Sérotonine Anonyme

Là où le massage dépasse la fiction

Imaginez un monde où l’on pourrait brancher nos cerveaux en ligne. Y diffuser notre activité cérébrale. Et en prime, y recevoir des massages. Des massages certes anonymes, mais aux bienfaits multiples et concrets.

C’est le scénario futuriste qu’imagine Sérotonine Anonyme, un petit film d’animation interactif pour le moins original signé Caroline Robert, présenté en première mondiale vendredi dernier au Festival international du film documentaire d’Amsterdam (IDFA), ainsi qu’en ligne, et gratuitement, sur le site de l’Office national du film (ONF).

L’artiste multidisciplinaire, à qui l’on doit deux pochettes remarquées d’Arcade Fire (notamment Suburbs, pour laquelle elle a remporté un Grammy), a collaboré activement à plusieurs projets du genre depuis dix ans avec le studio AATOAA (Bla Bla, Jusqu’ici). Il s’agit ici de son premier film à part entière, de l’écriture à la réalisation, lequel sera présenté sous forme d’installation et en compétition, à l’IDFA.

Il faut savoir que le cerveau, la santé mentale, et le bien-être en général, sont des sujets qui intéressent Caroline Robert depuis longtemps. Bien avant la pandémie. Notamment : les émotions (négatives), pourquoi certaines sont récurrentes (l’anxiété), et comment s’en distancer.

« Et les questions de santé mentale touchent tout le monde de près ou de loin, encore plus depuis la pandémie. »

— Caroline Robert

Mais attention : ce film n’est pas un film typique sur la santé mentale. Il n’est pas ici question de travail sur soi ni de thérapie quelconque. Au contraire. Pensez plutôt légèreté et humour. Et finalement (conséquemment ? ), bien-être (d’où le titre sur l'hormone du bonheur, vous l’aurez compris) : « J’avais envie de faire un film où on se sent en confiance, un film pour explorer les émotions de quelqu’un en confiance. »

De qui ? De D, une jeune fille à la voix modulée (interprétée par Julianne Côté, méconnaissable, avec une voix grave et apaisante), qui nous invite dans l’intimité de son activité cérébrale (très originalement et surtout activement illustrée). Le spectateur est invité à la « masser » à l’aide de sa souris. Petit à petit, dans le « musée de sa tête », il y découvre ses souvenirs, ses « bibittes » (l’anxiété), pensées négatives (« stupide ! ») et « esprits maléfiques » (sa colère). Rien de majeur, d’où l’universalité du propos.

« On se laisse porter dans un lien intime avec elle. Je voulais qu’on se sente proche, résume l’artiste. Qu’on sente quelque chose d’humain et de beau dans cette communauté qui se rassemble pour écouter quelqu’un qui raconte quelque chose d’assez banal, au final. […] Et c’est la beauté de cette banalité. Elle s’adresse à tout le monde. […] J’avais envie de parler de choses sérieuses avec légèreté et humour. »

Faire œuvre utile

L’idée du massage est venue tout naturellement à Caroline Robert. Et elle tombe sous le sens : « J’avais une question qui me trottait dans la tête : si toute l’énergie qu’on dépense collectivement sur nos écrans se transformait en quelque chose d’utile ? Si tous les micro-mouvements de nos souris devenaient concrets pour faire quelque chose de bon ? »

Dans sa fiction, c’est précisément ce qui se passe, puisque D se retrouve finalement soulagée.

Morale ? « Nos gestes, même s’ils sont petits, peuvent avoir un grand impact sur quelqu’un. […] Et ça fait du bien de participer à son bonheur. »

Ce faisant, même le donneur est gagnant.

Sérotonine Anonyme, écrit et réalisé par Caroline Robert, du studio AATOAA, produit par l’ONF, 19 minutes.

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