Réduction des GES

Un plan vert pour atteindre 50 % de l’objectif

Québec investira 6,7 milliards en cinq ans, dont plus de la moitié dans l’électrification des transports, pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Mais cela ne permettra d’atteindre que 50 % de l’objectif, de l’aveu même du gouvernement Legault.

Le Québec mise sur l’électrification des transports pour atteindre son objectif de réduire de 37,5 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, par rapport à leur niveau de 1990.

Le Plan pour une économie verte 2030 (PEV) consacrera 3,6 milliards au secteur des transports, responsable de 43 % des émissions de GES du Québec, sur une enveloppe totale de 6,7 milliards.

« On est en train de lancer un grand chantier qui va faire partie de l’histoire du Québec », s’est félicité le premier ministre François Legault lors du dévoilement de ce plan vert, lundi à Montréal, en compagnie du ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette.

Pas de nouvelles taxes, pas de mesures contraignantes, mais plutôt des incitatifs, promet Québec, qui reconduit la subvention à l’achat ou à la location d’un véhicule électrique et qui promet d’accélérer le déploiement de bornes de recharge sur le réseau routier québécois.

Le gouvernement veut aussi électrifier les autobus scolaires et urbains, le transport par camion, par train ou par bateau, et accroître le transport actif, collectif et partagé.

Québec consacrera par ailleurs un demi-milliard à réduire de moitié les émissions de GES liées au chauffage des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels ; il investira aussi 768 millions de dollars pour aider le secteur industriel à réduire son empreinte carbone.

Près de 300 millions seront également consacrés à des mesures d’adaptation aux changements climatiques, comme la réduction des risques d’inondation et d’érosion côtière, de même que la lutte contre les îlots de chaleur.

Loin de l’objectif

Québec refuse toutefois de faire de la réduction de 37,5 % de ses émissions de GES une cible contraignante.

« La plus grande contrainte, c’est la pression sociale », a répondu François Legault à une question de La Presse, évoquant les manifestations pour le climat des dernières années, notamment celles organisées par les étudiants.

« Je me sens un devoir envers les plus jeunes d’atteindre l’objectif », a-t-il déclaré.

Reprochant au gouvernement libéral précédent d’avoir laissé un bilan « pas très reluisant », le premier ministre François Legault a reconnu que le Québec avait raté son objectif de réduire de 20 % ses émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990.

Pis encore, les émissions ont augmenté de 2015 à 2017, année des plus récentes données disponibles.

« C’est clair qu’on ne va pas dans la bonne direction […]. Il y a vraiment un coup de barre à donner.  »

— Le premier ministre François Legault

Le premier ministre appelle à « se concentrer à atteindre la cible de 2030 ».

Pourtant, les mesures prévues par Québec ne permettront que d’atteindre la moitié de cet objectif : elles réduiront les émissions de gaz à effet de serre de 12,4 mégatonnes (Mt) d’équivalent en gaz carbonique (CO2) en 10 ans.

Les émissions de GES du Québec étaient de 86 Mt en 1990, ce qui signifie qu’elles devront être de 54 Mt en 2030 pour diminuer de 37,5 % ; mais puisqu’elles sont à 79 Mt selon les plus récentes données disponibles, il faudra les réduire de 25 Mt pour atteindre l’objectif.

Les mesures permettant de réduire davantage les émissions de GES seront déterminées ultérieurement, précise le gouvernement.

Comme la cigarette

Le Plan pour une économie verte 2030 rendu public lundi ressemble « grosso modo » à la version précédente que La Presse avait dévoilée en septembre, selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, qui l’avait jugée insuffisante, comme d’autres experts.

Le ministre Benoit Charette a expliqué en conférence de presse que le plan final avait été bonifié de 300 millions et que les stratégies d’action avaient été peaufinées.

