Une dizaine de vaccins d’ici l’été ?

Depuis deux semaines, Pfizer et Moderna ont publié des résultats très encourageants pour un vaccin contre la COVID-19. Pfizer a même demandé vendredi une autorisation d’urgence. Où en sont les autres vaccins actuellement en phase III ?

Les échéanciers

Outre Pfizer et Moderna, neuf autres essais cliniques de phase III pour des vaccins contre la COVID-19 ont lieu actuellement dans le monde. Le plus avancé est le Spoutnik V russe, pour lequel une efficacité de 92 % a été annoncée le 9 novembre, avec 20 cas survenus chez les 16 000 volontaires ayant reçu deux doses. À noter, la Russie a commencé à vacciner certains patients en août, sans attendre les résultats de la phase III de son essai clinique. On devrait connaître les résultats du vaccin de l’Université d’Oxford et d’Astrazeneca d’ici la fin de l’année, alors que ceux du géant Johnson & Johnson, de la société de biotechnologie américaine Novavax et le Covaxin de la société indienne Bharat Biotech devraient avoir des résultats d’ici la fin de l’hiver. Quatre essais cliniques chinois des compagnies CanSino, Sinovac et Sinopharm sont aussi en cours, mais peu d’informations sont disponibles. À noter, Johnson & Johnson teste une version à une dose de son vaccin.

Où ?

Des tests de phase III sont actuellement menés aux États-Unis, au Mexique, au Pérou, au Brésil, en Colombie, au Chili, en Argentine, en Russie, en Ukraine, au Royaume-Uni, au Pakistan, au Japon, en Inde, aux Philippines, en Indonésie, en Turquie, en Afrique du Sud, aux Émirats arabes unis et en Jordanie.

Et au Canada ?

La pharmaceutique Medicago vient d’avoir l’autorisation de lancer un essai clinique de phase II-III pour son vaccin contre la COVID-19. La phase III devrait être lancée au Canada et ailleurs dans le monde en janvier. Medicago produit son vaccin dans des plantes temporairement transgéniques. L’essai clinique aura 30 000 participants, avec pour objectif que la moitié d’entre eux aient plus de 65 ans. Si tout va bien, une autorisation pourrait survenir d’ici l’été. Medicago a une capacité de production annuelle de plus de 100 millions de doses, dont 10 à 20 millions à Québec.

Vaccination systémique

Un autre essai clinique de vaccination contre la COVID-19 a lieu au Canada, mais il s’agit d’un vaccin existant contre la tuberculose qui, espèrent les chercheurs, donnera une protection généralisée contre les infections. « Il y a 12 essais cliniques similaires dans le monde, tous avec le vaccin BCG contre la tuberculose », explique le responsable de l’essai clinique à l’hôpital Mont Sinaï de Toronto, Alexandre Zlotta. « Et il y en a deux avec le vaccin contre le VPH. Nous sommes les seuls avec un groupe allemand à utiliser un vaccin recombinant, avec un adjuvant qui augmente l’efficacité systémique du vaccin BCG. » L’essai du DZlotta compte 3600 participants et les résultats sont attendus à la fin de l’hiver.

Vulnérabilité au VIH ?

Les vaccins COVID-19 utilisant des adénovirus, comme celui d’AstraZeneca, pourraient augmenter le risque d’infection par le VIH. Tel est l’avertissement lancé à la mi-octobre dans le Lancet par quatre sommités américaines du sida.

« Les vaccins à base d’adénovirus peuvent stimuler la réponse immune avec activation, ce qui peut faciliter l’acquisition du VIH et augmenter la charge virale en absence de traitement VIH. »

— Jean-Pierre Routy, spécialiste du VIH à l’Université McGill

« Mais au Québec, 95 % des sujets sont traités, donc ce risque est très faible. Pour l’Afrique, cela peut être un danger théorique pour les patients non diagnostiqués ou qui ont une relation sexuelle non protégée le lendemain de la vaccination. On pourrait imaginer un test VIH avant la vaccination », poursuit-il.

Les vaccins à adénovirus se servent de ces virus pour répandre dans le corps de la personne vaccinée une protéine du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19. Cette protéine du SRAS-CoV-2 suscite une réaction immunitaire qui protège par la suite.

Pénurie de sable et de seringues

Au début de la pandémie, l’Union européenne et de nombreux spécialistes de santé publique ont sonné l’alarme : on pourrait manquer de seringues pour vacciner contre la COVID-19, et même du sable rare permettant de produire les fioles pharmaceutiques, capables de supporter de grandes variations de température. Au Canada, en juin et en juillet, le gouvernement fédéral a passé deux commandes totalisant 75 millions de seringues pour parer le coup. « Tout a l’air très prometteur, je n’ai pas entendu parler de pénurie », indique Andrew Casey, le président de l’association industrielle BIOTECanada.

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