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Comment « optimiser » 300 millions à la SAQ

Les dépenses devront croître moins rapidement que les revenus, nous a prévenus le ministre des Finances, Eric Girard, au lendemain de la présentation de son dernier budget. Qui plus est, les ministères et les sociétés d’État, notamment la Société des alcools du Québec (SAQ), devront procéder à un exercice d’« optimisation » afin de contribuer à juguler le déficit du Québec.

Notre proposition à cet égard est bien simple : que Québec ordonne l’arrêt du projet d’agrandissement du centre de distribution de la SAQ à Montréal, dont les travaux ont été interrompus en janvier à la suite de l’intervention de groupes autochtones préoccupés par la présence d’un ancien cimetière sur le site convoité.

D’abord autorisé à hauteur de 45,8 millions en 2021, le budget de ce projet a été déplafonné jusqu’à 137 millions par le gouvernement en mai dernier. Et ce, avant même qu’une seule pelletée de terre ne soit levée.

Rappelons que cette somme ne prévoit que les « murs » du prochain centre automatisé de distribution : si l’on inclut le système robotisé qui sera chargé de traiter les commandes, la somme de 300 millions nous apparaît plus appropriée.

Tout ça pour quoi ?

Pour centraliser, dans cet unique entrepôt montréalais, la préparation et l’expédition de tous les achats du Québec réalisés en ligne, peu importe d’où ils proviennent.

Ainsi, pour un citoyen du Saguenay–Lac-Saint-Jean ou pour une résidante de la Côte-Nord, la commande d’une seule bouteille de crème de menthe passée sur SAQ.com sera traitée à Montréal puis expédiée, par camion, jusqu’à destination – sans aucun égard au fait que la même bouteille se trouve déjà dans chaque succursale de quartier, à la grandeur du territoire québécois.

Le non-sens environnemental est frappant, au moment où le Québec lutte pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, particulièrement celles émises par le transport routier.

Un non-sens sur le plan financier également : depuis plusieurs années, les employé-es de la SAQ demandent de préparer en succursale les commandes passées en ligne. La demande est présentement en discussion à la table de négociation : le temps de collecte en magasin sera beaucoup plus rapide que le délai de trois à cinq jours entraîné par l’expédition des commandes depuis Montréal.

Le président et chef de la direction de la SAQ, Jacques Farcy, connaît pourtant très bien les avantages de la préparation et du ramassage des commandes à même les succursales : à la SQDC, où il a pourtant implanté ce système, le délai d’attente est de… 60 minutes.

Pour justifier son projet de centre automatisé, la direction de la SAQ nous parle de « vision d’avenir ». À 300 millions, l’avenir semble dispendieux.

D’autant plus que les résultats financiers des transactions en ligne sont loin de satisfaire les attentes : à peine 3 % des ventes totales de la SAQ. Les clientes et les clients en magasin nous le disent : les délais de livraison et le manque de service à la clientèle sont les raisons premières du désintérêt pour l’achat en ligne.

Et un superentrepôt automatisé à 300 millions viendrait magiquement régler ces problèmes ?

Nous en doutons sérieusement.

Alors que les économies réalisées en mettant fin à ce projet pharaonesque sont, elles, bien réelles.

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