« Ça fait du bien »

Après deux mois de pause forcée, l’entraînement a recommencé lentement mais sûrement au Centre national de Tennis Canada à Montréal

En se réveillant mercredi matin, Alexis Galarneau avait l’impression de s’apprêter à disputer la finale d’un grand tournoi.

En réalité, le joueur de tennis n’allait que taper des balles avec un jeune collègue. Mais quand on a été privé de ce simple plaisir depuis plus de deux mois, il y a de quoi s’emballer.

D’autant que la séance se déroulait sur le court central du stade IGA au parc Jarry, qui revenait un peu à la vie après des semaines de dormance. Sur les quatre terrains extérieurs, des citoyens se relayaient depuis 8 h.

Galarneau, 21 ans, n’avait pas joué depuis le 14 mars, date à laquelle il est rentré de l’Université North Carolina State, où il a obtenu un baccalauréat en finances et été élu dans l’équipe d’étoiles de la NCAA cette année.

Pendant le confinement, il s’est résigné à cogner des balles sur un mur d’une école primaire du quartier Champfleury, à Laval, comme dans son enfance. « Je n’arrivais pas à jouer plus de 30 minutes, je m’ennuyais un peu. Au moins, ça me permettait de garder les feelings. »

« Vraiment dur… »

À l’aube de ses véritables débuts professionnels, Galarneau s’estimait heureux d’avoir reçu une invitation de Guillaume Marx, responsable du programme masculin à Tennis Canada, pour cette première journée officielle du retour au tennis extérieur en simple.

Pendant une grosse heure et demie, il a frappé des balles avec Jaden Weekes, l’un des beaux espoirs au pays et champion canadien des 16 ans et moins l’été dernier.

« Au début, c’était vraiment dur, a constaté Galarneau après la séance. C’est la coordination des yeux et des mains [qu’il faut retrouver]. J’avais de la misère à bien cadrer mes coups. Au fil de l’entraînement, je commençais à mieux me sentir. »

Weekes, 15 ans, avait pris de l’avance lundi sur un terrain dépourvu de filet, près de chez lui. Le jeune homme de LaSalle a lui aussi eu besoin d’un temps d’adaptation.

« J’ai senti que ça faisait deux mois. C’était correct, j’étais un peu rouillé. J’ai commencé à trouver mon rythme après environ une heure. Je me suis mis à mieux frapper. »

— Jaden Weekes

Pendant les exercices, le gaucher a atteint trois fois un cône placé le long de la ligne extérieure, ce qui a fait sourire Galarneau, qualifiant son partenaire de « sniper ».

Comme le recommande Tennis Québec, les deux joueurs avaient chacun leur ensemble de trois balles, la moitié marquée pour éviter de les mélanger. Par réflexe, Weekes a ramassé celles de Galarneau à deux ou trois reprises, mais sinon la pratique a été bien respectée. Il faut dire qu’à leur niveau, récupérer une balle au sol avec la raquette ou le côté du talon n’est pas une traînerie.

Trois à quatre semaines d’entraînement

Le stade IGA était à peu près vide, à l’exception de trois ou quatre employés de Tennis Canada, venus renouer avec un sport qui faisait vibrer leur quotidien il n’y a pas si longtemps.

Assis en retrait, Marx a suivi la séance qu’il avait lui-même structurée. Ses mots d’ordre : y aller mollo et éviter les déplacements.

« C’est sûr qu’il faut prendre son temps, on n’est pas pressés, il n’y a encore aucune compétition au programme. Il faut vraiment y aller progressivement, essayer de ne pas se blesser d’entrée en en faisant trop. »

— Guillaume Marx, responsable du programme masculin à Tennis Canada

L’entraîneur se souciait surtout des « extrémités » des athlètes : mains, coudes, genoux. Les torsions du dos sont également violentes. « Ce ne sont pas des choses qu’on peut reproduire parfaitement en préparation physique. Ça prend donc un peu de temps. »

Faute de pouvoir utiliser des paniers de balles, interdits pour l’instant, Marx jugeait que l’intensité grimpait un peu trop rapidement pour une reprise. « C’est pas mal, mais on voit qu’il y a des écarts de précision, a-t-il observé. C’est souvent comme ça quand on reprend. »

Selon lui, les joueurs qui ont maintenu une bonne condition physique auront besoin de « trois à quatre semaines » avant de retrouver le niveau pour faire des matchs.

Motivation

Marx souhaite pouvoir organiser un petit tournoi amical vers la fin du mois prochain avec des universitaires comme Galarneau et deux ou trois juniors comme Weekes. « Jusqu’en septembre, il n’y a rien. Ça va faire six, sept mois sans matchs. […] Il faut rester au contact quand même. Rester motivé, avoir une perspective. »

Weekes ne demande pas mieux : « J’aime pas trop juste frapper des balles au centre comme ça. J’aime la compétition. Ça me pousse à me battre, à tout donner sur le terrain. »

Galarneau, qui a atteint le 386e rang mondial l’an dernier, prévoit fouler le court tous les deux jours pour commencer. Conscient qu’il sera un peu laissé à lui-même dans la foulée des coupes de personnel à Tennis Canada, il s’organisera avec ses concitoyens lavallois Nicaise Muamba et Taha Baadi pour garder la touche.

« Pendant deux mois, ça m’a manqué chaque jour, a-t-il souligné. Ça fait du bien de pouvoir finalement frapper. En plus, il fait beau et on joue sur le central. »

De quoi faire de beaux rêves.

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