Le sourire de Jonathan Drouin

Le bonheur de la couverture sportive, c’est qu’on croise des gens heureux partout. Des sourires ? J’en ai vu tout plein, cent mille, comme le chantait Dédé Fortin.

Il y a le sourire du repêchage. Le sourire du premier contrat. Le sourire du premier match. Le sourire à la suite d’un but formidable ou d’un arrêt spectaculaire. Le sourire de la victoire. Le sourire de la médaille d’or. Mais le plus beau, le plus touchant, le plus sympathique, c’est le sourire de l’athlète craintif qui revient à la compétition et qui, à la suite d’un succès, réalise avec soulagement qu’il a encore sa place au sein de l’élite.

C’est ce sourire qu’affichait Jonathan Drouin, mercredi soir, après avoir redirigé une passe de Josh Anderson derrière le gardien adverse. C’était le premier but officiel de l’attaquant du Canadien depuis qu’il avait quitté l’équipe pour soigner des troubles d’anxiété. Son premier, aussi, depuis la mi-février.

Il était comment, ce sourire ? Radieux. Il partait de Pluton et se rendait jusqu’à Mercure. Peut-être même jusqu’au Soleil.

Cette réussite – dès les premières minutes de la nouvelle saison – l’a réconforté et lui a donné confiance pour la suite de la partie. Jonathan Drouin et ses partenaires de trio (Christian Dvorak et Josh Anderson) ont été les meilleurs attaquants du Canadien contre les Maple Leafs de Toronto.

Drouin a été particulièrement impressionnant. Il s’est impliqué dans toutes les phases du jeu. Il a généré de l’attaque. Cadré deux tirs. Complété cinq mises en échec – son plus haut total en carrière ! À la fin de la partie, alors que le filet du Canadien était désert, le joueur québécois s’est transformé en Charles Hamelin pour effectuer un repli défensif et empêcher une échappée certaine d’un attaquant adverse.

Je vous rappelle qu’il y a trois mois, Drouin était laissé sans protection au repêchage d’expansion. Plusieurs observateurs doutaient alors de son avenir dans la LNH. L’ancien agent de Brendan Gallagher a même laissé entendre, en septembre, que Drouin ne serait pas dans la formation partante pour le match d’ouverture.

Mercredi soir, Drouin a réduit au silence tous ses détracteurs.

De la plus belle façon qui soit, d’ailleurs.

Avec le sourire.

***

Ça devait être une grande partie d’ouverture. Un match revanche entre le Canadien et les Maple Leafs, pour les séries du printemps dernier. Sauf que les nombreuses absences ont tempéré les attentes. Neuf des 19 joueurs du Tricolore ayant disputé le septième match contre les Maple Leafs, à la fin mai, n’étaient pas en uniforme mercredi. Notamment Carey Price, Shea Weber et Paul Byron. Chez l’adversaire, Auston Matthews, blessé, manquait à l’appel.

Dans les circonstances, ce sont les gardiens qui ont assuré le spectacle. Jack Campbell et Jake Allen ont été solides. La performance d’Allen était d’autant plus rassurante qu’il a souvent été mis à l’épreuve. Il y avait beaucoup de trafic devant son demi-cercle. Au moins autant qu’il y en aura le premier long week-end suivant la réouverture de la frontière terrestre avec les États-Unis. Pour vous donner une idée de sa soirée de travail, j’ai recensé 16 chances de marquer à haut potentiel chez les Leafs. C’est beaucoup.

Évidemment, si les joueurs des Leafs ont réussi à implanter une colonie à trois mètres du filet d’Allen, c’est parce que quelques joueurs du Canadien ont connu une soirée plus difficile. Ç’a été le cas du troisième trio. Jake Evans en a arraché au cercle des mises en jeu, avec seulement 25 % de réussite. Conséquence : son trio a passé la soirée à courir après la rondelle. Evans s’est retrouvé sur la glace pour neuf chances de marquer des Leafs à forces égales. Alexander Romanov n’a pas brillé lui non plus, même si Dominique Ducharme a tenté de le protéger en l’envoyant principalement sur la glace lors des mises en jeu en zone offensive.

Les unités spéciales ? Elles n’ont pas été à la hauteur des attentes. Le Canadien a notamment gaspillé un cinq contre trois au milieu de la troisième période. C’était impardonnable – et ça lui a coûté la victoire. Cela dit, ça m’inquiète peu. Le Tricolore a beaucoup de talent offensif sur les ailes. Avec Cole Caufield, Jonathan Drouin, Tyler Toffoli et bientôt Mike Hoffman, les options ne manqueront pas cette saison en supériorité numérique.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.