À un cheveu du décrochage

La session d’hiver 2020 s’est achevée 100 % à distance pour les étudiants du Québec. Nous étions tous d’accord pour participer à l’effort collectif pour combattre la pandémie et attendions avec impatience les directives pour la rentrée.

J’habite à Laval et ma fille étudie au cégep en sciences humaines, profil individu. Son horaire est composé de cours de psychologie, d’histoire, de politique, etc. Aucun laboratoire, aucune partie pratique à la formation. Nous n’avons pas été très étonnés de constater que tous les cours de sa session d’automne 2020 seraient en ligne, à l’exception des examens, qui se feront au cégep.

Au printemps, en catastrophe, les professeurs ont tenté d’accompagner les élèves du mieux qu’ils le pouvaient tout en se familiarisant avec de nouvelles technologies. Ma fille, grâce à un bon sens de l’organisation, s’en est bien tirée. Je sais que ce n’est pas le cas pour d’autres jeunes que je côtoie qui ont eu beaucoup de difficultés à garder leur motivation. En plus, la cote R ne comptait pas.

Avec l’expérience acquise au printemps, je m’attendais à ce que les cours de la session d’automne soient offerts en direct à l’aide des différentes plateformes de vidéoconférence offertes sur le marché. Erreur !

Jusqu’à maintenant, seulement deux cours sur cinq (français et psychologie) sont enseignés en direct par le professeur au moment inscrit à l’horaire.

Les autres cours se composent majoritairement de capsules vidéo que l’élève peut regarder n’importe quand, sans possibilité de poser des questions en direct évidemment. Il y a dans cette approche tous les ingrédients pour qu’un jeune de 18 ans, même le plus sérieux, soit tenté de procrastiner.

Netflix ou mon cours ?

Tout à coup, tout devient plus intéressant que l’école. Regarder un énième épisode de sa série préférée sur Netflix parce qu’il peut se lever à l’heure qu’il veut le lendemain pour regarder les fameuses capsules. Accepter un autre quart de travail offert par son patron pour faire plus de cash et reprendre son cours en soirée. À moins qu’un ami lui offre de venir chez lui pour faire un feu avec la gang parce que personne n’a de « vrai » cours demain matin. La décision est facile à prendre pour un jeune de 18 ans qui vit sur le principe du plaisir de Freud.

Je ne comprends pas que les enseignants de cégep ne soient pas tenus de donner tous leurs cours en direct selon l’horaire établi.

Même si les enseignants offrent des périodes de disponibilité en ligne, je crois que les cours en direct restent essentiels pour aider les jeunes à demeurer motivés dans leurs études, à avoir un horaire de vie plus sain et à développer des habitudes de travail qui auront un réel impact sur leur avenir. Des habitudes telles que se lever à l’heure, respecter un horaire, planifier ses autres activités en fonction de cet horaire, être fiable, etc. J’espère que le ministère de l’Éducation s’occupera rapidement de ce dossier et encouragera « fortement » les collèges à apporter des correctifs à ce niveau.

Dommage que les élèves qui ont choisi un programme plus théorique, sans laboratoires ni travaux pratiques, soient désavantagés. Ce sont précisément ces programmes collégiaux (sciences humaines) qui forment les futurs étudiants universitaires en enseignement, en psychologie, en travail social… Trois domaines qui intéressent ma fille pour sa future carrière… si elle poursuit ses études. Je fais ce que je peux comme parent. Et vous, les cégeps ?

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