Guerre, changements climatiques, coûts énergétiques

Comment le marché du blé a été bouleversé

Le prix du blé, l’un des aliments les plus consommés au monde, a chuté depuis le sommet atteint après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais les experts affirment qu’il reste en quantité insuffisante et préviennent qu’une crise alimentaire mondiale est toujours imminente.

À l’instar du pétrole, de l’acier, du bœuf et d’autres produits de base qui font partie intégrante de l’économie, le prix et la disponibilité du blé varient en fonction d’un ensemble complexe de facteurs qui se chevauchent, comme la géopolitique et la météo. Bien que la baisse du prix du blé offre un certain répit aux pays qui dépendent de l’importation de cette céréale, elle peut dissuader les agriculteurs d’en planter davantage. La baisse des prix ne résout pas non plus les problèmes préexistants aggravés par une guerre entre deux des plus grands producteurs mondiaux. Les prix de l’énergie restent élevés, ce qui a une incidence sur le coût du fonctionnement des équipements agricoles et du transport du blé vers le marché, ainsi que sur le coût des engrais. Et le temps chaud et sec qui réduit le rendement des cultures est de plus en plus fréquent.

« Le tableau fondamental n’a pas vraiment changé », a déclaré Ehsan Khoman, qui gère la recherche sur les marchés émergents et les matières premières pour le groupe financier Mitsubishi UFJ. « Il y a un risque que les prix alimentaires puissent s’emballer. »

Hauts et bas du marché

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué une flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants, la guerre et les sanctions ayant perturbé l’approvisionnement de deux des principaux exportateurs mondiaux de produits agricoles et énergétiques. Les deux pays représentent ensemble environ un quart des exportations mondiales de blé, selon le département américain de l’Agriculture.

Les prix du pétrole ont légèrement baissé depuis le début de la guerre, mais il coûte toujours beaucoup plus cher qu’au début de l’année. Les prix du blé, en revanche, sont retombés à peu près au niveau où ils étaient au début de l’année.

Le prix d’un type de blé largement commercialisé, qui avait commencé l’année à environ 7,70 $ le boisseau, a grimpé à 13 $ au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie fin février, selon les contrats à terme négociés à Chicago, une plaque tournante mondiale pour ce produit.

Le prix est resté le plus souvent à deux chiffres jusqu’à la mi-juin, où il a commencé à baisser. Vendredi, le blé s’échangeait à un peu plus de 8 $ le boisseau.

Après le choc initial de l’invasion, la hausse des prix a dissuadé certains pays d’acheter du blé, faisant baisser la demande et pesant sur les prix. Une augmentation de l’offre provenant des récoltes de blé d’hiver a également fait baisser les prix ces dernières semaines.

Un accord fragile

L’avancée des négociations sur le sort de plus de 20 millions de tonnes de céréales bloquées dans les ports de la mer Noire en Ukraine a été un facteur important de la baisse des prix du blé. Il y a un peu plus d’une semaine, un accord a été conclu en vue d’ouvrir un couloir d’exportation permettant à une partie des céréales piégées par la guerre de s’écouler à travers le monde.

L’accord pourrait ne pas tenir au milieu des combats, et même s’il tient, les experts estiment qu’il ne suffira probablement pas à résoudre les autres problèmes qui pèsent sur le marché mondial du blé.

D’autres facteurs, plus ancrés sur le marché du blé, allant des prix de l’énergie et des engrais aux changements climatiques, pourraient jouer un rôle plus important dans la détermination du coût – et de la disponibilité – d’une miche de pain dans le monde.

Impact climatique

Les sécheresses de l’année dernière ont fait qu’avant même que la Russie envahisse l’Ukraine, les marchés alimentaires mondiaux étaient sous pression.

Bien que certaines régions, comme l’Argentine, aient connu des récoltes exceptionnelles et que l’on s’attende à une récolte abondante en Russie cet été, les fortes chaleurs et les faibles précipitations ont réduit la quantité de blé que d’autres pouvaient cultiver.

