Soccer

« Ça ne s’est pas terminé comme j’aurais voulu »

L’arbitre Carol Anne Chénard accroche son sifflet

Quand elle fait le bilan de sa carrière d’arbitre de soccer, Carol Anne Chénard a un gros regret.

« Ça ne s’est pas terminé comme j’aurais voulu », dit la femme d’Ottawa.

Mme Chénard a décidé d’annoncer sa retraite, jeudi matin. Ça faisait un bout de temps qu’elle y réfléchissait.

« J’ai connu une belle carrière. J’ai pu accomplir des tas de belles choses. Je voulais aller en France, en 2019, et frapper un dernier coup de circuit », raconte-t-elle.

Un diagnostic de cancer du sein a déjoué ses plans. Elle a été obligée d’annuler son voyage en France et sa participation à la Coupe du monde féminine de la FIFA 2019.

Côté santé, ça va mieux. « Le cancer, c’est toujours un peu compliqué. Il y a des hauts et des bas. Je continue de subir des traitements. Je me sens quand même très bien et je suis capable de m’entraîner. »

Rêver de Tokyo

Quand elle a renoncé à la Coupe du monde féminine, Mme Chénard a tourné son attention vers les Jeux olympiques de Tokyo. Elle s’imaginait bien au Japon en train de travailler dans son dernier match en carrière.

La COVID-19 a gâché ce rêve.

« C’était le pire scénario que je pouvais envisager. Je n’ai pas été capable de compléter ma carrière sur le terrain. »

— Carol Anne Chénard

« Je me dis que je ne dois pas trop m’en faire, ajoute-t-elle. Ce sont des circonstances que je ne contrôle pas. Je ne suis pas la seule personne qui se retrouve dans cette situation. Je me dis que j’ai quand même eu la chance de connaître une belle et longue carrière. »

Grands évènements

Le nom de Mme Chénard a tout de même figuré sur la liste internationale de la FIFA pendant 15 ans.

On lui a fait un grand honneur, en 2016, en lui demandant de travailler lors du match de la médaille d’or du tournoi féminin des Jeux olympiques de Rio.

Elle a eu la chance de travailler dans quelques-uns des plus grands évènements de l’histoire récente du soccer au Canada. On pense notamment à la Coupe du monde de la FIFA U20 de 2014 et à la Coupe du monde féminine de la FIFA de 2015.

Elle a fracassé le plafond de verre pour la dernière fois en 2019, quand elle a fait partie d’une équipe d’officiels entièrement féminine, durant un match de la Première Ligue canadienne de soccer.

« Je me trouve très chanceuse. Dès le début de ma carrière, j’ai pu sentir que les dirigeants de Soccer Canada me soutenaient. En 2005, on me donnait déjà la chance de travailler dans la USL, qui était le championnat le plus relevé au pays. »

« Je ne sentais pas qu’on m’encourageait parce que j’étais une femme qui s’aventurait dans le monde de l’arbitrage. Soccer Canada me soutenait parce que j’étais une arbitre sérieuse. »

— Carol Anne Chénard

« Mes collègues des autres pays n’avaient pas toutes cette chance, à l’époque.

« Récemment, j’ai remarqué que les femmes gagnent du terrain. On reconnaît enfin qu’elles sont capables de faire le travail. Elles doivent passer les mêmes tests de conditionnement physique. Durant les matchs, elles doivent remplir le même mandat. J’ai toujours pensé que les joueurs se fichent bien du sexe de l’arbitre qui se trouve avec eux sur le terrain. Ils veulent un arbitre compétent, c’est tout.

« Les choses progressent un peu plus lentement que j’aurais voulu, mais on y arrive. »

La suite

Carol Anne Chénard est née à l’Île-du-Prince-Édouard, mais elle a passé une grande partie de sa vie dans la région d’Ottawa.

Elle continuera de vivre dans la région de la capitale. Elle occupe un poste important au sein de la fonction publique fédérale.

Elle souhaite continuer de s’impliquer dans le monde du soccer. Elle a d’ailleurs choisi sa voie. Elle entend offrir de la formation aux futurs officiels.

« Moi, je crois que la rétention des officiels passe par le mentorat. Les arbitres ont besoin de pouvoir compter sur de bons collègues. Personne ne peut comprendre un arbitre… sauf peut-être un autre arbitre qui a déjà vécu la même situation. »

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