Qui a peur des soaps ? Pas moi !

Les personnages sirotent du whisky dans des verres en cristal. La matriarche, à la tête d’un empire québécois de cosmétiques, habite un immense manoir rempli de secrets. Et la lecture d’un testament chamboulera la vie dorée d’un clan de gens friqués.

Pas de doute, Nuit blanche de Radio-Canada se classe dans la catégorie télévisuelle des soaps. Mais pas un soap bas de gamme d’après-midi. Un soap de luxe de fin de soirée, aux effluves de parfum cher. Pensez à Revenge, mais en plus réaliste. Pensez à O’ de TVA, pour la saga familiale, mais avec des budgets plus costauds.

C’est somptueux à l’écran, l’intrigue progresse rondement et l’auteure Julie Hivon (Alertes) saupoudre des indices qui nous font douter des intentions de chacun des protagonistes, même les plus loyaux, en apparence. Rien à voir avec La Maison Deschênes de TQS.

Radio-Canada relaie le premier épisode de Nuit blanche le lundi 13 septembre à 21 h et ça promet, si ce style exubérant ne vous rebute pas. Après deux épisodes bien compacts, on cherche la clé de l’énigme, entre deux coupes de champagne. Que cache donc la mort nébuleuse de Louise « Loulou » Hébert (France Castel), qui a rendu l’âme, presque seule dans son château, après avoir reçu un prix prestigieux ? Meurtre, accident, suicide, impossible de dissiper la brume.

Respirez par le nez, il ne s’agit pas d’un divulgâcheur. Le personnage pivot de Nuit blanche, la flamboyante Loulou Hébert, meurt très vite dans le récit. La disparition subite de Loulou forcera ses trois enfants d’âge adulte à enquêter sur les circonstances de sa mort et à fouiller dans son passé mouvementé et chargé, disons-le.

Mais ne sautons pas d’étapes. Loulou Hébert dirige aujourd’hui la société Nocturne, qui commercialise les parfums Nuit blanche et Nuit noire. Un gros succès à la Lise Watier. Sa fille cadette Marlène (Marilyse Bourke), impériale et perfectionniste, agit comme vice-présidente de l’entreprise. Sa fille aînée Charlotte (Valérie Blais) dirige un refuge pour femmes violentées, tandis que son fils Lucas (Jean-Philippe Perras), un acteur charmant, tente encore de percer aux États-Unis. Les trois s’entendent bien, jusqu’à la lecture du testament de leur célèbre maman, qui avait d’autres plans pour eux. Des plans imprévus qui grincent et qui bousculent, mettons.

Pour découvrir qui a fait quoi, il faut porter attention aux détails, en particulier les objets : des coupures de journaux d’époque, un briquet métallique engravé d’une citation de Che Guevara, une enveloppe brune arrivée de La Nouvelle-Orléans, la clé d’un coffre à souvenirs, une bague de fiançailles, un vieil agenda, un médaillon rond, une bouteille de scotch.

Nuit blanche se déploie sur deux époques distinctes. La première, en 2021. Et l’autre, en pleine crise d’Octobre 1970, où l’idéaliste Loulou Hébert, alors campée par Rose-Marie Perreault, fréquente le rebelle Vincent (Antoine Pilon) et se rapproche de son meilleur ami felquiste Bertrand (Simon Pigeon). C’est le chanteur Michel Rivard qui incarne le Bertrand de 2021.

D’ailleurs, la veille de sa mort, Loulou a renoué avec ce « vieil ami » Bertrand, avec qui elle avait coupé les ponts. Hum-hum. Ancienne révolutionnaire recyclée en femme d’affaires, Loulou a beaucoup de gens très proches d’elle, dont son homme de confiance Aidrian (Ron Lea), qui en sait plus que ce qu’il dit, de même que son protégé Simon (Iannicko N’Doua), un maître parfumeur – ou maître chanteur ? – ambitieux.

En incluant les deux périodes de l’histoire, Nuit blanche compte 31 premiers rôles. C’est une série touffue qui nous happe rapidement sans nous égarer dans ce beau monde bien habillé. C’est un bon divertissement, intelligent, qui s’assume pleinement tout en demeurant réaliste.

Oui, comme dans tout bon soap, des morts « ressusciteront » et des retours dans le passé jetteront un éclairage nouveau sur des éléments du présent. Mais c’est ça, un soap. Ça change les idées et ça nous procure de l’évasion à petit prix. Moins cher qu’un flacon de Nuit noire, en tout cas.

Passion immobilière, sans poussière

La chaîne Casa du Groupe TVA a mis en ondes une fascinante téléréalité immobilière et après quatre épisodes, j’en suis devenu accro. Ça s’appelle Numéros 1 et ça joue les mardis à 20 h 30. Ça se rattrape facilement en vidéo sur demande.

Champions des ventes dans leurs régions respectives, deux des courtiers « élites » de Numéros 1 sortent du lot, soit Christine Girouard et Mathieu Arseneault. La persévérante Christine a 29 ans, vit à Repentigny et salue ses propres pancartes quand elle les croise. Elle travaille beaucoup et se gâte beaucoup, notamment en achetant ses tailleurs sur mesure, avec ses initiales brodées au revers des vestons, bien sûr. Elle est super attachante.

C’est quand même Mathieu Arseneault, de Gatineau, qui remporte la palme du bling-bling. Il conduit une McLaren 600 LT orange brûlé frappée d’une plaque d’immatriculation « MATNO1 ».

Père de quatre enfants, Mathieu visite son barbier deux fois par semaine. Il conduit son propre hélicoptère pour visiter des maisons en région. Il porte des complets cintrés rose vif. Il possède aussi des motos et un camion Mercedes. Ses Ray-Ban ne le quittent jamais.

Malgré son extérieur clinquant, Mathieu semble avoir le cœur à la bonne place. Et il invente du nouveau vocabulaire. Dans l’épisode diffusé mardi, Mathieu a rappelé qu’une transaction est envisageable si le « vendeur est prêt à mettre un peu d’eau dans son verre ». Hon ! Peut-on déposer une offre d’achat sur cette expression ?

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