De nouveau sur les rails

L’année 2020 a été pleine de rebondissements du côté de VIA Rail, mais les dirigeants de l’entreprise montréalaise sont enthousiastes quant à l’avenir.

« Dans le bon vieux temps, il n’y a pas si longtemps — en 2019, en fait —, quelque 4000 personnes passaient quotidiennement par la gare Centrale de Montréal », explique Cynthia Garneau, présidente et chef de direction de VIA Rail. En effet, les affaires de la société d’État étaient en plein essor à l’échelle nationale : le nombre de passagers connaissait une hausse de 30 % sur cinq ans, et le chiffre d’affaires avait pour la première fois dépassé les 400 millions de dollars.

Ancienne gestionnaire dans l’industrie de l’aéronautique qui avait travaillé chez Bombardier et Bell Textron, Cynthia Garneau occupe son poste actuel depuis mai 2019, et elle a rapidement compris toutes les subtilités du transport ferroviaire de passagers. Elle est même allée jusqu’à se rendre dans certaines régions du pays en train (« presque incognito ! » lance-t-elle), à la rencontre d’employés et d’autres voyageurs.

Or, lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé en mars dernier, le transport de passagers s’est arrêté presque net. Soudain, la gare Centrale, comme l’ensemble du centre-ville de Montréal, est devenue silencieuse. L’entreprise s’était déjà exercée à la gestion de crise en février dernier, quand elle avait été obligée d’interrompre le service parce que des manifestants des Premières Nations bloquaient des voies en signe de protestation contre le projet de gazoduc qui traverserait le territoire des Wet’suwet’en.

« Au début de l’année, lorsque tout le monde était en pause, le nombre de passagers a chuté de 95 % », explique la dirigeante. « Nous avons dû procéder à une réduction draconienne de notre niveau de service dans tout le pays, et donc prendre des décisions très difficiles pour réduire nos effectifs. Mais depuis, nous augmentons progressivement le service, de façon sécuritaire. » L’annonce par VIA Rail d’une reprise partielle à partir de décembre du service de longue distance dans l’ouest du Canada sur le légendaire tronçon Canadien, entre Winnipeg et Vancouver, est la preuve de cette volonté de l’entreprise de se remettre sur les rails.

La renaissance du rail

Ces jours-ci, VIA Rail est bien placée pour tirer parti de la convergence de plusieurs tendances. « Les préoccupations relatives aux changements climatiques, la frustration causée par les embouteillages et la mobilité durable toujours plus populaire ravivent l’intérêt pour le transport ferroviaire de passagers », affirme Cynthia Garneau. Le programme de remplacement du parc ferroviaire de l’entreprise, dont le déploiement devrait commencer au milieu de l’année 2022, verra de toutes nouvelles rames — construites par Siemens — remplacer le parc vieillissant le long du corridor Québec-Windsor, qui représente plus de 90 % des activités de l’entreprise. Les nouveaux wagons seront dotés « de sièges très confortables, de dispositifs favorisant l’accessibilité et de nombreux espaces de rangement, par exemple pour les vélos », explique la présidente et chef de direction de VIA Rail. « Mais ils seront également écoénergétiques, ce qui nous permettra de réduire notre empreinte carbone », ajoute-t-elle.

Martin Landry, chef de la division Affaires commerciales de VIA Rail, souligne à quel point le transport sur rail est dans l’air du temps.

« C’est une période intéressante pour le transport ferroviaire en général. Pendant longtemps, il a été perçu comme une technologie du passé, comme un moyen de transport du passé. C’est un phénomène nord-américain, car dans le monde entier, le rail est toujours plus pertinent ! »

Il poursuit : « Mais je crois que nous sommes en train de faire ce virage en Amérique du Nord. Ici, à Montréal, nous avons notre Réseau express métropolitain (REM), et l’Ontario investit massivement : Ottawa a déployé son projet de train léger. Le rail est en train de devenir le moyen de transport de l’avenir ; notre rôle est de concrétiser ces possibilités. » Tout cela s’inscrit dans ce qu’il appelle un « écosystème du transport » en pleine mutation.

Le chef de l’exploitation de l’entreprise, Dominique Lemay (qui s’est joint à l’équipe en septembre), a acquis une expertise dans différents réseaux de transport collectif puisqu’il a travaillé à la Société de transport de Montréal (STM) et à exo, le réseau de transport public du Grand Montréal. Selon lui, l’autre initiative stratégique majeure de VIA Rail, le train à haute fréquence — actuellement en attente d’une approbation du gouvernement fédéral —, pourrait transformer le service ferroviaire au pays. À l’heure actuelle, VIA Rail ne possède que 3 % des voies de chemin de fer sur lesquelles ses trains circulent dans le corridor. Parce qu’elle partage la grande majorité des voies avec les trains de marchandises, elle n’a que peu de contrôle sur l’horaire de la plupart de ses lignes. Le train à haute fréquence accorderait des voies réservées à VIA Rail et lui permettrait de relier davantage de communautés aux centres urbains, et donc d’améliorer radicalement l’expérience de voyage des passagers.

Fait intéressant, Dominique Lemay estime que les chances d’obtenir le feu vert pour le train à haute fréquence se sont peut-être améliorées, compte tenu des difficultés économiques actuelles : « Tous les gouvernements parlent de plans de relance, et ce qui est fort dans les plans de relance, ce sont les projets d’infrastructures, car ils font appel à de la main-d’œuvre locale. »

Il ajoute : « Le service de train à haute fréquence nous rapprocherait vraiment de ce que l’on trouve dans certaines grandes capitales européennes en matière de disponibilité du service. »

Le cœur de la ville

Alors que VIA Rail entre dans cette nouvelle phase à l’échelle nationale, ses résultats dans la métropole sont également à la hausse. « Montréal est une ville extraordinaire, indique Cynthia Garneau. C’est la première fois que je travaille au centre-ville. Avant, je travaillais dans la périphérie, alors j’adore ça ! Ce qui est vraiment bien à la Gare Centrale, c’est que d’ici, on peut prendre le métro, le bus, le taxi ou un BIXI. Cette plaque tournante de transport est idéale pour les touristes. »

« Ma génération avait en quelque sorte oublié que le train existait, explique Martin Landry. Plus jeune, j’avais hâte de passer mon permis de conduire, car pour moi, c’était la liberté. Mes fils ne sont jamais passés par cette étape. » Aujourd’hui, il cherche plutôt à rendre les déplacements plus faciles et plus logiques.

Pour sa part, Dominique Lemay estime que Montréal, avec VIA Rail comme joueur clé, est à l’aube d’une ère de mobilité nouvelle : « VIA Rail, c’est une porte d’entrée sur Montréal, qui permet d’accéder à tous les autres modes de transport. La ville est de mieux en mieux connectée. »

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