« On continue à faire ce qui n’a pas marché ces 10 dernières années. Il faut des ruptures, il faut changer les manières de faire. »

— Pierre-Olivier Pineau, de HEC Montréal, qui juge toujours le plan insuffisant

Les solutions sont pourtant accessibles, mais c’est la volonté qui manque, affirme le chercheur, dressant une comparaison avec la cigarette : « C’est comme arrêter de fumer, ce qui est difficile, c’est psychologiquement, avoir la force mentale de [contrer] cette dépendance. »

Au lieu de subventionner l’achat ou la location d’un véhicule électrique, le gouvernement pourrait donner des incitatifs au covoiturage ou au déploiement de l’autopartage en dehors des grands centres.

« Communauto, c’est extrêmement puissant pour enlever le besoin d’avoir une voiture », lance-t-il.

Pierre-Olivier Pineau critique également le choix du gouvernement de ne recourir qu’à des incitatifs pour engendrer des changements et de laisser de côté toute une panoplie d’outils permettant de décourager les choix qui contribuent à alourdir le bilan carbone du Québec.

« C’est bien, les carottes, mais parfois, il faut aussi des bâtons, illustre-t-il. C’est ça qui a fonctionné pour la cigarette, mais c’est ça qu’on se refuse à utiliser. »

Appels à plus d’ambition

L’annonce du gouvernement a suscité une avalanche de réactions, la plupart appelant à davantage d’ambition. En voici quelques-unes.

« Sans incitatifs permettant d’induire les changements nécessaires, telles des mesures d’écofiscalité, la cible de réduction des gaz à effet de serre pour 2030 – déjà insuffisante en soi – sera difficilement atteignable. »

— Geneviève Paul, directrice générale du Centre québécois du droit de l’environnement

« L’investissement dans les énergies propres doit être nécessairement jumelé avec une obligation claire et contraignante de réduire l’investissement du Québec dans les énergies fossiles, et à cet égard, le plan reste silencieux. »

— Sabaa Khan, directrice de la Fondation David Suzuki au Québec

« C’est un nouvel outil, plus ambitieux que le précédent [...]. Il ne répond toutefois pas à lui seul à l’ampleur des défis que pose l’urgence climatique. »

— Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales d’Équiterre

« Proposer un plan incomplet et remettre l’adoption de politiques et de mesures plus ambitieuses à plus tard est une recette pour un autre échec alors que le Québec vient de rater son objectif de réduction des GES pour 2020. »

— Patrick Bonin, responsable, campagne Climat-Énergie, chez Greenpeace Canada

« Le gouvernement n’a remis qu’un devoir à moitié fait. »

— Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec

« La relance verte est loin d’être un dossier exclusif au milieu des affaires. Il faut que les travailleuses et les travailleurs, ainsi que leur communauté, participent aux décisions. »

— Denis Bolduc, secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec

« C’est un plan que nous aurions bien reçu… il y a 20 ans. »

— Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux

« Le PEV 2030 devrait permettre aux entreprises de saisir de nouvelles opportunités économiques liées au développement durable et par la même occasion de faire reconnaître leurs efforts pour atteindre nos objectifs. »

— Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec

« Encore une fois, François Legault manque de vision en ne s’attaquant pas à l’urgence climatique avec un plan à long terme. »

— Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

« François Legault fait miroiter un pas en avant, mais globalement, le Québec recule en matière de lutte aux changements climatiques. »

— Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

« La CAQ ne se soucie pas réellement de l’environnement et, pire, elle refuse de voir tout le potentiel du Québec et de ses entrepreneurs pour lutter efficacement contre les changements climatiques. »

— Sylvain Gaudreault, porte-parole du Parti québécois en environnement

« Ce plan est le point de départ d’une mobilisation qui nécessitera la participation de tous les acteurs des différentes filières d’énergie renouvelable. […] L’industrie est maintenant prête à se mobiliser. »

— Gabriel Durany, président-directeur général de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable

« Ce plan aurait été une excellente occasion pour le premier ministre Legault de réaffirmer son nationalisme économique. Il n’y a aucune raison pour que ce virage vert ne soit pas une occasion de stimuler les emplois et la relance économique des régions. »

— Louis Bégin, président de la Fédération de l’industrie manufacturière

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