Grogne des juifs ultra-orthodoxes de New York

« Nous, les juifs, sommes des cibles faciles »

NEW YORK — Baptisé « le Donald Trump de Borough Park » par le magazine New York, Heshy Tischler confirme sa réputation de fort en gueule en traitant le gouverneur de l’État de New York d’« idiot » et le maire de la ville du même nom d’« attardé » en entrevue avec La Presse.

Ce militant de la communauté hassidique et animateur de radio n’emploie pas un langage plus diplomatique pour dénoncer les nouvelles mesures d’Andrew Cuomo et de Bill de Blasio pour lutter contre une propagation inquiétante du coronavirus dans plusieurs quartiers de Brooklyn et de Queens à forte population de juifs ultraorthodoxes.

Ces mesures comprennent la fermeture des entreprises non essentielles et des écoles, y compris les yeshivas, et limitent à dix personnes les rassemblements dans les lieux de culte pour au moins deux semaines.

« Je pense que c’est de la stupidité, de l’incompétence et, oui, de l’antisémitisme », dit Heshy Tischler au cours d’un entretien téléphonique. Renonçant souvent à l’habit noir de ses voisins hassidiques, Heshy Tischler a retenu l’attention la semaine dernière en participant à des manifestations à Borough Park au cours desquelles des masques ont été brûlés et des drapeaux de Donald Trump brandis.

« Vous êtes mes soldats ! Nous sommes en guerre ! », a-t-il lancé mardi soir dernier à de nombreux jeunes manifestants ultraorthodoxes descendus dans les rues du quartier de Brooklyn. Le lendemain soir, il s’est retrouvé au centre d’une altercation avec un journaliste orthodoxe qui lui a valu d’être arrêté et accusé d’incitation à l’émeute. Accusation qu’il nie vigoureusement.

« Nous, les juifs, sommes des cibles faciles. Nous ne répliquons jamais. Eh bien, nous en avons assez. Nos enfants sont enfermés. Nous avons 91 suicides. Et ils sont surpris de nous voir protester ?  »

— Heshy Tischler, militant de la communauté juive hassidique de New York

Des règles nécessaires

S’il parle plus fort que les autres, Heshy Tischler n’est pas la seule personnalité issue des communautés juives ultraorthodoxes de New York à avoir critiqué les nouvelles mesures imposées par le gouverneur Cuomo et soutenues par le maire de Blasio. Certains chefs religieux ont notamment déploré que ces mesures aient été mises en vigueur au milieu de la célébration de Souccot, fête juive qui s’étend sur sept jours.

Mais les spécialistes de la santé publique ne doutent pas que les nouvelles règles sont nécessaires. « Il y a un groupe de quartiers à Brooklyn et dans Queens où nous constatons des pics importants de transmission communautaire », dit Denis Nash, professeur d’épidémiologie à l’Université de la ville de New York.

« C’est quelque chose qui aurait pu être détecté et stoppé plus tôt. Maintenant, ça commence à être très préoccupant au chapitre du nombre de transmissions qui pourraient avoir lieu, ajoute-t-il. Je pense que les mesures pour restreindre les rassemblements sont particulièrement importantes. »

Après avoir été l’épicentre de l’épidémie de coronavirus aux États-Unis, l’État de New York a connu cet été plusieurs semaines au cours desquelles son taux de positivité quotidien n’a pas dépassé 1 %.

Les choses ont cependant commencé à se gâter à la fin de l’été dans certains quartiers de Brooklyn et de Queens, qui ont enregistré des taux d’infections de 3 % à 8 %.

Ces quartiers, où vivent environ 500 000 personnes, comptent tous de fortes populations de juifs ultraorthodoxes au sein desquelles les règles sur le port du masque ou la distanciation physique ont été abandonnées par beaucoup au cours de l’été.

David Bloomfield, professeur d’éducation au Collège de Brooklyn et au Centre des hautes études de l’Université de la ville de New York, croit pouvoir expliquer ce phénomène. « La communauté hassidique a été durement frappée par la COVID-19 au plus fort de l’épidémie, dit-il. Des centaines de personnes en sont mortes. Or, quand le nombre d’infections et de décès a chuté, cela a créé la fausse impression que la communauté avait développé une immunité collective. »

Une « profonde déception »

« Les lacunes de l’enseignement des matières profanes dans les écoles hassidiques de New York ont également contribué à cette négation de l’urgence sanitaire au sein de la communauté, ajoute-t-il. Il y a un manque de compréhension qui permet à l’intérêt pour la santé publique d’être ignoré. »

Le rabbin Avi Shafran, directeur des affaires publiques pour Agudath Israel of America, organisme qui chapeaute les organisations juives ultraorthodoxes, rejette une telle analyse. Dans une entrevue à l’Associated Press, il a affirmé qu’une majorité des membres de la communauté étaient « déterminés à faire ce qui est nécessaire » pour combattre le coronavirus.

Son organisation a néanmoins exprimé sa « profonde déception » après qu’un juge fédéral eut refusé sa requête de suspendre l’application des nouvelles mesures du gouverneur Cuomo. Ces mesures, faut-il le rappeler, ont été annoncées quelques jours après que la Ville de New York eut autorisé les restaurants à servir de nouveau leurs clients en salle et les écoles publiques à reprendre l’enseignement en personne pour les élèves de tous les niveaux.

« Même si la situation actuelle est préoccupante dans certains quartiers, je ne pense pas que New York revivra ce que nous avons connu le printemps dernier. »

— Denis Nash, professeur d’épidémiologie à l’Université de la ville de New York

« Nous avons un long automne et un long hiver devant nous, mais nous sommes en meilleure position que nous l’étions pour y faire face », ajoute-t-il.

En attendant, Heshy Tischler, le militant de Borough Park, continuera à se battre contre les mesures du gouverneur Cuomo, malgré une certaine lassitude. « Oh, je suis fatigué, dit-il. Mon père était un survivant de l’Holocauste. Ma mère était une survivante de l’Holocauste. Je suis prêt à prendre ma retraite. Mais vous savez quoi ? Quand je vois de l’injustice, je riposte. »

traitement aux anticorps contre l’Ebola approuvé

Les États-Unis ont approuvé mercredi un traitement aux anticorps de synthèse contre Ebola, développé par la société de biotechnologie Regeneron et qui a montré avoir réduit de façon significative le taux de mortalité des malades.

Il utilise la même technologie que celle employée pour développer un traitement expérimental contre la COVID-19, que le président américain Donald Trump a reçu après avoir été infecté.

Le traitement contre Ebola a été approuvé par l’Agence américaine des médicaments (FDA), dont le chef Stephen Hahn a déclaré qu’il s’agissait d’une preuve de son engagement « à répondre aux menaces sanitaires – à la fois dans le pays et à l’étranger ».

Appelé Inmazeb, le traitement est administré par intraveineuse et contient un cocktail d’anticorps monoclonaux. Ces anticorps fabriqués en laboratoire, une fois injectés dans le corps d’un patient, fondent sur le virus pour le neutraliser, comme est censé le faire le système immunitaire.

Les essais cliniques ont été réalisés sur 382 personnes, dont la moitié ont été traitées avec Inmazeb et l’autre moitié ont reçu un autre médicament.

Parmi celles ayant été traitées avec Inmazeb, 33,8 % sont mortes après 28 jours, contre 51 % des 153 patients de l’autre groupe.

— Agence France-Presse

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