Paul Watson

Le pirate qui aimait les baleines

Il n’a jamais eu froid aux yeux. Plus qu’un trait de caractère, une méthode qu’il revendique depuis 43 ans. Eperonnages, traques effrénées : les bateaux de son ONG, Sea Shepherd, forment une véritable flotte de guerre. La retraite, Paul Watson, 70 ans, y pensera quand les braconniers des mers prendront la leur. Pour ce végétarien militant, seule la radicalité pourra sauver l’humanité.

Il a coulé des bateaux de trafiquants, détruit une pêcherie illégale en Norvège, sauvé des milliers de baleines. Pourtant, il en est un devant qui le pirate Paul Watson baisse pavillon. C’est un « tigre » de 1,10 mètre. En réalité, un gamin espiègle que ses parents, Paul Watson (70 ans) et Yana (39 ans), ont appelé « Tiger ». Ce bout de chou a compris que, si son capitaine de père ne cède jamais face aux autres, avec lui il passera sur tout.

On sourit en voyant l’imposant épaulard Watson, bourru et taiseux, devenir petite sardine en panique devant son fils de 4 ans, qui refuse de lui obéir et le défie. Les gènes, sans doute... Watson aimerait retrouver le regard intimidant qu’il arbore d’ordinaire, mais il n’y parvient pas. Alors, de guerre lasse, l’homme qui se bat parfois seul contre le monde entier, mais qui n’a jamais demandé l’aide de personne ni cédé au compromis, appelle à présent sa femme au secours. « Je suis plus rapide que toi ! » lui lance Tiger l’effronté en glissant sur le parquet, énergiquement emporté par Yana, sa mère kazakhe.

Watson, déjà père d’une fille de 40 ans et trois fois divorcé (y compris d’une ex-playmate), en a vu d’autres. Sur mer comme à terre. Mais une paternité à 65 ans fend les pierres les plus inébranlables. En regardant s’éloigner son petit poisson de 4 ans, ses yeux brillent et il préfère faire diversion en nous montrant sa carte de membre fondateur de Greenpeace, en 1971.

Amertume face à Greenpeace

Pas besoin de le titiller pour le lancer sur le sujet. Et de fustiger « ces staliniens » qui ont tenté de faire disparaître son statut de fondateur, et même son nom, de leur site officiel.

« Avec 360 millions de dollars de budget annuel, Greenpeace a trois bateaux quand, avec nos 12 millions de dollars, nous en avons quatorze ! Leur argent sert à payer des gens dans des bureaux. Le nôtre, à partir en mer pour sauver des animaux. Cherchez l’erreur. »

— Paul Watson

La cicatrice est toujours vive. Il y a quelques années, Greenpeace cherchait un nouveau directeur des opérations. Paul Watson a contacté anonymement le cabinet de recrutement chargé de sélectionner les candidats. Son CV a impressionné les recruteurs. « Ils ont commencé à tiquer sur mes prétentions salariales : “Je prendrai 1 euro symbolique”, leur ai-je répondu ! Je cochais toutes les cases mais je n’ai plus jamais entendu parler d’eux. Évidemment. »

Six ans après avoir fondé l’organisation internationale Greenpeace, il en était exclu par 11 voix contre 1, la sienne, pour s’être brutalement interposé entre un cachalot et un chalutier russe. « Tu es ingérable et tu commets des actes de violence, Paul ! C’est inqualifiable ! » « Je n’ai pas fait ça pour toi ni pour personne, avait répondu Watson. Seulement pour cet animal magnifique et intelligent. Amène-moi un cachalot qui s’en plaint et je reconsidérerai mon attitude. »

Lancement de la Sea Shepherd

Fort du précepte de Martin Luther King (« Un acte de violence ne peut être commis contre quelque chose de non sensible ; seulement contre un être vivant »), Paul Watson fonde la Sea Shepherd Conservation Society, en 1977, sur une certaine radicalité. « Êtes-vous prêt à risquer votre vie pour sauver une baleine ? » est la première question à laquelle un candidat doit répondre avant d’adhérer à son ONG. Le ton est donné. Il sera dans le combat. Dans la communication, aussi. D’où l’emblème du pirate qui « plaît aux enfants mais fait peur quand même », explique-t-il très sérieusement.

Il lance des opérations avec les stars sympathisantes. La première sera Brigitte Bardot, qui a offert à l’organisation un bateau qui porte son nom. En 1977, Paul Watson l’emmènera sur la banquise pour sensibiliser l’opinion mondiale au sort réservé aux bébés phoques. Carton médiatique mondial.

Depuis, avec sa centaine de volontaires financés par des milliers de donateurs (« On a un million de suiveurs sur Facebook, pour vous donner un ordre d’idées... »), il harcèle les égorgeurs de dauphins globicéphales (îles Féroé), pourchasse jusqu’en Chine les pirates soupçonnés de transporter des cargaisons illégales d’ailerons de requin (Espagne), tranche les lignes des filets industriels des flottes œuvrant dans des eaux protégées (Costa Rica). Et, bien sûr, rend fous les chalutiers japonais qui harponnent les baleines.

« Je crois bien que de mon vivant je verrai un monde où ces animaux incroyables pourront enfin vivre en paix. » Ce jour-là, Tiger pourra être fier de son père.

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