Danse

Portraits sur patins

Quatre adeptes de la danse sur patins nous parlent de leur passion et nous montrent quelques mouvements.

Downbeat Dan (Danielle Senecal)

C’est au cours d’un voyage à New York, il y a une vingtaine d’années, que l’agente de bord a (re)découvert le patin à roulettes. « À Central Park, j’ai vu deux danseurs qui roulaient. Ils faisaient partie d’un groupe qui s’appelle Central Park Dance Skaters, fondé dans les années 1980. Je me suis assise là pendant deux heures pour les regarder et j’ai tout de suite su que c’était pour moi », raconte Danielle.

« J’ai 57 ans, alors j’ai connu les années montréalaises de la Roulathèque, du Paladium, de Cezar Palace. Voir les gens à Central Park, ça m’a rappelé quand j’avais 20 ans. Le patin, ça rend heureux. Je trouve que c’est vraiment pour tout le monde, peu importe l’âge. »

Il y a 20 ans, les patins à roulettes n’avaient plus la cote. Danielle a dû magasiner sur eBay pour trouver sa première paire, d’occasion, qu’elle a tout de même payée 200 $. Aujourd’hui, les Riedell que portent la majorité des danseurs sur patins sérieux coûtent facilement entre 600 et 800 $.

Rapidement, le roller dance est devenu sa grande passion. Pendant un an, elle a fait l’aller-retour entre la métropole et la Grosse Pomme tous les week-ends.

« Et pendant 10 ans, tous les voyages que j’ai faits étaient pour apprendre à patiner. Chaque fois que je rencontrais une nouvelle personne du milieu, c’était une occasion d’apprendre de nouvelles choses. »

— Danielle Senecal

« Le plus important, c’est d’être sur le beat, de fusionner avec la musique, ajoute-t-elle. Après ça, tout est possible. »

La doyenne des patineurs du parc La Fontaine aime redonner, elle aussi. « Je partage par amour. J’aime tellement ça. La minute que je vois quelqu’un avec des patins, je lui offre mon aide. Je n’ai jamais payé pour apprendre et, comme j’ai un autre travail pour vivre, je n’enseigne pas pour l’argent. »

Bien qu’elle n’hésite pas à intégrer des mouvements glanés un peu partout au fil de ses voyages, Danielle reste fidèle à l’école new-yorkaise. « Une centaine de personnes qui patinent sur le même beat, ça génère une énergie incroyable. Je le fais aussi juste pour moi, avec ma musique dans les oreilles. Je vais sortir pendant trois heures pour travailler un move. C’est ma liberté, mon exercice, mon art et ma méditation. »

Kozmic (Chloé Seyrès)

Les patins de Chloé sont une extension de sa personne ! D’abord championne du monde de slalom freestyle (pas moins de quatre fois), elle est passée des roues alignées aux « quads » pour faire du roller derby dans l’équipe de France et à Montréal. Quand son corps rudement mis à l’épreuve en a eu assez des plaquages, elle s’est mise à la danse, pour son plus grand plaisir, mais aussi celui de ses spectateurs.

Kozmic hypnotise avec son style rapide, précis, athlétique. Les gens s’arrêtent dans les parcs pour la regarder. Déjà très solide et habile sur ses patins, elle dit avoir surtout appris dans la rue.

« Je n’ai jamais suivi de cours. On s’échange des tricks et on s’aide les uns les autres pour tous grandir. »

— Chloé Seyrès

Sur sa chaîne YouTube, Chloé présente de plus en plus de « tutoriels » depuis un an, pour permettre aux patineurs et patineuses de progresser à leur rythme et d’ajouter à leur répertoire de mouvements : shuffle, guillotine, downtown, transitions, etc. Pédagogue hors pair, elle décortique les mouvements pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Elle vient aussi de lancer son cours de groupe, le jeudi soir, au parc La Fontaine.

« Le patin, c’est la liberté, la liberté de mouvement, la liberté de créer, la liberté d’être moi, déclare celle qui gagne sa vie comme traductrice. Je suis reconnaissante d’avoir été happée par cette passion, qui m’a aidée dans toute ma construction et qui m’aide toujours à évoluer en tant que personne. »

Deluxe Rollerdaddy (Philippe Vanhalewyn)

Nous avons d’abord rencontré Philippe au parc Jarry. Son désir de transmettre sa passion à la petite bande de débutantes qui s’exerçaient sur la surface bien lisse de la patinoire de roller hockey était manifeste. Il n’était pas avare de conseils.

Depuis qu’il a lancé ses cours du mercredi soir et du dimanche après-midi, il y a un mois, il doit parfois refuser des gens, les restrictions limitant la pratique à huit personnes.

Philippe, alias Deluxe Rollerdaddy, fait de la danse sur patins depuis une vingtaine d’années. « Un jour, j’ai croisé une petite bande qui roulait au bord du canal de Lachine. Ça m’a tout de suite donné envie d’essayer. Puis j’ai rejoint la gang du parc La Fontaine, dont faisait partie Danielle, qui a ramené la danse de style new-yorkais à Montréal. »

« Il n’y avait rien à l’époque sur le patin. Pas d’Instagram ni de TikTok. On se passait des vidéos. Je regardais Richard Humphrey montrer des moves, par exemple. »

— Philippe Vanhalewyn

Le designer graphique de métier, qui a récemment troqué son écran pour un boulot dans une maison de retraite, constate que les gens qui s’accrochent au patin ont souvent un côté excentrique. « Les gens qui passent dans le parc et voient cette liberté s’exprimer, surtout par les temps qui courent, sont forcément curieux. »

Fairy Floss (Joanie Darveau)

En 2014, Joanie a trouvé une paire de patins à roulettes dans un placard de son nouvel appartement. Comme les anciens locataires ne les ont jamais réclamés, elle s’est décidée à les essayer. Depuis, elle a fait d’innombrables voyages pour se perfectionner.

Son passé de patineuse artistique (de 6 à 16 ans) et un amour de la danse ont donné une longueur d’avance à la femme de 36 ans.

« Je commençais aussi le burlesque à ce moment-là et j’ai fait mon premier numéro en patins à roulettes. Je ne savais même pas que le roller dance existait ! »

— Joanie Darveau

« C’est Philippe [Vanhalewyn], que j’ai croisé sur l’avenue du Mont-Royal, alors que j’avais mes patins sur l’épaule, qui m’a invitée au parc La Fontaine pour rencontrer d’autres patineurs », ajoute-t-elle.

Danielle Senecal l’a alors prise sous son aile. « Je suis allée à New York, à Amsterdam, à Barcelone, à San Francisco pour suivre des cours avec Richard Humphrey. Mon prochain objectif serait de rencontrer Bill Butler, à Atlanta, qui est vraiment LA légende. Mon personnage, Fairy Floss, est vraiment axé sur les années 1950, alors j’aimerais savoir comment les gens dansaient dans ces années-là. »

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