Au Canada, les températures ont atteint des records. À la fin du mois de juillet 2021, environ les trois quarts des terres agricoles du pays étaient considérées comme anormalement sèches.

La production de blé du Canada a chuté de près de 40 % entre 2020 et 2021, ce qui a entraîné une baisse de plus de 3 millions de tonnes de ses exportations vers l’Amérique latine et les Caraïbes, selon l’USDA.

La baisse de l’offre mondiale résultant des mauvaises conditions météorologiques avait déjà contribué à faire monter les prix au début de cette année. En janvier 2020, le blé était environ 30 % moins cher qu’aujourd’hui.

Les prix de l’énergie sont importants pour les producteurs de blé.

Les prix du pétrole déterminent en grande partie le coût du fonctionnement des équipements agricoles et du transport des céréales récoltées. Les prix du gaz naturel sont encore plus importants pour les agriculteurs, car l’azote, utilisé pour produire des engrais tels que l’ammoniac et l’urée, est produit à partir du gaz naturel.

La Russie, plus grand producteur d’engrais au monde, a régulièrement restreint le flux de gaz naturel vers l’Europe, ce qui a fait grimper non seulement les prix des carburants, mais aussi le coût des engrais à base d’azote. L’augmentation des prix des engrais s’est accompagnée d’une hausse des prix du blé, qui s’est poursuivie la semaine dernière.

Les engrais russes étant si importants pour le commerce agricole mondial, ils ont échappé aux sanctions internationales qui ont limité d’autres exportations russes, ce qui donne à Moscou une influence politique sur un autre produit de base crucial dont le monde a besoin.

La baisse des prix n’est pas nécessairement une bonne chose pour les producteurs de blé.

La hausse des coûts du carburant et des engrais réduit les bénéfices que les agriculteurs peuvent réaliser et crée un dilemme pour les pays producteurs de blé. C’est particulièrement vrai pour l’Ukraine, où le transport du blé vers les acheteurs étrangers est devenu coûteux à cause de la guerre, a déclaré Dan Basse, économiste agricole et président d’AgResource, une société d’analyse.

Bien que les prix élevés nuisent aux pays qui importent du blé, les prix bas pourraient dissuader les agriculteurs d’en planter davantage cette année, en particulier en Ukraine, où ils ont de la difficulté à vendre leur récolte actuelle, ce qui pourrait les empêcher d’en cultiver davantage.

Journée morne à New York

Alors que la Bourse de Toronto était fermée pour le Civic Day, la Bourse de New York a terminé lundi en légère baisse une séance hésitante après un fort mois de juillet. « Il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent [hier], a indiqué Art Hogan, de B. Riley Wealth. Nous étions un peu dans le mode “on attend de voir”. » Au cours de la semaine, les investisseurs vont guetter l’indice d’activité américain dans les services mercredi, et surtout les chiffres de l’emploi vendredi. — D’après l’Agence France-Presse

CGI rachète pour 100 millions de ses actions

La société de services informatiques CGI a annoncé lundi avoir conclu une entente privée qui la verra racheter près de 939 000 de ses actions auprès de la Caisse de dépôt et placement, pour un total d’environ 100 millions de dollars. La firme montréalaise rachètera 938 914 de ses actions subalternes avec droit de vote de catégorie A au prix de 106,51 $ par action, ce qui représente un escompte de 3,29 $ par action par rapport au cours de clôture de 109,80 $ vendredi à la Bourse de Toronto. Au terme de l’opération, la Caisse de dépôt et placement du Québec détiendra toujours environ 22,5 millions d’actions de catégorie A, ce qui lui conférera une participation de 9,5 % dans CGI. L’offre publique de rachat dans le cours normal des activités de CGI autorise l’entreprise à racheter un maximum de 18 781 981 actions de catégorie A d’ici le 5 février 2023. — La Presse Canadienne

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