Télécoms

« Les prix sont élevés, c’est clair »

La nouvelle présidente du CRTC, Vicky Eatrides, révisera la décision controversée de mai 2021 sur les tarifs de l’internet de gros

À peine arrivée en poste, la nouvelle présidente du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), Vicky Eatrides, ne tourne pas autour du pot : la décision la plus controversée de son prédécesseur Ian Scott, qui a annulé en grande partie la baisse des tarifs de l’internet de gros en mai 2021, sera révisée.

« Pour l’internet, c’est clair que notre politique n’a pas l’effet qu’on cherchait sur les prix, tranche Mme Eatrides, en poste depuis le 5 janvier, dans une entrevue avec La Presse. On examine la politique, on va revenir bientôt là-dessus. »

Les comparaisons internationales ne mentent pas et la présidente du CRTC en prend bonne note : le Canada figure année après année parmi les trois pays où les coûts de l’internet et des services sans fil sont les plus élevés au monde, avec le Japon et les États-Unis. La décision de mai 2021 a frappé de plein fouet les fournisseurs indépendants d’accès à l’internet, dont au moins trois parmi les plus importants, EBOX, VMedia et Distributel, ont été rachetés depuis par Bell et Vidéotron.

Négociations suivies

Si le constat sur les prix élevés est clair pour l’internet, le sans-fil demande un peu plus d’analyse, estime Mme Eatrides. En octobre dernier, le CRTC a obligé les grands fournisseurs à entamer les négociations pour donner accès à leurs réseaux à de plus petites entreprises, les « exploitants de réseaux mobiles virtuels ». L’organisme fédéral n’a pas établi les tarifs de cet accès, mais a clairement annoncé qu’il souhaitait une concurrence accrue.

« On va demander des mises à jour sur les négociations, précise la présidente. On va continuer à poser des questions. On verra. »

Avocate de formation, originaire d’Ottawa et bilingue – l’entrevue s’est déroulée en français –, Vicky Eatrides a commencé sa carrière au sein du cabinet Stikeman Elliott en 2000. Elle a ensuite travaillé au Bureau de la concurrence pendant 14 ans, puis est devenue en 2019 sous-ministre adjointe à Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

« J’ai passé la moitié de ma carrière au Bureau de la concurrence », résume-t-elle.

« J’aime travailler dans des domaines où je peux promouvoir la concurrence, travailler à des résultats pour les Canadiens, comme des prix plus bas. »

— Vicky Eatrides, nouvelle présidente du CRTC

Recherche d’équilibre

Depuis au moins 2007, au gré des orientations des conservateurs puis des libéraux, le CRTC tente de naviguer entre deux pôles : la déréglementation censée permettre plus de profits et favoriser les investissements, et la concurrence qui réduit les prix pour les consommateurs. Avec son bagage professionnel, doit-on présumer que Mme Eatrides favorisera la seconde tendance ?

Sa réponse n’est pas catégorique. « Le CRTC est un tribunal administratif. On a besoin d’un équilibre entre la concurrence et le réinvestissement […] C’est un moment clé dans l’histoire du CRTC, nous sommes en phase de transformation. »

« J’ai vraiment hâte de travailler avec mes collègues commissaires et l’organisation pour promouvoir la concurrence, l’accessibilité et la culture canadienne. »

— Vicky Eatrides, nouvelle présidente du CRTC

Il est plutôt exceptionnel qu’un organisme administratif comme le CRTC fasse régulièrement les manchettes. Ses futures responsabilités dans le cadre des lois C-11 et C-18, qui visent en substance à réglementer les plateformes numériques et à forcer un partage de revenus avec les médias canadiens, devraient accentuer sa visibilité. Le CRTC a-t-il les moyens et les compétences pour assumer ses ambitions ? Après tout, l’ex-président Ian Scott avait lui-même souligné « un nombre suffisant d’erreurs de calcul » commises par son propre organisme pour justifier sa décision de mai 2019.

« On est presque 550 employés, répond Mme Eatrides. On verra s’il nous faut des ressources, des outils. S’il nous en faut, je vais le demander. »

Historiquement, on a généralement respecté un principe d’alternance entre anglophones et francophones à la tête du CRTC. Fin décembre, le Bloc québécois a dénoncé la nomination de Mme Eatrides, qui n’est pas « d’origine francophone », après les cinq années de mandat de Ian Scott, unilingue anglophone.

La principale intéressée ne semble pas trop s’en offusquer. « Je reconnais que les cultures francophone et anglophone sont différentes. Les marchés sont différents, les préférences sont différentes. J’ai hâte de travailler avec les collègues et les parties prenantes pour soutenir notre secteur culturel. »

Sa première visite hors d’Ottawa aura lieu au Québec « dans les prochaines semaines », annonce-t-elle.

77,3 millions

Dépenses prévues pour le CRTC pour l’exercice 2022-2023, en hausse de 11 % par rapport à 2019-2020. L’organisme a en outre des revenus de 60,1 millions.

Source : plan ministériel pour le CRTC 2022-2023

150

Nombre de décisions publiques rendues par le CRTC en 2022

Source : CRTC

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