La Presse au Festival de Lanaudière

Nagano, le temps d’un concert

L’émotion était palpable tout au long du concert d’ouverture du Festival de Lanaudière, qui s’est déroulé vendredi soir dans son lieu de résidence, l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, à Joliette. Annoncé il y a à peine 10 jours, l’évènement était l’occasion pour Kent Nagano de diriger l’Orchestre symphonique de Montréal pour la première fois en public depuis plus d’un an et demi.

Rappelons que les adieux de celui qui a tenu les rênes de l’orchestre pendant près de 15 ans ont été entravés par la présente pandémie. Point de Deuxième symphonie de Mahler en juin 2020 pour les adieux à la Maison symphonique. Point de Virée classique à l’été 2020. Le chef qui a tant fait pour la métropole est parti par la petite porte.

L’institution a compensé par une série de trois concerts enregistrés sans public en mars dernier à la Maison symphonique. Initiative louable, mais on était loin du départ en majesté avec public.

À Joliette, le directeur artistique du festival, Renaud Loranger, a livré un vibrant hommage au chef émérite de l’OSM en début de soirée aux côtés de Xavier Roy, nouveau directeur général nommé l’an passé en pleine pandémie.

Le public a également offert une ovation bien sentie au maestro, autant à son arrivée sur scène qu’une fois le concert terminé. Les nouvelles règles sanitaires ont contribué à ce succès en permettant au site d’accueillir un nombre impressionnant de mélomanes. Les sièges étaient occupés à moitié (deux sièges vides entre chaque « couple » de spectateurs) et de nombreux festivaliers ont occupé la surface gazonnée, où des bulles avaient été délimitées au sol. La température idéale (légèrement nuageux, pas trop chaud) a été un autre atout appréciable.

En matière d’interprétation, les habitués du chef états-unien n’ont pas eu de surprise. Nagano propose une Quatrième de Mahler ciselée à l’extrême, mais qui manque parfois d’élan.

Cela est particulièrement apparent dans les deux premiers mouvements, où le musicien s’évertue à surligner chaque motif. Et comme il y en a à foison, on perd un peu la grande ligne.

On a l’impression d’un acteur qui détache constamment chaque syllabe. Ou d’un horloger qui s’émerveille devant chaque pièce d’un mécanisme sans nous montrer le produit final.

Violon à la rescousse

Ce côté viennois si caractéristique chez Mahler, ce Schmalz à la fois espiègle et enjôleur, nous ne l’entendons guère sous la baguette de Nagano. Heureusement que le violon solo Andrew Wan a réussi à imprimer un peu de « déhanché » dans le deuxième mouvement, qui risquait par moments de se dessouffler complètement.

Mais le chef a plus d’un tour dans son sac. Comme le troisième mouvement, marqué « tranquille », comporte moins de détails contrapuntiques que les deux premiers, Nagano a le loisir de se concentrer sur la magnifique mélodie, qu’il fait chanter dans un tempo assez lent. Le temps s’arrête soudain.

L’arrivée de la soprano Hélène Guilmette pour le mouvement final ne fait qu’augmenter notre plaisir. Son timbre limpide et son visage lumineux nous transportent en un tournemain dans la félicité du lied La vie céleste. Même les grillons se mettent de la partie pour célébrer la nature.

En début de concert, le Prélude à l’après-midi d’un faune, de Debussy, avait judicieusement mis la table, avec un sens aigu des alliages orchestraux et la flûte diaphane de Timothy Hutchins.

Le festival se poursuit ce week-end avec l’OSM sous la direction de Jacques Lacombe, samedi soir, et le Chœur de l’OSM, dimanche après-midi, dans un programme de musique française.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.