Accident de métro à Mexico

« Avant on avait peur, maintenant c’est pire »

Mexico — Moins de 24 heures après la catastrophe du métro de Mexico, les usagers s’engouffrent dans les rames la peur au ventre dans la crainte d’un nouvel accident.

L’effondrement d’un pont au passage d’une rame de la ligne 12 a causé la mort de 23 personnes et fait 70 blessés, selon un bilan provisoire des autorités.

« Avant, on avait déjà peur dans le métro. Mais maintenant, c’est pire », confie avec anxiété Brenda Gonzales, 30 ans, avant de se rendre à son travail dans la station de Candelaria, au croisement des lignes 1 et 4.

« On nous dit que l’entretien du réseau est assuré. Mais ce n’est pas vrai. Les 5 pesos [0,30 dollar canadien] que nous payons par trajet sont volés par les autorités », s’indigne cette mère de trois enfants, ouvrière dans une usine de chaussures.

Elle se dit encore choquée par les images du sauvetage de passagers pris au piège dans les voitures en morceaux de la ligne 12 maudite.

Avant de quitter son domicile mardi matin, elle a reçu une bénédiction de ses enfants et de sa mère.

« Tout arrive dans ce métro, mais nous ne pouvons faire autrement que de l’utiliser. »

— Brenda Gonzales, utilisatrice du métro

La ligne 12 du métro où s’est produit l’accident présentait déjà des problèmes d’infrastructure et de fonctionnement.

Et en janvier dernier, un incendie dans les installations de contrôle du métro avait fait 1 mort et intoxiqué 29 personnes.

En mars 2020, deux trains étaient entrés en collision dans une gare, faisant 1 mort et 41 blessés.

« Tout tremble »

Debout près de la fenêtre d’une voiture de métro, sur la ligne 4 dont des tronçons s’élèvent à environ 10 m au-dessus de la circulation, Fernando Dominguez, un garde privé de 42 ans, ne cache pas son appréhension.

« Cela fait plus de 10 ans que j’utilise cette même ligne pour aller travailler, et je n’ai jamais vu d’ouvriers faire de l’entretien pour quoi que ce soit, et dans ce segment justement, le pont tremble comme s’il allait tomber », dit-il, le visage crispé.

Les autres passagers observent un silence de plomb. Lorsque la rame ralentit, tous se regardent. La tension est palpable.

« Après ce qui s’est passé hier, on a vraiment plus peur. »

— Agustin Suarez, comptable retraité de 70 ans

Quelque 70 blessés ont été transportés dans les hôpitaux. L’un d’eux, Daniel Hernandez, 28 ans, a été admis à l’hôpital Belisario Dominguez, tout près du lieu de l’accident.

« Il est dans un état fragile, il a été opéré la nuit dernière pour une contraction abdominale, le sang a afflué dans ses poumons, c’est ce qu’ils ont dit à ma sœur », raconte Jorge Hernandez, oncle de Daniel.

Le jeune homme a été transporté par hélicoptère vers un autre hôpital, tandis que la famille attend plus de détails sur son état, ajoute-t-il.

À l’hôpital général de Tlahuac, un couple recherche le conducteur d’une voiture qui aurait été écrasé par l’une des colonnes effondrées, ainsi que sa femme qui l’accompagnait.

« Nous ne savons pas s’il est mort ou vivant. Son beau-père nous dit qu’il est déjà mort, mais un journaliste a enregistré une vidéo le montrant coincé et demandant de l’aide. La voiture est toujours sous la colonne. Nous savons qu’elle [la femme] est en vie », confie à l’AFP Jose Luis Vigil.

Le métro est le principal mode de transport dans la capitale mexicaine et son agglomération, où vivent quelque 20 millions de personnes.

À qui la faute ?

Le Mexique a entamé mardi la recherche des responsabilités dans l’accident de métro de sa capitale. Les regards se tournent notamment vers celui qui était le maire de la ville au moment de l’inauguration, le 30 octobre 2012, de cette ligne « maudite », l’actuel ministre des Affaires étrangères et potentiel candidat à la présidence, Marcelo Ebrard. Présent à la conférence de presse, il a évoqué un « jour triste pour tous ». « Je me mets à l’entière disposition des autorités », a-t-il déclaré. Le président Andres Manuel Lopez Obrador a pour sa part immédiatement promis « une enquête approfondie, sans égard d’aucune sorte, pour chercher à connaître la vérité […], à partir de laquelle la responsabilité sera établie ». La ligne 12 est l’une des deux lignes du métro mexicain qui ne fonctionnent pas sur pneumatiques, mais sur voie ferrée traditionnelle. Depuis le début des opérations, une usure des rails et des roues des trains avait été détectée. En 2014, une étude avait alors conclu à des problèmes de conception, d’exploitation et d’entretien des voies.

— Agence France-Presse

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