Santé financière du Québec

Une « non-nouvelle » qui fait du bien

À première vue, la sortie d’Eric Girard sur la cote de crédit du Québec, lundi dernier, est une « non-nouvelle ». Aucune des agences de notation n’a changé quoi que ce soit, a-t-il annoncé. Allez voir ailleurs, rien d’intéressant.

Dans les faits, cette absence de nouvelle en cache une bien plus intéressante. La voici : les agences maintiennent la cote de crédit du Québec pendant qu’elles abaissent celles de quatre autres provinces et du gouvernement fédéral, en plus d’apposer des perspectives négatives à deux autres provinces.

On le savait, la pandémie a fait des ravages dans les finances publiques des gouvernements depuis le début de 2020. Toutefois, on constate aujourd’hui que le Québec fait partie des 4 gouvernements sur 11 dont la solidité financière n’a pas été affectée, selon l’évaluation qu’en font quatre agences de notation privées1. Wow !

L’idée n’est pas de se réjouir du malheur des autres, mais de constater que tout est relatif et qu’à cet égard, la force financière du Québec est reconnue en ces temps troubles, ce qui est une excellente nouvelle.

Chacune des quatre principales agences a sa propre grille de notation et ses propres critères, et il n’est pas simple de démêler le tout. Certaines ont abaissé la cote d’une province, pendant que les autres agences n’ont pas bougé.

Par exemple, en juin 2020, au terme de la première vague de COVID-19, l’agence Fitch a abaissé d’un cran la cote du gouvernement fédéral pour la dette à long terme, alors que S&P Global Ratings (S&P) a maintenu la sienne à AAA. Le Canada partage cette note parfaite de S&P avec une dizaine d’autres pays, dont l’Allemagne, l’Australie, la Suisse et les pays scandinaves (Suède, Norvège et Danemark), mais pas les États-Unis (AA+), ni la France (AA).

Malgré cette complexité dans la notation, des tendances se dégagent clairement au Canada.

Primo : les quatre agences ont décoté l’Alberta depuis janvier 2020, constatant la dégradation importante de ses finances publiques2.

Secundo : les deux autres provinces pétrolières, soit la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador, ont subi le même sort de la part de deux agences durant la même période.

Tertio : au cours du dernier mois, même l’exemplaire Colombie-Britannique a vu sa cote abaissée d’un cran par deux agences (S&P et Fitch), en raison de l’augmentation importante de son déficit et du fardeau de sa dette.

Résultat de l’exercice : le Québec est aujourd’hui au troisième rang parmi les provinces avec une cote de crédit AA-, après la Colombie-Britannique (AA+) et la Saskatchewan (AA). L’Ontario est un rang sous le Québec (A+) et Terre-Neuve-et-Labrador, deux (A avec perspective négative)3.

Le Québec est le plus sûr

Mieux encore : dans le concret, les investisseurs jugent que c’est le Québec qui offre les obligations de 10 ans les plus sûres au Canada parmi les provinces, selon un relevé de la Banque Nationale, ex æquo avec la Colombie-Britannique.

La qualité des obligations, c’est-à-dire son faible niveau de risque, se mesure par le taux d’intérêt auquel les investisseurs sont disposés à prêter. Plus l’obligation est jugée sûre et peu risquée, plus le taux d’intérêt du marché est bas, et inversement.

Ainsi, le gouvernement du Québec trouvait preneur pour ses obligations à 10 ans au taux de 1,705 % le 20 juillet, soit le plus bas taux parmi les 10 provinces, le même que celui de la Colombie-Britannique. En comparaison, l’Ontario est à 1,77 %, l’Alberta, à 1,82 % et Terre-Neuve, à 1,95 %.

Le Québec présente des taux plus bas que la Saskatchewan (1,765 %), même si sa cote de crédit est un peu plus basse que celle de cette province, en raison de la liquidité plus grande de ses titres, explique Warren Lovely, stratège principal, taux d’intérêt et secteur public, à la Banque Nationale. Autre raison : les variations relativement faibles des revenus fiscaux du Québec.

« Le bilan solide des dernières années, notamment le contrôle de la dette, a porté ses fruits », explique M. Lovely.

Ce taux plus bas pour le Québec permet à la province d’économiser. Par exemple, pour un emprunt obligataire de 100 millions sur 10 ans, l’économie pour le Québec se chiffre à 1,15 million par rapport à l’Alberta. Et comme ces provinces ont plusieurs milliards de dollars de dettes, l’impact est important.

Pour sa part, le gouvernement fédéral, avec sa cote AAA, peut emprunter à 10 ans au taux de 1,16 %, soit 0,545 point de pourcentage de moins que le Québec. Cet écart s’est rétréci pendant la pandémie, puisqu’il était de 0,625 point le 30 janvier 2020.

Dans son communiqué, le ministre des Finances, Eric Girard, ne rappelle pas que la santé financière du Québec s’explique en bonne partie par les douloureuses compressions du gouvernement libéral précédent, bien qu’il l’ait déjà en partie reconnu dans le passé.

Il soutient, non sans raison tout de même, que « la reconnaissance de la qualité de crédit du Québec confirme le sérieux de notre plan pour relancer l’économie et rétablir l’équilibre budgétaire une fois le plein emploi retrouvé. Il doit être dit et répété que le Québec dispose d’atouts majeurs et que c’est un endroit de prédilection pour investir ».

Qui aurait pensé, il y a 10 ans, que le Québec deviendrait si rapidement l’emprunteur préféré des investisseurs parmi les provinces canadiennes ?

Merci à Dominique Lapointe, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, pour sa collaboration.

1. Les trois territoires canadiens n’ont pas fait l’objet d’une analyse de la Banque Nationale et de La Presse.

2. Le 24 juin 2021, l’agence Fitch a néanmoins ramené de négatives à stables les perspectives de l’Alberta, mais sans changer la cote.

3. Deux autres provinces, soit le Manitoba et l’Île-du-Prince-Édouard, ont vu leur bulletin entaché par S&P depuis 18 mois. Ainsi, au moins une agence leur a retiré la mention perspective positive, mais sans abaisser leur cote d’un cran pour l’instant.

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