Opinion

Se reconfiner pour le bien des plus vulnérables

L’auteur s’adresse au premier ministre du Québec, François Legault

Et voilà. Tel le capitaine du Salvatore-Todaro, sous-marin de la classe U212A appartenant à la famosa marina militare italiana (pardonnez mon intérêt spécifique très fort pour l’Italie), je me soumets à votre demande de reconfinement et je me prépare à replonger en famille pour quatre semaines, le plus loin possible de la COVID-19, récif invisible qui menace notre santé.

Fermez les écoutilles, mettez le sonar et le radar de navigation en marche, nous repartons en mission dans les profondeurs du reconfinement, le temps que la deuxième vague là-haut se calme. De retour à la surface le 8 février, à temps pour mon 50e anniversaire de naissance et pour le mercredi des Cendres, sans trop de conséquences fâcheuses, espérons-le.

Cela peut vous sembler une drôle de métaphore, mais jouer ainsi avec les mots et les situations me permet de garder mon moral au chaud, en ces temps encore difficiles… Question de bien-être mental, bien sûr. Or, j’ai beau lire (tout comme vous), écrire, travailler, m’adonner à la marche nordique et m’occuper de ma collection de drapeaux italiens, je dois tout de même chercher plus longtemps l’énergie nécessaire pour me motiver davantage, et ce, pour le bien de la collectivité.

C’est ardu, je vous le concède, mais il n’est pas question de lâcher. Bien des personnes en dépendent.

Des personnes autistes qui me sont chères et qui pourraient subir les conséquences d’une hospitalisation au cours de laquelle on les laisserait seules, sans visage familier sur lequel se fier ; qui pourraient devenir les victimes d’un triage inhumain, décidant de les laisser mourir justement parce qu’ils sont autistes, donc…

Donc, on se reconfine ! On replonge avec en tête mon épouse Sophie, qui souffre d’asthme et mon fils Laurent, autiste de niveau 1 qui a hérité de poumons fragiles, « cadeau » de sa naissance prématurée.

Je pense aussi à mon clan d’Autiste bientôt majeur et Autiste maintenant majeur, Mathis, Malika, Maëlle, Raphaël, Elliott, Benjamin, Élie, Nathalie et Charles-Antoine, ainsi que leurs parents. Pour Dylane (la fille de votre collègue Marilyne Picard), Joanie, Jonathan, Christopher, Maude, Mathieu, Elena Palmisano et tant d’autres qui forment notre « clan élargi de la différence ».

Je pense aux professionnelles qui s’occupent de ces jeunes – orthophonistes, physiothérapeutes, psychoéducatrices, ergothérapeutes –, et qui doivent demeurer en santé. Je pense à leurs enseignantes, leurs éducatrices.

Je pense à tous les enfants qui combattent une maladie grave, tous les enfants qui ont des rendez-vous hebdomadaires à l’hôpital pour des traitements, des prises de sang, des séances d’orthopédie et j’en passe, j’en passe tellement ! Je pense au personnel soignant de ces jeunes qui ne peuvent flancher et déclarer forfait.

Je pense à tous ceux et celles qui souffrent de maladies chroniques comme la maladie polykystique des reins et qui pourraient mettre leur vie en péril en attrapant la COVID-19. Tous ceux et celles qui voient des opérations importantes repoussées, des opérations qui assuraient leur survie.

Je ne veux pas oublier mes parents qui ont passé à travers trois cancers et mon beau-père qui est veuf. Ce sont surtout trois grands-parents qui doivent encore se retenir de voir leur petit-fils.

Cela fait beaucoup de monde, n’est-ce pas ? Du monde essentiel, important, des humains et humaines qu’on ne peut laisser de côté, comme le demandent certains adeptes de théories fumeuses qui se gargarisent d’un « darwinisme d’estrade » …

Ma motivation est là, monsieur le premier ministre. Elle ne rend peut-être pas ma vie plus agréable dans mon « sous-marin ». Néanmoins, elle lui trouve un sens nouveau. En espérant que les plus récalcitrants sauront le comprendre.

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