États-Unis

Angoisse à gauche, préparatifs à droite

Les camps démocrate et républicain suivent de près l’état de santé de la juge progressiste Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour suprême

La juge et icône progressiste Ruth Bader Ginsburg semblant de plus en plus fragile, les grandes manœuvres ont commencé pour préparer sa succession à la Cour suprême des États-Unis, avec la présidentielle du 3 novembre dans tous les esprits.

Âgée de 87 ans, la doyenne du temple du Droit américain a un cancer du foie, traité par chimiothérapie, et semble peiner à se débarrasser d’une infection sur les voies biliaires.

Après quelques jours à l’hôpital à la mi-juillet pour une « possible infection », elle a de nouveau été hospitalisée mercredi pour « vérifier un stent », un petit tube placé sur les canaux biliaires en août 2019.

Comme chaque fois que « Notorious RBG » – son surnom inspiré du rappeur Notorious BIG – a des problèmes de santé, le communiqué de la Cour suprême se veut rassurant : la magistrate « se repose confortablement et devrait sortir de l’hôpital d’ici la fin de la semaine ».

Malgré ces assurances, l’angoisse était palpable à gauche. Les médias sociaux ont immédiatement été inondés par un flot de prières adressées à cette championne de la cause des femmes, des minorités ou de l’environnement, autant pour espérer son rétablissement que pour lui demander « de tenir bon » jusqu’à la présidentielle.

Si elle devait quitter la Cour suprême prochainement, le président Donald Trump s’empresserait de nommer la personne appelée à lui succéder et il est probable que le Sénat, à majorité républicaine, confirme son choix avant l’élection.

Cela cimenterait la majorité conservatrice de la haute juridiction, qui a le dernier mot sur les sujets qui divisent le plus la société américaine (avortement, droits des minorités, port d’arme, peine de mort…).

Aujourd’hui, les cinq juges conservateurs – sur neuf – ne font en effet pas bloc, et il est fréquent qu’un d’entre eux vote avec ses confrères progressistes. C’est ainsi que, récemment, une loi restrictive sur l’avortement a été invalidée et que les droits des salariés homosexuels et transgenres ont été étendus.

Ces décisions « ne veulent dire qu’une chose : nous avons besoin de NOUVEAUX JUGES », a commenté en juin Donald Trump, furieux, en promettant de publier d’ici au 1er septembre « la liste de nouveaux candidats conservateurs ».

Fuites à la Cour

Sa nouvelle sélection n’est pas encore connue, mais les milieux les plus à droite font pression pour qu’elle inclue des magistrats encore plus conservateurs que ceux qu’il avait retenus lors de la campagne de 2016.

Le sénateur républicain Josh Hawley a notamment déclaré qu’il « ne voterait que pour des candidats ayant explicitement » critiqué l’arrêt Roe c. Wade de 1973 lors duquel la Cour a reconnu le droit des Américaines à avorter.

Dans ce contexte, les milieux légaux se sont émus d’une série de « fuites » : des sources au sein de la vénérable institution, réputée pour son hermétisme, ont décrit à une journaliste de CNN la teneur des délibérations récentes entre les neuf juges.

Elles ont notamment révélé que le juge Brett Kavanaugh, nommé en 2018 par Donald Trump, n’avait pas apporté un soutien immédiat à ses collègues conservateurs dans deux dossiers explosifs et avait essayé, en vain, de les convaincre de botter en touche.

Autre indiscrétion : le chef de la Cour, le conservateur modéré John Roberts, a fait comprendre à ses pairs qu’il ne soutiendrait pas une extension du droit au port d’arme.

« Quel est le but de ces fuites ? », s’est interrogé sur Twitter le juriste Raffi Melkonian. « Je pense qu’elles visent à soutenir la position à la Hawley-vous-devez-nommer-des-gens-engagés-contre-l’avortement-et-autres-sujets », a-t-il estimé.

Pas en reste, le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden a lui aussi fait savoir qu’il rendrait publique une liste de ses favoris pour la Cour suprême. Son critère ? La diversité : « Nous sommes en train de constituer une liste de femmes afro-américaines qualifiées et expérimentées », a-t-il dit.

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