Fuite d’essence à Rimouski

Greenpeace accuse Suncor de « couper les coins ronds »

Le déversement d’essence d’un réservoir de la société Suncor jeudi soir à Rimouski démontre les risques associés à l’industrie pétrolière, selon Greenpeace. Le groupe de défense environnemental y voit le reflet d’une tendance chez les entreprises pétrolières à vouloir « couper les coins ronds » lorsqu’il est question de sécurité.

Vers 18 h, un citoyen de Rimouski a alerté les autorités après avoir senti une odeur d’essence à proximité de sa résidence. À leur arrivée, les responsables ont constaté une fuite de la valve d’entrée d’un réservoir du terminal Suncor. Il contenait plus de deux millions de litres d’essence régulière.

« C’est illogique qu’il n’y ait pas de système de détection. Normalement, l’entreprise aurait dû signaler l’évènement. Pas le citoyen. C’est inquiétant », dit en entrevue à La Presse Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada. Il croit que ce déversement illustre les problèmes reliés aux transports et à l’entreposage du carburant au pays. 

Le Québec a connu trois déversements « majeurs » au cours des deux dernières années, selon M. Bonin. Plus de 5,7 millions de litres de pétrole brut se sont déversés dans l’environnement en 2013 lors de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic. Quelques mois plus tard, près de 450 000 litres de mazout lourd appartenant à l’entreprise Cliffs Natural Resources ont fui dans la baie de Sept-Îles. Enfin, il y a quelques semaines, près de 100 000 litres de diesel se sont aussi échappés d’un oléoduc appartenant à Hydro-Québec.

« UNE FUITE MARGINALE »

Hier matin, les responsables de Suncor avançaient qu’au moins 30 000 litres d’essence s’étaient échappés du réservoir. Le carburant a coulé dans un bassin de rétention érigé autour de celui-ci, ce qui a limité les conséquences environnementales. L’essence a été pompée dans des camions-citernes. Le reste des deux millions de litres de pétrole a été transféré dans un autre bassin.

« Le produit a coulé en raison d’une valve qui a brisé. Compte tenu des installations, ça reste une fuite assez marginale », indique Luc Michaud, coordonnateur pour l’est du Québec chez Urgence-Environnement.

Il n’y a plus de diesel qui s’échappe du réservoir, a confirmé hier soir l’organisme provincial, qui surveille toujours les travaux de récupération du carburant.

Le maire de Rimouski, Éric Forest, se dit satisfait du plan d’urgence mis en place pour régler le problème. L’aéroport a été fermé pour 48 heures, un périmètre de sécurité a été érigé pour protéger les résidants des environs, et des mesures d’émanation ont été prises par précaution. Aucun citoyen n’a été incommodé par la fuite.

« C’est la première fois que ça arrive dans la municipalité. Il ne faut pas sortir l’épouvantail. Ce qui me rassure, c’est l’efficacité de notre plan d’urgence », affirme M. Forest, qui préfère attendre les résultats de l’enquête avant de jeter la faute sur Suncor. 

Il se demande toutefois ce qui a bien pu causer le bris de la valve d’entrée. « Il y a de grandes questions qui se posent. Quelles sont les causes ? Quels sont les volumes finaux de pétrole déversés ? Quels seront les protocoles qui seront en place ? C’est clair qu’on va demander des réponses », dit-il.

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