

La décision a été contestée en cour. Un juge s’est prononcé contre cette limite du nombre de boîtes de dépôt, statuant que la mesure violait probablement le droit de vote. La décision a été infirmée en cour d’appel lundi, à la veille du début du vote par anticipation en personne.

« Le Texas a l’une des plus longues périodes pour voter, mais il ne fait pas tellement bonne figure pour le vote par correspondance », juge Matthew Weil, directeur de l’Elections Project au groupe de réflexion Bipartisan Policy Center.

Le Texas compte près de 30 millions d’habitants, répartis dans 254 circonscriptions. Le comté de Harris, qui comprend Houston, compte à lui seul 4,7 millions de personnes, dans une superficie semblable à celle couverte par les 82 municipalités de la région métropolitaine de Montréal, mais n’aura droit qu’à une seule boîte pour déposer les bulletins de vote par correspondance. C’est aussi l’un des endroits où le contrôle des votes par correspondance est le plus serré.

Vote par correspondance automatique

La fiabilité du vote par correspondance a été remise en question par le président américain. Pourtant, il est utilisé depuis de nombreuses années. Au Colorado, à Hawaii, en Utah, en Oregon et à Washington, il s’agit de la méthode privilégiée.

Au Colorado, depuis sept ans, le bulletin de vote par correspondance est automatique. Les électeurs peuvent cependant se déplacer le jour du scrutin s’ils souhaitent exercer leur droit en personne. « Quand on attend 10 minutes en personne, on considère que c’est une longue attente », lance Jennifer S. Hendricks, professeure de droit à l’Université du Colorado.

Le système n’a pas causé de fraude massive. Les boîtes pour le dépôt des bulletins de vote, sécurisées et surveillées par caméra, font partie du paysage.

Michael J. Hanmer, du département de gouvernement et politiques de l’Université du Maryland, s’attend à quelques « erreurs de bonne foi », autant chez les électeurs mélangés par les règles que chez les scrutateurs. « C’est difficile d’en prévoir l’impact, surtout si c’est concentré dans un seul État », souligne-t-il.

Les Américains portent un intérêt particulier à l’élection cette année et voteront massivement, croit-il. Les sondages pourraient donc refléter une réelle intention de voter.

Joe Biden en avance

Dans un sondage ABC/Washington Post publié dimanche, Joe Biden menait par une avance confortable, avec 54 % des intentions de vote contre 42 % pour son rival, avec une marge d’erreur de 4 points.

Une moyenne des derniers sondages compilés par CNN donnait 53 % des intentions au candidat démocrate, contre 42 % à Donald Trump, une avance jamais vue depuis 1936, année des premiers sondages scientifiques, notait le média.

« Il commence à y avoir de plus en plus de signes que Trump pourrait ne pas gagner, commente M. Hood, aussi directeur du Survey Research Center de l’Université de Géorgie. Mais c’est vraiment un concours État par État. Ce qui compte vraiment, ce sont les résultats dans chaque État. »

— Avec le New York Times

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