COVID-19

Finis les rassemblements

Les corps policiers ont le pouvoir d’intervenir pour disperser les personnes qui ne respecteraient pas le décret

Québec — Les partys d’ados, les soupers entre amis et les fêtes familiales étaient déconseillés. Ils sont maintenant proscrits. Le gouvernement Legault interdit dorénavant « tout rassemblement intérieur ou extérieur ».

C’est ce que prévoit un décret adopté par le Conseil des ministres, qui a du même coup prolongé de 10 jours l’état d’urgence sanitaire. L’objectif du gouvernement est de « maximiser la protection de la population du Québec ».

Selon le décret, cette interdiction ne s’applique pas aux rassemblements réunissant « des occupants d’une résidence privée, ou de ce qui en tient lieu, et toute autre personne leur offrant un service ou dont le soutien est requis ».

Autre exception : un rassemblement n’est pas interdit « s’il est requis dans un milieu de travail qui n’est pas visé par une suspension du gouvernement du Québec, à condition que les employés maintiennent, dans la mesure du possible, une distance minimale de deux mètres entre eux ».

L’interdiction ne s’applique pas non plus « dans un moyen de transport » et « dans un lieu public visant à obtenir un service ou un bien et qui n’est pas visé par une suspension du gouvernement », comme une épicerie. On demande toutefois d’observer « dans la mesure du possible, une distance minimale de deux mètres » entre les personnes.

Les rassemblements extérieurs sont permis entre les occupants d’une même résidence, lorsqu’une personne « reçoit d’une autre personne un service ou son soutien » ou encore à condition de respecter la distance minimale. Sinon, c’est interdit.

Les corps policiers ont le pouvoir d’intervenir pour disperser les personnes qui se retrouveraient dans un rassemblement intérieur ou extérieur proscrit en vertu du décret. « C’est un outil de plus que le gouvernement se donne pour intervenir, et ce sera utilisé selon le bon jugement des policiers », a expliqué Jean-François Del Torchio, porte-parole de la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault.

Québec a rendu public le décret en fin de journée samedi, alors que le Conseil des ministres l’avait adopté vendredi. Le premier ministre François Legault n’a pas soufflé mot de l’interdiction de tout rassemblement lors de son point de presse quotidien samedi, lors duquel il confirmait pourtant la décision du Conseil des ministres de prolonger l’état d’urgence sanitaire.

La police en renfort

Québec fera appel à la police pour « contraindre » à la quarantaine les personnes infectées par le coronavirus qui ne respectent pas les consignes d’isolement.

« Les droits de l’individu s’arrêtent là où l’impact sur la communauté est très élevé. »

— Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique

« Mais je veux quand même que personne ne parte en peur. Là, il y a quelques cas isolés seulement, la grande majorité des Québécois respectent les directives » relatives au confinement, a affirmé François Legault.

Vendredi, le CIUSSS de l’Estrie confirmait un « fort potentiel de transmission de la COVID-19 » à Granby, à Bromont et dans les environs. « Il semble que des personnes porteuses du virus aient circulé ou circulent toujours dans plusieurs lieux publics », indiquait-il. À Québec, la police est intervenue vendredi à la demande des autorités sanitaires auprès d’une personne infectée par la COVID-19 qui ne respectait pas les règles de confinement.

« À partir de maintenant, c’est clair qu’on va contraindre des personnes qui ne respectent pas les consignes, surtout si elles ont été avisées, contactées puis qu’on a des informations qu’elles se promènent, a déclaré le Dr Horacio Arruda. Ces gens-là peuvent représenter une transmission à deux, trois, quatre, cinq personnes, donc on va être obligés de contraindre dans ce cas-là. »

Dans une telle situation, « les directeurs [de santé publique] n’auront pas de problème à envoyer des agents de la paix qui vont s’organiser pour que la personne soit isolée ».

181 cas de COVID-19

Québec a révélé que le bilan du nombre de cas de COVID-19 était passé à 181, en hausse de 42 en une journée. Quatre Québécois de plus ont succombé à la COVID-19, soit un total de cinq décès, tous dans Lanaudière. Quatre des personnes décédées habitaient dans la même résidence pour personnes âgées, la Résidence EVA de Lavaltrie. Dans le cas du cinquième décès, le Dr Arruda parle d’un cas de nature « communautaire », c’est-à-dire qu’il s’agit « d’une personne qui n’était pas dans cette résidence-là, […] qui était chez elle ».

« Ça veut dire que le nombre d’endroits est quand même limité, mais ça vient nous rappeler, justement, la force de ce virus et qu’il faut prendre au sérieux la situation », a affirmé François Legault.

« S’il y en a qui pensaient encore que ce n’était pas sérieux, on a toutes les preuves du contraire. »

— François Legault, premier ministre du Québec

Dix-neuf personnes sont hospitalisées, dont 10 se trouvent aux soins intensifs. Ces dix personnes ont « un certain âge » et présentent des « facteurs de risque », selon le Dr Arruda.

Comme plus de tests de dépistage sont réalisés, « on s’y attendait, il y a une augmentation du nombre de cas qui s’accélère. Et on s’attend à ce que ce soit la même chose dans les prochains jours, mais on se prépare à tous les scénarios », a affirmé M. Legault.

Québec dit avoir la capacité de faire 6000 tests par jour, mais que la demande actuelle tourne autour de 3000 à 4000. Les tests sont réservés à ceux qui ont voyagé et qui ont des symptômes. « Éventuellement, puis on se prépare, on pourrait commencer à faire des tests pour des personnes qui n’ont pas voyagé, mais qui ont les symptômes », a indiqué le premier ministre.

Selon lui, si l’on tient compte à la fois du nombre de cas de COVID-19 par 100 000 habitants et du nombre de tests par 100 000 habitants, « ça va mieux ici que la moyenne » ailleurs dans le monde. « Évidemment, si on a ailleurs une courbe très accélérée, nous autres, on en a une accélérée, mais moins accélérée. C’est bon signe. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’attendre à une accélération. Ça va continuer, surtout étant donné qu’on fait plus de tests », a-t-il soutenu.

Le Dr Arruda estime qu’il est trop tôt pour déterminer l’effet des mesures de confinement sur les projections produites par le Ministère le 16 mars, dont La Presse faisait état samedi. Le document conclut qu’il y aurait un peu plus de 18 000 cas d’ici un mois, avec un sommet de 1900 personnes hospitalisées le 5 avril, dont près de 100 aux soins intensifs. Québec n’a pas commenté ces chiffres. On peut cependant observer que le nombre de cas et le nombre d’hospitalisations sont à ce stade-ci inférieurs aux projections faites le 16 mars.

Il faut attendre de 10 à 12 jours après l’adoption des mesures de confinement pour constater leur impact sur les prévisions, ce qui veut dire lundi, selon le Dr Arruda.

« Ce n’est pas le temps de lâcher, au contraire, a-t-il dit. Le virus est en terre québécoise, il ne se transmet pas encore de façon très active dans la communauté, mais il faut surveiller ça de jour en jour. »

François Legault a d’ailleurs demandé à la population de ne pas se déplacer « autant que possible d’un quartier à l’autre, d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre pour éviter de répandre les infections possibles ».

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a affirmé que « le réseau est en train de préparer de façon majeure la réponse » à la pandémie. Quelque 4600 lits ont été libérés pour accueillir des patients infectés. Et, surprise, le taux d’occupation des urgences est maintenant de seulement 66 %. « On n’a jamais vu ça au Québec », a-t-elle lancé.

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