Opinion Boucar Diouf

D’où viens-tu, SARS-CoV-2 ?

Finalement, il paraît que le vaccin d’AstraZeneca provoque des problèmes de santé très rares qui se traduisent, entre autres, par la formation de thromboses, majoritairement chez des femmes de moins de 55 ans. Comme si cette information n’était pas assez anxiogène pour les personnes qui hésitent devant les vaccins, il a fallu que ce phénomène indésirable porte le nom de thrombocytopénie immunitaire prothrombotique induite par le vaccin (TIPIV). Avouez que si on voulait radicaliser des sceptiques de la vaccination, on ne pouvait pas trouver une plus effrayante dénomination.

Le mal est fait, car même les 55 ans et plus hésitent. Le cha-cha-cha autour de sa dangerosité a fini par jeter un voile opaque sur la trouvaille qui faisait la fierté de l’Université d’Oxford. Une institution qui, il faut le rappeler, cherchait avant tout à offrir à la planète un vaccin abordable et à la portée de tous. Je ne radoterai pas plus longtemps sur cette histoire.

En effet, si je vous parle d’AstraZeneca au début de ce texte, c’est parce que les tergiversations qui l’accompagnent depuis le début me rappellent un peu ce qui se raconte sur l’origine du virus. Depuis le début de la pandémie, les principaux accusés étaient la chauve-souris et le pangolin, qui ressemble à un artichaut sur pattes. On a donc raconté une transmission des plus naturelles comme on en a d’ailleurs déjà observé en Chine dans un passé récent. Par exemple, le virus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) serait issu des chauves-souris du genre Rhinolophe. À la faveur de mutations, ce microbe est passé par les civettes pour atteindre l’humain. Le même scénario semble reconduit pour expliquer l’origine de la COVID-19, en remplaçant évidemment la civette par le pangolin ou le vison. D’autres hôtes intermédiaires potentiels dont le lapin, le chat domestique, le chien et le blaireau sont aussi sur la liste des suspects de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais comme pour le vaccin d’AstraZeneca, depuis le début de la pandémie, les murmures d’incertitude autour de l’origine du virus se font entendre.

Même des chercheurs chinois ont évoqué l’idée d’un accident de laboratoire avant de tout retirer de la Toile, probablement par instinct de protection.

Rappelons aussi que le sympathique Donald Trump soulevait la possibilité que le virus se soit « échappé » d’un laboratoire de Wuhan. Le secrétaire d’État Mike Pompeo n’hésitait d’ailleurs pas à relayer cette hypothèse en expliquant que l’information venait des services de renseignement américains. En fait, il disait ouvertement que la Maison-Blanche disposait d’un « nombre significatif de preuves » en faveur de cette hypothèse. Pour ajouter au soupçon de complot, Pompeo avait même refusé de répondre à la question de savoir si le virus avait été libéré intentionnellement par Pékin.

Pourtant, depuis la fin du règne de Trump, le consensus sur l’origine naturelle du virus semblait accepté de tous. Mais surprise, Robert Redfield, qui dirigeait les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) sous le règne du sympathique Donald Trump, a rallumé la flamme. Il a dit récemment, sur CNN, penser que le SARS-CoV-2 a été sorti accidentellement d’un laboratoire de virologie de Wuhan. Évidemment, c’est une opinion, mais pas n’importe laquelle, car elle est sortie de la bouche d’un éminent et respectable scientifique qui connaît les coronavirus. Il n’est pas inhabituel, dit-il, que des virus respiratoires qu’on étudie sortent accidentellement d’un laboratoire. C’est la propagation fulgurante du SARS-CoV-2 dès son apparition qui pose problème à Redfield. En cause, lors du passage d’un animal à un humain, dit le chercheur, un virus émergent met longtemps à devenir un efficace contaminateur d’un humain à un autre. Ce qui est loin d’être le cas ici, explique-t-il. Puis, le sceptique scientifique ajoute que le SARS-CoV-2 semble avoir été amélioré dans un laboratoire avant de se retrouver dans la nature. Une énorme déclaration qui a fait rapidement le tour du monde, mais aussi trouvé ses détracteurs. Par exemple, l’incontournable et très visible Anthony Fauci a tenu à préciser qu’il n’était pas du même avis que son collègue.

Mais que pense l’OMS de cette saga qui grandit ?

Les positions semblent bouger à l’OMS aussi. En février 2021, l’équipe d’enquête de l’OMS qu’on a vue sourire à Wuhan annonçait devant les caméras de la planète que la possibilité d’une fuite d’un laboratoire était « hautement improbable ». C’était la conclusion expéditive du chef de mission, Peter Ben Embarek. Arrivés en Chine avec un an de retard, ça leur a pris quelques semaines de visites étroitement surveillées pour arriver à cette conclusion. Que voulez-vous ? Comme dirait Elvis Gratton, un savant, c’est un savant ! Pourtant, surprise des surprises, cette semaine, le grand patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a évoqué l’idée de renvoyer une autre équipe d’enquêteurs en Chine pour explorer plus sérieusement l’hypothèse d’une origine accidentelle du virus. Il va même jusqu’à reconnaître que l’évaluation de la première équipe d’enquêteurs n’était pas suffisamment approfondie, car ils n’avaient pas accès à toutes les informations nécessaires. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui pensait l’inverse ?

Qu’est-ce qu’il faut comprendre de cette nouvelle posture de Ghebreyesus ? Est-ce que le patron y croit vraiment ou cherche-t-il à disperser ce grand soupçon de complaisance à l’égard de la Chine qui pèse sur lui ?

Une complicité présumée qui avait poussé Donald Trump à vomir sur l’Organisation mondiale de la santé et son boss, qu’il considérait comme une marionnette du régime de Pékin. Maintenant que Biden a ramené le pognon et le leadership américain à l’OMS, il est permis de se demander si la nouvelle position de Ghebreyesus n’est pas simplement une manœuvre de communication. Une façon de dire : « Vous voyez, même si tout le monde dit que le régime de Pékin a pesé de toutes ses forces pour que je sois élu à la tête de cette organisation, je ne suis aucunement complaisant avec l’empire du Milieu ! »

Chose certaine, comme pour le vaccin d’AstraZeneca, on n’a pas fini d’entendre parler de l’origine du virus. Mais, en attendant de connaître la vérité qui n’arrivera peut-être jamais, une question me taraude l’esprit pour terminer. Pourquoi est-il banalisé de parler de variant britannique, brésilien ou sud-africain, mais très mal vu d’associer l’origine du SARS-CoV-2 à la Chine ? Je comprends très bien qu’il y a une dimension réductrice et insultante dans le fait de parler de « virus chinois » comme le faisait Trump. Par contre, si on peut évoquer la dangerosité du « variant britannique », il me semble que de parler de la contagiosité de « l’original chinois » relève bien plus d’une recherche d’équité que d’une volonté de discriminer ou de rabaisser.

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