Réforme de la consigne

Les projets pilotes ont récupéré peu de contenants

Les projets pilotes mis sur pied pour préparer l’élargissement de la consigne au Québec n’ont paradoxalement pas récupéré beaucoup de contenants qui y seront assujettis quand la réforme entrera en vigueur d’ici la fin de 2022, a appris La Presse.

Les bouteilles de vin, de jus, d’eau pétillante ou de lait représentent moins de 8 % des quelque 6,7 millions de contenants récupérés dans l’un des sept projets pilotes lancés en août et qui doivent prendre fin le 31 janvier, selon les données préliminaires de l’Association québécoise de récupération des contenants de boissons (AQRCB), en date du 20 décembre.

Ce faible taux s’explique par l’absence de mesure d’incitation financière, estime Martin-Pierre Pelletier, conseiller et porte-parole de l’Association canadienne des boissons, qui fait partie de l’AQRCB (voir encadré).

« On aurait aimé que le gouvernement finance le remboursement d’une consigne sur les contenants non consignés, mais qui vont l’être dans le futur », dit-il.

« On n’a pas été en mesure d’évaluer les vrais volumes qui vont passer par les points de dépôt, on ne sait pas quel sera le taux de récupération. »

— Martin-Pierre Pelletier, conseiller et porte-parole de l’Association canadienne des boissons

Le volume de contenants assujettis à la consigne sera de trois à quatre fois plus important après la réforme du système, rappelle Francis Mailly, directeur des relations gouvernementales pour le Québec, au Conseil canadien du commerce de détail.

« Le nerf de la guerre, c’est vraiment les volumes », dit-il également, ajoutant que c’est un aspect qu’il aurait aussi souhaité pouvoir mieux documenter.

« Diamétralement opposé » à la SAQ

Le portrait est « diamétralement opposé » au projet pilote installé à la SAQ Dépôt de Terrebonne, où 88 % des contenants rapportés ne sont pas encore consignés, comme des bouteilles de vin et de spiritueux, note Martin-Pierre Pelletier.

« Ce que ça me dit, c’est que les gens veulent rapporter les contenants là où ils les ont achetés », indique-t-il, affirmant qu’un taux aussi élevé de retour en l’absence d’une mesure d’incitation financière « est l’une des choses les plus révélatrices » de l’expérience.

Le projet pilote de la SAQ a d’ailleurs permis de découvrir que les machines parviennent mal à traiter certains formats de contenants, notamment les bouteilles plates dans lesquelles sont vendus certains bourbons.

La récupération du verre a aussi fait réaliser aux gestionnaires des projets pilotes la nécessité d’être dotés d’équipements spécialisés, comme des quais de chargement.

« Des bouteilles de vin broyées, ça vient pesant assez vite », illustre Martin-Pierre Pelletier, reconnaissant que l’industrie a perdu l’habitude de gérer les contenants de verre, dominants lorsque la consigne a été instaurée en 1984, mais graduellement remplacés par ceux en plastique, puis en aluminium.

« On est habitués de gérer des gros volumes, mais légers », rappelle-t-il.

Dysfonctionnements et autres « enjeux »

Les heures d’ouverture parfois limitées, des problèmes d’odeurs, de déchets laissés sur place ou encore de guêpes ayant fait leur nid à proximité d’une « gobeuse » sont autant d’« enjeux » qui se sont présentés depuis le lancement des projets pilotes, en août 2021.

Mais c’est leur raison d’être, relativise Martin-Pierre Pelletier : « On essaie d’optimiser les choses pour faire en sorte que le jour où l’on sera dans le déploiement du système, les problèmes qu’on aura eus à petite échelle ne se répéteront pas à grande échelle. »

Certains sites ont aussi dû composer avec des pannes d’équipements, comme celui de la SAQ de Terrebonne, qui était à l’arrêt lors du passage de La Presse, mardi.

« Certaines machines, surtout celles qui prennent le verre, sont plus sujettes à des bris que d’autres », observe Francis Mailly, du Conseil canadien du commerce de détail.

Il fait aussi valoir que certains arrêts peuvent être dus au simple fait que la machine est pleine, un problème anodin qui prend une tout autre ampleur en cette période de pénurie de main-d’œuvre.

« C’est pour ça que l’automatisation apparaît comme un incontournable. »

— Francis Mailly, du Conseil canadien du commerce de détail

La nécessité d’équipements spécialisés et de lieux consacrés ne fait aucun doute pour Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

« On va multiplier le nombre de contenants et il va y avoir moins de points de dépôt », rappelle-t-il en guise de justification, estimant qu’il est impensable d’installer ces équipements « entre deux portes coulissantes » à l’entrée des commerces.

Il ne faut toutefois pas miser uniquement sur l’automatisation, prévient-il, soulignant l’importance que les points de dépôt aient des employés, notamment pour résoudre les rejets de contenants pourtant assujettis.

Contenants rejetés

Certains citoyens voulant contribuer aux projets pilotes se sont d’ailleurs parfois heurtés à des machines qui ne voulaient rien savoir de leurs contenants, comme Hélène Larouche, Montréalaise qui s’est déplacée au Maxi de l’avenue Papineau avant les Fêtes.

« Toutes mes bouteilles ont été refusées, la machine ne les reconnaissait tout simplement pas », a-t-elle raconté à La Presse, déçue de son expérience.

« Je suis allée voir au comptoir de courtoisie du Maxi et la caissière m’a dit tout bonnement : “Ah non, il y a juste la machine du fond qui parfois les prend, sinon les autres ne marchent pas.” Mais la machine du fond ne fonctionnait pas plus », poursuit-elle.

Le taux de rejet des contenants s’est maintenu autour de 2,5 %, selon les données de l’Association québécoise de récupération des contenants de boissons.

Les machines enregistrent les codes-barres des contenants qu’elles rejettent, ce qui permet aux exploitants de les vérifier et de les ajouter graduellement à la base de données, explique Martin-Pierre Pelletier.

Les contenants de produits artisanaux ou d’importations privées représentent toutefois un défi, précise-t-il, tout comme les bouteilles de bière à remplissages multiples, qui sont assujetties à une consigne privée, différente de la consigne sur les contenants à remplissage unique.

La Société québécoise de récupération et de recyclage (Recyc-Québec), qui finance et supervise les projets pilotes, n’a pas voulu répondre aux questions de La Presse.

Qu’est-ce que l’AQRCB ?

L’Association québécoise de récupération des contenants de boissons est un nouvel organisme créé par les entreprises et organisations qui mettent sur le marché les boissons dont les contenants seront assujettis à la consigne élargie et qui sont chargées de mettre en place ce système, en vertu du principe de la responsabilité élargie des producteurs voulu par le gouvernement. Elle regroupe l’Association des brasseurs du Québec, le Conseil des industriels laitiers du Québec, l’Association des négociants embouteilleurs de vin, le Conseil de la transformation alimentaire du Québec et l’Association canadienne des boissons. L’association gère ainsi les projets pilotes testant différents modes de fonctionnement.

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Nombre de contenants qui ont été récupérés dans les 7 projets pilotes de la consigne élargie durant les 20 premières semaines d’activité.

Source : AQRCB

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