Analyse

L’après-pandémie se prépare

Québec — Les débats des deux dernières semaines à l’Assemblée nationale le confirment : la politique se déconfine elle aussi !

À l’approche de la fin des travaux parlementaires, vendredi, on a eu droit à un avant-goût de l’après-pandémie politique qui se prépare pour septembre.

On ne peut rien tenir pour acquis avec la COVID-19, mais la crise sanitaire s’atténue. Il en va de même du quasi-monopole du gouvernement dans l’espace public.

Pour la première fois depuis le début de la pandémie en mars 2020, d’autres sujets émergent.

Les partis de l’opposition ont trouvé des munitions avec le projet de tunnel Québec-Lévis à 10 milliards et l’affaire Fitzgibbon. Ils se sont éclatés comme des bourgeons au printemps. Une branche du Parti québécois vient de casser à un bien mauvais moment avec le départ de Sylvain Roy (Bonaventure), que les rumeurs envoient à la Coalition avenir Québec depuis déjà un bon moment.

L’irritation d’un gouvernement envers les attaques de l’opposition se mesure bien souvent au ton du premier ministre en Chambre. Et François Legault s’est montré agacé récemment.

« Je comprends qu’elle a deux députés à Québec, mais on verra, l’année prochaine, combien il en reste. Puis, à ce que je sache, elle n’en a aucun dans Chaudière-Appalaches, puis ça va rester comme ça. »

— François Legault, en réponse à Manon Massé, qui l’interpellait à propos du tunnel Québec-Lévis

Puis, à Pascal Bérubé, qui le talonnait au sujet de l’affaire Fitzgibbon, M. Legault a lancé : « Le Parti québécois, j’ai été là, ce qui les intéresse, c’est la souveraineté. Chaque fois que je parlais d’économie dans le caucus, ça n’intéressait personne ! » M. Legault a travaillé sous Lucien Bouchard et Bernard Landry…

Le gouvernement a hâte de passer à la prochaine étape, le dernier chapitre de son mandat.

Dans l’équipe de M. Legault, on se garde de décréter que la COVID-19 est derrière nous, on reste mobilisés contre la pandémie, mais on dit sortir du « brouillard de la guerre » pour la première fois depuis le début de la crise.

Québec prévoit lever l’urgence sanitaire à la fin de l’été, s’il atteint l’objectif de vacciner pleinement 75 % des 12 ans et plus. Il y aura sûrement un retour à la normale au Parlement, une bonne nouvelle pour la vie démocratique.

Ce sera le moment, en septembre, de mettre en œuvre un plan que des lieutenants de François Legault préparent depuis plusieurs semaines déjà, en dehors de la cellule de crise. Nom de code : « nouveau souffle ».

Le premier ministre envisage d’inaugurer une nouvelle session parlementaire et de prononcer un discours d’ouverture afin de tracer la voie jusqu’aux élections de l’automne 2022.

Son équipe note d’ailleurs que Philippe Couillard aura été, depuis des décennies, le seul premier ministre à la tête d’un gouvernement majoritaire à ne pas avoir inauguré au moins une deuxième session parlementaire au cours de son mandat.

La décision n’est pas encore prise à ce sujet, mais on ne voit que du positif dans ce scénario.

Proroger la session ne signifie pas que tous les projets de loi déjà déposés tombent à l’eau. Le gouvernement peut repêcher ceux qu’il veut et reprendre leur étude au stade où l’on était. Il peut en faire passer à la trappe aussi.

Les caquistes veulent éviter de projeter l’image d’un gouvernement usé prématurément par la pandémie et, en conséquence, ils mettront de l’avant de nouveaux projets. Des efforts seront consacrés à la relance économique, bien sûr. L’austérité ne sera pas au menu, comme on a reporté de cinq à sept ans le retour à l’équilibre budgétaire. Les choix déchirants ont été remis après le prochain scrutin. Ces décisions seront peut-être moins difficiles avec le déficit de l’année dernière, qui a fondu de 15 à 12 milliards depuis le dépôt du budget en mars.

Plus tôt dans son mandat, François Legault liait le nationalisme à trois piliers : la laïcité, la langue et la culture. Il a déjà agi sur le premier, la réforme de la loi 101 est lancée, mais le dernier pilier est chambranlant. De « grands projets » viseront à le redresser.

Le gouvernement mettra de l’avant le thème de l’« efficacité de l’État » et voudra donner un coup de barre dans le secteur de la santé. François Legault et son ministre Christian Dubé ont noirci des pages sur le sujet dans les derniers mois. Il faut s’attendre à un « petit ménage » dans l’administration. On en a eu un aperçu avec le congédiement du PDG du CISSS de la Montérégie-Ouest, dont la gestion était fortement contestée. On ne parle pas d’un nouveau brassage des structures.

Québec relancera ses négociations avec les médecins de famille, afin de revoir leur mode de rémunération et d’améliorer l’accès aux services. On voudra préserver le recours à la télémédecine, imposée par la pandémie. Le rattrapage des opérations chirurgicales par les médecins spécialistes sera une lourde tâche… comme le respect des promesses du gouvernement au sujet des délais d’attente. Les économies promises par le gouvernement dans la rémunération des spécialistes ne sont pas au rendez-vous, a révélé la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc.

Le gouvernement veut que les maisons des aînés soient construites rapidement. La promesse caquiste est toutefois plus coûteuse que prévu, à l’image de la maternelle 4 ans : 2,6 milliards de dollars pour la construction de 46 établissements, comme l’a montré le budget Girard.

Un remaniement ministériel d’ici l’automne ? Le mois dernier, François Legault disait que ce n’était « pas impossible » puisque son Conseil des ministres n’était plus dans la zone de parité homme-femme en raison de la démission de Marie-Eve Proulx. Le départ de Pierre Fitzgibbon a eu pour effet de rétablir la situation. François Legault dit maintenant ne pas prévoir de remaniement. Attention : il lui est déjà arrivé de causer la surprise en rebattant les cartes subitement. Dans son entourage, on a encore espoir de renchausser Jean-François Roberge, avec le chantier de la rénovation des écoles et le plan pour rattraper le retard scolaire.

Au Parti libéral, c’est une autre forme de remaniement qui se profile. La cheffe, Dominique Anglade, a demandé formellement à ses 27 députés de lui confirmer d’ici la fin de l’été s’ils allaient se porter candidats aux prochaines élections. On s’attend à une dizaine de départs, et les mêmes noms reviennent (Pierre Arcand, Nicole Ménard, Gaétan Barrette, Kathleen Weil, Lise Thériault, Christine St-Pierre…).

Mme Anglade compte sur le congrès de l’automne pour mobiliser ses troupes. Il faut absolument que l’aiguille des sondages bouge d’ici Noël pour espérer une bonne lutte électorale, dit-on à l’interne.

À Québec solidaire, c’est le changement de chef parlementaire qui sera significatif. À l’automne, ce n’est plus Manon Massé qui sera le visage du parti, mais Gabriel Nadeau-Dubois. Il posera les questions en Chambre au premier ministre et l’affrontera au débat des chefs de la campagne.

On le voit : lentement mais sûrement, c’est la fièvre électorale qui va s’emparer des partis. Et il n’y a pas de vaccin contre ça.

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