Activités de sport et de loisirs

« Ça faisait longtemps »

Dans un corridor du complexe sportif Claude-Robillard, dans Ahuntsic-Cartierville, Fleurise François lance des regards furtifs à l’intérieur du local 2.02, où huit adolescents suivent un cours de kick-boxing. Parmi eux, son fils Tchad Marseille, 15 ans. La mère de famille se fait discrète : un ado a sa fierté.

Mais le soulagement se lit dans les yeux de Fleurise, heureuse de voir son garçon s’activer en bonne compagnie. Comme bien des adolescents, Tchad a passé beaucoup d’heures dans sa chambre pendant la pandémie, devant les écrans.

« Il a besoin de bouger, mais pas de bouger tout seul. On a passé tellement de temps tout seuls, depuis un an et demi », souligne-t-elle.

Saut à la corde, planche au sol, jab, uppercut : Tchad se donne à 100 %. Ça fait du bien ? lui demande-t-on à la sortie du cours. « Oui, vraiment. Ça faisait longtemps », dit-il.

Christopher Arice, 12 ans, est lui aussi satisfait : « Quand on était en confinement, chez nous, on ne pouvait rien faire à part jouer aux jeux vidéo », fait-il remarquer.

« Il n’y avait même plus d’activités à l’école. C’était un peu poche », résume Marguerite Bulté-Boivin, 12 ans.

Un retour graduel

L’automne 2021 marque le grand retour des activités sportives et des activités de loisir pour les jeunes au Québec. Après un an et demi de pandémie, les municipalités et les organisations (comme Sports Montréal, qui offre le cours de kick-boxing du mercredi après-midi) peuvent offrir des programmations complètes d’activités intérieures.

Dans le monde du sport, on était prêt, indique Isabelle Ducharme, directrice générale de Sports Québec, une corporation qui représente 65 fédérations sportives et 17 unités régionales de loisir et de sport. Dès que les nouvelles mesures ont été annoncées, le 1er septembre, la machine a redémarré.

« Ligue de hockey, ligue de football, gymnastique… En moins de deux semaines, tous les sports ont redémarré. »

– Isabelle Ducharme, directrice générale de Sports Québec

Les nouvelles limites – 25 participants dans l’aire destinée au jeu, excluant ceux sur le banc – donnent une bouffée d’air frais aux organisateurs. « On arrive à revenir à une pratique assez normale », indique Isabelle Ducharme, selon qui les organisations s’adaptent pour accueillir tous les jeunes qui veulent s’inscrire.

Les participants sont-ils au rendez-vous ? « En qualité, c’est sûr que oui », répond Isabelle Ducharme. Les jeunes, dit-elle, sont heureux de retrouver leurs amis et leur équilibre. En nombre, comme 2021 est une année d’adaptation, elle s’attend à ce qu’il y ait une part de décrochage sportif. À titre d’exemple, à Hockey Québec, on note actuellement une baisse de près de 20 % des inscriptions par rapport à 2019.

« C’est comme le décrochage scolaire, illustre Isabelle Ducharme. Dites à un jeune de ne pas aller à l’école pendant un an et essayez de le raccrocher un an après : ça peut être difficile. Ça va dépendre de sa source de motivation à faire du sport. »

Chez Sports Montréal, les jeunes sont au rendez-vous (même que 800 sont en attente, surtout pour les cours de natation), mais l’offre demeure plus limitée qu’en 2019 en raison des mesures de distanciation. Cet automne, l’organisation recense quelque 900 inscriptions chez les enfants et les adolescents, 40 % de moins qu’à l’automne 2019.

Le parascolaire aussi

Les écoles ont aussi relancé les activités parascolaires cette année, un dossier cher au premier ministre François Legault. Le gouvernement caquiste s’est engagé à offrir une heure d’activité parascolaire par jour (sportive, artistique ou scientifique) à tous les jeunes du secondaire qui le désirent dès cet automne.

Le contexte pandémique en limite cependant la mise en application, constate Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire.

« Oui, il y a eu beaucoup de financement ajouté dans les trois dernières années pour le parascolaire ; ça, c’est une excellente nouvelle. Mais dans le contexte actuel, il y a beaucoup d’obstacles pour nous permettre d’offrir ce qu’on souhaiterait offrir. »

– Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire

D’abord, chez les 13 ans et plus, seuls les élèves vaccinés peuvent participer aux activités parascolaires, ce qui peut exclure jusqu’au quart d’entre eux dans certains quartiers. Ensuite, en raison de la pénurie de main-d’œuvre, l’embauche du personnel pour animer ces activités est un défi. Et enfin, rappelle Kathleen Legault, le personnel des écoles est essoufflé, et la direction, surchargée.

« Pour nos élèves les plus vulnérables, on sait à quel point ces activités-là font une différence, dit-elle. On va déployer cette offre-là tant qu’il est possible de le faire, avec les ressources dont nous disposons. »

Le psychologue scolaire Rémi Côté constate que, dans les écoles de Montréal où il travaille, la demande surpasse l’offre. « Les élèves vont donc s’inscrire à des activités qui ne correspondent pas nécessairement à leurs intérêts, dit-il. Ça peut créer un stress. »

À ses yeux, l’occasion est belle pour réinventer les activités parascolaires sportives, pour les rendre plus accessibles, plus adaptées au monde actuel. « L’activité physique est essentielle, souligne Rémi Côté. Ça peut se faire en dehors du compétitif, mais l’offre n’est pas là. Il faut revenir à quelque chose de plus démocratique, pour tout le monde. »

Pour les jeunes qui ont l’occasion de reprendre leurs activités cet automne, l’impact sur le moral se fait sentir, constate Patrick Monette, psychologue scolaire à Drummondville. « Les jeunes le verbalisent, relate-t-il. Ils sont soulagés, ça leur fait du bien. »

À son école, le basketball et le hockey cosom ont repris, tout comme les cours de cuisine, le théâtre, l’improvisation et le club d’échecs, qu’il a lui-même mis sur pied. « L’école, ce n’est pas juste scolaire : il y a toute la dimension de socialisation, le sentiment d’appartenance, rappelle Patrick Monette. L’année passée, il manquait assurément quelque chose. »

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