Souvenirs de la « Saint-Han », avec Pierre Gervais

Pour Pierre Gervais, le 24 juin 2021 a commencé comme à peu près toutes les autres journées.

Il faisait beau en ce jour de fête nationale, et Gervais, le légendaire gérant de l’équipement du Canadien, avait choisi de se rendre au Centre Bell à bord de sa Jeep « pas de toit », pour profiter des chauds rayons en cours de route. Une décision qu’il va regretter un peu plus tard, en fin de soirée, mais on y reviendra.

En posant les semelles sur l’épais tapis rouge du vestiaire, Gervais comprend vite que ce 24 juin-là va être différent.

« En arrivant et en voyant les joueurs, on pouvait voir qu’il y avait quelque chose dans l’air, commence-t-il par raconter au bout du fil. Il y avait un genre de fébrilité… »

Et comment ! Ce soir-là, le Canadien allait accueillir les Golden Knights de Vegas dans le cadre du match numéro six de la finale d’association. Une autre victoire et le Canadien allait, enfin, pouvoir retourner en grande finale, une première depuis 1993.

Après des confinements, des couvre-feux et des matchs devant personne, il y avait enfin un peu de soleil sur le Québec en ce soir de la Saint-Jean.

Au Centre Bell, seulement 3500 partisans allaient être admis, mais ils allaient faire du bruit comme 20 000.

« Je me souviens des joueurs qui allaient voir derrière le rideau, dans le couloir, avant le début de l’échauffement d’avant-match, ajoute Pierre Gervais. Les matchs devant personne, ils n’aimaient pas ça, et là, ils avaient hâte de voir le nombre de partisans dans les gradins. »

« C’est ça qui me revient en tête quand je repense à cette Saint-Jean d’il y a un an… C’était une belle aventure et on sentait que le Québec en entier était derrière nous. On sentait le Québec vibrer… Et ça, ça a transporté les joueurs. »

— Pierre Gervais, gérant de l’équipement du Canadien

Parce qu’à ce moment du calendrier, certains membres du Canadien avaient besoin d’être transportés, littéralement.

« Les gens ne peuvent pas imaginer ce que Shea Weber a eu à endurer. Il était blessé partout et il avait mal partout. Avant chaque match des séries, ça lui prenait un temps fou à se préparer juste parce qu’il devait s’assurer de bien se protéger. Il était tout le temps dans la clinique médicale… »

C’est d’ailleurs le défenseur vétéran qui va provoquer la première explosion de joie dans le Centre Bell ce soir-là en marquant le premier but du match, en première période. Les Golden Knights vont faire 1-1, puis Cole Caufield réussira le deuxième de son club en milieu de deuxième période… avant que les visiteurs n’égalisent rapidement en troisième.

Une prolongation allait être nécessaire, mais le Canadien était prêt… surtout Pierre Gervais !

« Il fallait se préparer en cas de victoire, et avant le début du match, on avait déjà présenté aux joueurs le scénario des jours suivants advenant une victoire… La ligue nous avait avisés de tous les détails. On avait déjà reçu les écussons pour les chandails de la finale, et il fallait préparer chaque chandail selon les spécifications des joueurs… On avait aussi reçu nos t-shirts de championnat pour célébrer !

« C’est pas juste nous ; toutes les équipes des finales d’association doivent faire ça aussi, on n’a rien inventé. Mais c’était quand même spécial de se préparer comme si on allait en finale… et puis d’y aller pour vrai ! »

Au fait, le but de la victoire, Pierre Gervais s’en souvient très bien.

« J’étais au bout du banc et je l’ai bien vu… La passe [de Phillip Danault], le tir de Lehkonen ensuite… Dans le vestiaire, on avait l’habitude de laisser six ou sept pizzas aux gars avant le véritable repas, et je pense que Phil a ramassé une pointe au passage avant d’aller parler aux médias. »

Ce qui a donné cette scène mémorable où Danault, pizza triomphante au bout des doigts, a lancé son célèbre « Bonne Saint-Han ! » à la caméra.

Ensuite, les joueurs ont bien pris leur temps.

« Normalement, il n’y a pas d’alcool dans le vestiaire, mais là, les gars étaient tous assis par terre avec leur bière, et le trophée [Clarence-Campbell] pas loin, conclut Pierre Gervais. Je me souviens aussi que certains gars étaient complètement épuisés, dont Carey [Price]. Il a pris une photo avec moi, et on peut très bien voir là-dessus à quel point il est vidé. »

Pierre Gervais a dû partir ensuite, comme tout le monde, vers minuit trente, « avec ma Jeep pas de toit, ce qui n’est pas idéal pour aller dehors quand ça brasse de même ! ».

Mais il s’est bien rendu, et il n’est pas près d’oublier ce soir-là, où la Saint-Jean est devenue la « Saint-Han », quand une province complète a vibré au rythme de son club de hockey.

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