Liban

Un nouveau gouvernement après 13 mois d’impasse

Beyrouth — Le Liban s’est doté vendredi d’un nouveau gouvernement après 13 mois d’attente marqués par d’interminables tractations politiques ayant aggravé une crise économique inédite qui a fait sombrer des millions de Libanais dans la pauvreté.

L’annonce a été faite à l’issue d’une rencontre entre le président Michel Aoun et le premier ministre désigné, Najib Mikati, première fortune du Liban.

Saluée à l’étranger, la mise en place d’un nouveau gouvernement était une condition préalable à l’obtention de l’aide internationale dont le Liban a cruellement besoin, mais reste à savoir si cette équipe sera en mesure de mener à bien les réformes demandées et de sauver le pays de la faillite.

Nommée par les partis au pouvoir, la nouvelle équipe (24 membres), qui doit tenir sa première réunion lundi, comporte plusieurs nouveaux visages et une seule femme.

Parmi eux figurent des technocrates comme Firas Abiad, directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri, fer de lance de la lutte anti-COVID-19, ou encore Nasser Yassine, professeur et directeur de l’Observatoire des crises à l’Université américaine de Beyrouth.

La formation d’un cabinet de spécialistes totalement indépendants du petit monde politique, accusé de corruption, a longtemps été réclamée par la rue ainsi que par certaines puissances étrangères, France en tête, impliquées dans le dossier libanais.

Le président français, Emmanuel Macron, a salué vendredi une « étape indispensable » pour « sortir le pays de la crise profonde dans laquelle il se trouve ».

Il a souligné « la nécessité que l’ensemble des responsables politiques se conforment aux engagements qu’ils ont pris de permettre la mise en œuvre des réformes nécessaires pour préparer l’avenir du Liban et permettre à la communauté internationale de lui apporter une aide décisive ».

Défis et FMI

Le Liban était sans nouveau gouvernement depuis la démission du cabinet de Hassan Diab, quelques jours après l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth le 4 août 2020.

La crise économique inédite que traverse le pays depuis l’été 2019 n’a cessé de s’aggraver, la Banque mondiale la qualifiant d’une des pires au monde depuis 1850.

Avec une inflation galopante et des licenciements massifs, 78 % de la population libanaise vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU.

Chute libre de la monnaie locale, restrictions bancaires inédites, levée progressive des subventions, pénuries de carburants et de médicaments, le pays est aussi plongé dans le noir depuis plusieurs mois, les coupures de courant culminant jusqu’à plus de 22 heures quotidiennement.

De nombreux défis attendent ainsi le prochain gouvernement, notamment la conclusion d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), avec lequel les pourparlers sont interrompus depuis juillet 2020.

Il s’agit pour la communauté internationale d’une étape incontournable pour sortir le Liban de la crise et débloquer d’autres aides substantielles.

Jusqu’ici, les pays donateurs se sont contentés de fournir une aide humanitaire d’urgence, sans passer par les institutions officielles libanaises en l’absence d’un gouvernement réformateur.

« Pas d’autre issue »

Pour le chercheur Sami Nader, le FMI est « le seul endroit » où devra se rendre le prochain gouvernement. « Il n’y a pas d’autre issue à la crise », a-t-il déclaré à l’AFP.

M. Mikati s’est aussi engagé à solliciter l’aide des pays arabes, alors que les relations avec les riches monarchies du Golfe sont tendues sur fond de bras de fer régional entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Il a promis, par ailleurs, la tenue des élections législatives, prévues en mai 2022, dans les délais impartis. Elles sont considérées comme cruciales en vue d’un début de renouvellement de l’élite politique, quasiment inchangée depuis la guerre civile (1975-1990).

Réagissant à la formation du nouveau gouvernement, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué « une étape très importante » pour le Liban.

« Bien sûr, ce n’est pas suffisant, il y a beaucoup d’autres choses à résoudre, mais c’était la condition de base pour que tout le reste soit possible. »

– António Guterres, secrétaire général de l’ONU

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a pour sa part souligné la nécessité de « mettre en œuvre les réformes tant attendues ».

Critiques

Dans les rues de Beyrouth, l’annonce d’un nouveau gouvernement n’a visiblement pas réussi à remonter le moral de la population.

« Je ne suis pas optimiste, ni à propos du gouvernement ni du pays. Je veux quitter ce pays si j’en ai la possibilité. »

– Rony, étudiant de 18 ans

Sur les réseaux sociaux, des moqueries ont fusé à propos de la nomination de George Kordahi – présentateur vedette de la télévision connu pour la version arabe de l’émission Qui veut gagner des millions ? – au gouvernement de l’homme le plus riche du Liban.

Et le fait que le gouvernement ne compte qu’une seule femme a été critiqué, un internaute soulignant que l’équipe comptait une femme de plus que celle récemment dévoilée par les talibans en Afghanistan.

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