Urgence climatique

On n’a pas fini de payer pour les catastrophes

Ouragans, tornades, tremblements de terre et, plus près de chez nous, inondations, rivières atmosphériques, glissements de terrain, sécheresses, canicules extrêmes, incendies de forêt et vagues de froid sont devenus des phénomènes que l’on observe de plus en plus fréquemment, beaucoup plus que ce à quoi l’on était habitués dans le passé. Entre la pluie et le beau temps, les catastrophes naturelles s’inscrivent maintenant de plus en plus dans notre réalité de tous les jours et les coûts associés à ces désastres n’ont pas fini d’aller en augmentant.

Munich Re, géant allemand de la réassurance, a publié lundi son bilan annuel qui fait état des pertes financières associées aux catastrophes naturelles pour l’année 2021, année de la COP26 au cours de laquelle on a justement beaucoup disserté sur l’urgence de s’attaquer aux causes des changements climatiques.

Les nombreuses catastrophes naturelles qui ont frappé la planète durant l’année 2021 ont généré des pertes financières totales de 280 milliards US, en hausse marquée par rapport aux 210 milliards de 2020 et aux 146 milliards de 2019.

Les États-Unis arrivent en tête de peloton, et de loin, des pays qui ont enregistré les pertes financières les plus importantes liées à des sinistres puisque celles-ci ont totalisé 145 milliards, ce qui représente plus de la moitié des pertes mondiales. À lui seul, l’ouragan Ida qui a frappé l’été dernier La Nouvelle-Orléans, le New Jersey et la région de New York a généré des pertes de 65 milliards.

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur l’Europe en juillet dernier ont causé pour 54 milliards de dommages, principalement en Allemagne, alors que l’Asie a enregistré des pertes de 50 milliards, dont près de 20 milliards sont attribuables aux inondations en Chine.

Sur les 280 milliards de pertes financières liées à des désastres naturels, le montant couvert par les sociétés d’assurance s’élève à 120 milliards, soit le deuxième bilan parmi les plus coûteux de l’histoire, derrière les 146 milliards de 2017. Dans son bilan annuel, Munich Re ne segmente pas les pertes financières spécifiques au Canada parce que l’assureur les intègre dans ses statistiques nord-américaines.

Chez nous : primes et provisions en hausse

La firme torontoise Catastrophe Indices and Quotification (CatIQ), qui collige les données financières liées aux catastrophes naturelles pour les sociétés d’assurances canadiennes, nous a toutefois appris mardi que les pertes totalement assurées pour l’année 2021 se sont élevées à 2 milliards de dollars canadiens.

Ce sont évidemment les évènements dramatiques de l’été et de l’automne en Colombie-Britannique, incendies de forêt, pluies torrentielles et inondations, ainsi que la sécheresse de l’été dans les Prairies, qui ont causé le plus de dommages.

L’année 2021 se classe ainsi dans le top 5 des années les plus coûteuses pour les assureurs qui ont eu à faire face à 14 évènements qui ont entraîné des pertes supérieures à 25 millions, ce qui en fait la deuxième parmi les pires années de l’histoire pour le nombre de catastrophes naturelles.

« Les catastrophes liées au climat au Canada ne vont qu’en augmentant en matière de fréquence et de sévérité », observe Lisa Guglietti, cheffe des opérations du groupe Co-Operators, en marge du rapport de CatIQ.

De fait, comme me l’a expliqué il y a quelques années Charles Brindamour, PDG d’Intact Corporation financière, le nombre de catastrophes naturelles a triplé au cours des 30 dernières années au Canada et le mouvement continue de prendre de l’ampleur.

Intact a estimé mardi à environ 186 millions avant impôt le coût des sinistres liés aux catastrophes naturelles à son quatrième trimestre. Les coûts totaux pour l’année seront confirmés lors du dévoilement des résultats financiers, le 9 février prochain.

Chose certaine, l’augmentation du nombre d’évènements vient exercer davantage de pression sur le prix des primes d’assurance, tout comme la multiplication des catastrophes liées aux changements climatiques menace de plus en plus la stabilité même du système financier canadien.

Au point que le surintendant des institutions financières a même incité cette semaine les banques canadiennes à se constituer des réserves de capital au cours de la présente décennie pour faire face aux perturbations potentielles que les changements climatiques risquent d’induire durant la période de transition vers une économie plus verte.

Les banques se constituent des provisions financières pour faire face aux difficultés de leurs clients qui n’arrivent pas à rembourser leurs emprunts, elles doivent maintenant faire la même chose pour répondre aux risques systémiques que font peser les changements climatiques.

Petit rappel, les sept dernières années ont été les plus chaudes de l’histoire, alors que l’Europe vient aussi d’enregistrer en 2021 l’été le plus chaud de sa longue histoire, avec des pointes de plus de 46 °C en Grèce. À l’échelle mondiale, l’hiver 2020-2021 a été par ailleurs le plus froid des sept dernières années.

La répétition de plus en plus fréquente de ces phénomènes météorologiques extrêmes n’est pas le signe d’une bonne santé de notre écosystème planétaire. Il y a un prix à payer pour nos années de négligence et on ne fait que commencer à rembourser.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.