Épargne

Petit guide des erreurs à éviter

Méconnaissance des règles juridiques et fiscales, mauvais choix de véhicules de placement ou encore planification mal structurée. Ces erreurs sont parmi celles qui sont le plus souvent observées chez les épargnants et les investisseurs dans la gestion de leur patrimoine. Deux experts y vont de leurs conseils pour éviter les écueils.

Michaël Roy, planificateur financier, conseiller en placements et conseiller en sécurité financière chez Gestion de Patrimoine Assante, à Saint-Hyacinthe, croit que la fiscalité est à considérer quand on épargne pour ses vieux jours.

Intérêts imposables

« Ceux et celles qui ont de l’argent dans des comptes non enregistrés, dit-il, ne pensent pas à l’effet composé de l’imposition. Les CPG [certificats de placement garanti] ou les obligations sont des types de placement fortement imposés. Je suggère plutôt à mes clients de placer leur argent dans des actions ou des fonds en catégories de société. On obtient des gains en capital ou des dividendes, ce qui est plus avantageux d’un point de vue fiscal. »

Autre observation : les gens épargnent et omettent de réfléchir à la suite des choses, poursuit Michaël Roy. « Trop souvent, les gens sont en mode accumulation pendant des décennies, mais ne prennent pas le temps de se fixer des objectifs. Veulent-ils un transfert intergénérationnel ou léguer leurs avoirs à une œuvre de bienfaisance ? »

Il cite en exemple une cliente qui, à 60 ans, a 1 million de dollars accumulés. « Or, elle n’a besoin que de 40 000 $ par année pour bien vivre, explique M. Roy. Ses héritiers risquent d’en recevoir moins si les véhicules de placement sont mal adaptés. C’est là que le planificateur financier entre en jeu. Par exemple, prendre les excédents et les investir dans une assurance-vie entière participative permet de créer de la richesse et d’offrir à ses héritiers un montant substantiel à l’abri de l’impôt. »

« Les épargnants mettent beaucoup d’énergie pour, par exemple, planifier un voyage ou acheter une voiture, mais ils ne prennent même pas une heure pour préparer leur retraite. C’est ironique, non ?  »

– Michaël Roy, planificateur financier, conseiller en placements et en sécurité financière chez Gestion de Patrimoine Assante, à Saint-Hyacinthe

Long terme

Marc Bachand, professeur titulaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et directeur du département des sciences comptables, observe une « incompréhension du rôle temporel dans l’équation patrimoniale ».

« Les gens, croit-il, ont un comportement qui mise sur le court terme, alors que la joute patrimoniale se déroule sur le long terme. Tout le monde veut faire un rendement rapidement. Or, ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. Quelqu’un qui commence tôt à épargner arrivera à des résultats plus intéressants, et à moindre coût, que quelqu’un qui commence à épargner à 40 ans. »

Selon Marc Bachand, les épargnants ont une « approche en silo » dans la construction de leur patrimoine. « Il y a méprise quant aux vases communicants dans la création du patrimoine financier. Les gens ont de la difficulté à évaluer les meilleurs choix financiers possible lorsque le patrimoine est constitué d’actifs et de passifs », dit-il en substance.

« Quelqu’un qui s’endette de 4300 $ pour contribuer à son REER, en utilisant par exemple sa marge de crédit hypothécaire, s’appauvrit. Le meilleur placement est de rembourser ses dettes.  »

– Marc Bachand, professeur titulaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et directeur du département des sciences comptables

Enfin, le professeur Bachand note que bien des épargnants connaissent peu ou pas les règles juridiques et fiscales en cas de transmission ou de partage du patrimoine financier, ce qu’il appelle « les conséquences inconnues du divorce, du départ et du décès ».

Le droit de la famille québécois est ainsi fait que des conjoints peuvent être désavantagés si, par exemple, ils sont en union de fait et que survient une séparation ou qu’aucun testament n’a été rédigé quant à la répartition des avoirs en cas de décès.

Les finances personnelles et la gestion de patrimoine sont parmi les sujets les plus traités dans les médias, fait remarquer Marc Bachand. Lui et son collègue Nicolas Boivin, de l’UQTR, mettent d’ailleurs gratuitement tous leurs cours, travaux et publications à la disposition du grand public.

« Nous sommes payés par l’État. Pour nous, c’est normal de partager nos connaissances », affirme cet adepte du mouvement de Ressources éducatives libres (REL ou « OER » en anglais pour Open Educational Resources).

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