Violence faite aux femmes

« Des hommes qui se lèvent pour dénoncer, il n'y en a pas beaucoup »

La Presse s'est entretenue avec des instigateurs du mouvement « Parle à tes boys »

Face à la récente vague de féminicides au Québec, plus question pour les hommes de garder sous silence les violences physiques et verbales envers les femmes. Pour entraîner la gent masculine à s’engager dans cette lutte, cinq hommes ont lancé « Parle à tes boys », campagne pour inviter les hommes à se parler.

« Les meurtres de ces femmes ont tous un dénominateur commun : des hommes sont les auteurs de ces crimes. Je pense qu’on serait hypocrites de ne pas le dénoncer », plaide Thierry Lindor. Il est avec Will Prosper, Ricardo Lamour et Rito Joseph l’un des quatre instigateurs du mouvement « Parle à tes boys ».

La semaine dernière à l’émission Tout le monde en parle, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, était d’ailleurs vêtu d’un chandail affichant le mot-clic. Le mouvement a été lancé peu après la mort de Rebekah Harry, qui aurait été battue à mort par son conjoint, devenant la victime du septième des huit féminicides survenus au Québec ces dernières semaines.

Le groupe souhaite inciter les hommes à se parler, mais aussi à s’instruire sur la lutte contre la violence conjugale. « On ne se prétend pas parfaits, mais on réalise que des hommes qui se lèvent pour dénoncer, il n’y en a pas beaucoup, et il faut enclencher ça », juge M. Prosper, militant et documentariste.

Les femmes portent, selon lui, le fardeau de cette lutte depuis trop longtemps. Pas question pour les hommes de remplacer leur voix, insiste-t-il. Il faut plutôt les rejoindre dans ce combat contre un fléau parfois mortel.

« J’ai réalisé que je ne parlais jamais de ça avec mes amis masculins, et on sait qu’on a un rôle à jouer là-dedans. »

— Will Prosper

Certains stéréotypes néfastes liés à la masculinité jouent un rôle dans le cycle de violence envers les femmes et freinent les hommes quand vient le temps de demander de l’aide.

Or, les hommes peuvent se remettre en question et encourager leurs pairs à le faire, estime Ricardo Lamour. « Sans le savoir, on peut avoir hérité d’une certaine vision du monde et participer involontairement à de la violence ou en être témoin sans même s’en rendre compte. »

Selon lui, il y a avantage pour les hommes à s’informer sur la façon insidieuse dont débute le cycle de violence conjugale. « Nous avons suivi un atelier de trois heures là-dessus, et ça nous a ouvert les yeux. Tous les hommes doivent comprendre comment décoder des comportements et des attitudes néfastes plus tôt pour ne pas céder à un mode de masculinité toxique. »

Ces conversations entre hommes adultes demeurent taboues, admet-il.

« Déconstruire les gestes toxiques et les attitudes délétères, c’est le rôle des hommes, pas des femmes qui les dénoncent », estime Thierry Lindor.

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