Appel à tous

Des questions pour Phil Roy

L’humoriste anime, du lundi au jeudi à Rouge FM, l’émission Un peu, beaucoup, passionnément l’été, dérivée de la balado où il décortique, avec ses collaborateurs, un sujet qui suscite les passions (ou pas). On le verra également mener une version scénique du jeu télévisé La guerre des fans aux festivals ComediHa! salue Montréal en juillet et ComediHa! Fest-Québec en août. Avez-vous des questions pour lui ? Nous lui poserons certaines d’entre elles dans le cadre de notre rubrique « Ce que vous avez toujours voulu savoir sur… ».

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Aide musicale à mourir

Avouez que le titre est accrocheur. Mais il n’est pas de moi. Je le dois à Marc Lalonde, un compositeur et producteur qui organise, tenez-vous bien, des « funérailles » de pianos en fin de vie.

Ce lecteur, comme beaucoup d’autres, a réagi à ma chronique de la semaine dernière dans laquelle je décrivais la difficulté qu’ont certains propriétaires de vieux pianos à se débarrasser de ces instruments.

Face au triste sort de ces instruments qui finissent bien souvent dans la benne d’un écocentre ou dans un dépotoir, Marc Lalonde a eu l’idée de créer un rituel qu’il appelle l’« Aide musicale à mourir ». L’opération requiert la présence de trois menuisiers et de sept musiciens qui excellent en improvisation.

L’idée est de démanteler lentement le piano sous le regard de spectateurs et des proches du piano. Ce « rite funéraire » comporte trois parties : la préparation du corps, les hommages et la mise en terre. Chaque partie est entrecoupée d’une courte pièce interprétée par un pianiste. On accompagne ainsi le piano vers la mort.

En fait, vous l’aurez deviné, la chose est une véritable performance musicale. Marc Lalonde a réalisé cette expérience à Montréal, Copenhague et Mont-Louis, en Gaspésie, là où il doit d’ailleurs pratiquer ce rituel l’automne prochain avec un autre piano.

« À un moment donné, je plante littéralement un clou dans le piano pour signifier que c’est le début de la fin. Les gens reçoivent ça comme un choc. Ils réalisent tout à coup que cet instrument va mourir. »

— Marc Lalonde, compositeur et producteur

La performance prend fin avec une pièce interprétée sur un piano fonctionnel qui symbolise une sorte de transfert des connaissances vers une nouvelle vie. Des morceaux du piano sont ensuite récupérés par des participants. Ils deviennent des objets décoratifs ou servent à la fabrication de petits meubles ou de bijoux.

Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à aller jusqu’à un tel rituel pour souligner la séparation de son piano. Mais dans vos témoignages, vous êtes tous allés dans le monde des émotions pour décrire votre attachement à cet instrument qui, bien souvent, a traversé quelques générations.

C’est pourquoi le désir de trouver une nouvelle vie à ces pianos est très fort. Bernard Pelchat me parle fièrement du piano de sa conjointe, Irène Roy, qui lui avait été offert par sa grand-mère, Delvina. L’instrument a été offert au Grand Théâtre de Québec. Après avoir été pianoté par trois générations de petits doigts, il est depuis 2018 un piano public.

Le même heureux dénouement s’est produit avec le piano de la mère de Pierre Morin. Ce dernier a eu du mal à trouver preneur. Finalement, grâce à l’initiative de Valérie Beaudry, l’instrument fait maintenant le bonheur des musiciens et des amateurs de musique qui se rendent au coin de la 3Avenue et du chemin de la Canardière, à Limoilou.

Tout comme Line Maisonneuve, dont je parlais la semaine dernière, Ginette a dû payer de sa poche pour se débarrasser de son piano. « J’ai dû me départir de mon piano sur lequel j’ai appris à jouer il y a 45 ans. Je l’ai finalement offert à un HLM pour aînés en payant le déménagement. Il remplace un orgue qui ne fonctionnait plus. Je peux donc aller lui rendre visite. »

Francine, 81 ans, possède encore le piano acheté chez Archambault par ses parents alors qu’elle avait 7 ans. « C’était pour mes parents une dépense somptueuse, m’écrit-elle. C’est moi la chanceuse qui ai profité de l’instrument et des cours de piano. » Le piano, conçu vers 1910, accuse son âge. La table d’harmonie est fendue et les coûts de réparation seraient faramineux, selon Francine. Le cœur brisé, elle doit se résoudre à « l’envoyer à la casse ».

Beaucoup de gens aiment avoir un vieux piano dans leur maison uniquement pour le charme qu’il procure. Marie-Julie a souhaité reprendre le piano de son arrière-grand-tante. « Ce fut toute une aventure ! Quatre personnes pour le déménager et presque un an de planification », raconte-t-elle.

La nouvelle propriétaire ne pouvait concevoir que le piano, « témoin de notre histoire », puisse être abandonné. « Maintenant, il sert surtout de perchoir à mon chat et de machine à bruits pour ma fille. » Mais cela rend Marie-Julie heureuse.

Lynn a un vieux piano dans son salon qui ne sert pas à grand-chose. « Je l’ai rescapé de quelqu’un qui allait le mettre en pièces pour en tirer du bois de chauffage ! Mes filles ont eu des leçons de clavier, puis l’une d’elles a poursuivi avec des leçons de piano. Pendant ce temps, la plus vieille, avec sa première paie d’ado, s’est acheté une guitare électrique et un petit ampli. Après le piano, la plus jeune s’est mise à la batterie. Le vieux piano silencieux accueille aujourd’hui des plantes et des photos. »

Prendre possession d’un piano peut parfois mener à des surprises. Patrick Lacroix a fait l’acquisition d’un vieux piano Willis. Ses trois enfants y ont fait leur apprentissage. À l’intérieur du piano, la famille a un jour fait la découverte d’une note qui témoigne du long voyage qu’a connu l’instrument. Celui qui en a fait l’acquisition en 1912 a tenu à laisser sa marque.

Simon Bélair m’a décrit une scène très touchante liée au piano de sa tante Danielle qui, il y a quelques années, a célébré son anniversaire dans son appartement de la rue Hôtel-de-Ville. Ses sœurs étaient présentes, dont la maman de Simon. Rendu au coin de la rue, il a entendu le son du piano de sa tante. Il a surtout reconnu à l’oreille celle qui en jouait.

« C’était ma mère, une surdouée, qui accompagnait sa famille qui chantait en chœur Frédéric ou une toune française, je ne me souviens plus très bien. Je me suis assis dans l’escalier pour l’écouter égoïstement, pour savourer ce moment unique. Maman commençait à éprouver de sérieux problèmes cognitifs, mais elle pouvait encore jouer. Elle ne joue plus maintenant… Les locataires du deuxième sont sortis pour écouter cette musique quand ils ont vu un gars de 55 ans assis dans les marches qui, avec beaucoup de fierté dans le regard, leur a dit : “C’est ma mère qui joue !” »

Simon m’a écrit ça en pleurant.

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