L’éléphant dans la pièce du plan climatique fédéral

L’éditorial de Vincent Brousseau-Pouliot voit juste : Ottawa doit mettre ses culottes face aux pétrolières et imposer un plafond sur les émissions de l’industrie pétrolière, chose que le gouvernement Trudeau s’est engagé à faire. Toutefois, avec l’actuelle méthode de comptabilisation, rien n’indique qu’une tarification du carbone visant les activités de production pétrolière amènera une diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) causées par cette industrie.

À vrai dire, le Plan de réduction des émissions du Canada, présenté au printemps, nous confirme l’inverse ; on prévoit produire 1 400 000 barils de pétrole de plus par jour entre 2020 et 2030, soit une augmentation de 34 %. C’est l’équivalent de sept fois le projet pétrolier de Bay du Nord.

Ironiquement, le Canada clame qu’il réduira les émissions de GES de cette industrie de 42 % sur la même période.

Comment est-ce possible ? Le gouvernement a-t-il une solution miracle pour faire disparaître la pollution ?

Pas vraiment. Il effectue davantage une gymnastique intellectuelle afin d’arriver à un résultat qui lui plaît.

Exclure la majorité des GES issus du cycle de vie d’un baril

Effectivement, seule la production est calculée dans les émissions de GES sur le sol canadien, et elle ne représente que 15 % des émissions causées par un baril de pétrole. Les émissions de portée 3 (issues de la chaîne d’approvisionnement et consommées à l’étranger) représentent quant à elles 85 % des émissions de GES de cette industrie, et seront vraisemblablement omises du Plan.

Il est fréquemment mentionné que 26 % des GES émis en sol canadien proviennent de la production pétrolière.

Or, ne prendre en compte que cette statistique minimise l’impact réel de cette industrie : les émissions omises – celles de portée 3 – représentent 1,3 fois la totalité des GES canadiens. C’est énorme !

C’est cinq fois les émissions issues du transport au Canada.

Financer la capture du carbone

En excluant les GES de portée 3, et en finançant la capture du carbone, il est particulièrement facile de faire miroiter des diminutions rocambolesques alors qu’il y a, en vérité, une augmentation des GES émis.

Pour comprendre l’hypocrisie du plan du Canada, effectuons les calculs ensemble en utilisant ses données.

Cas d’application

Normalisons la pollution totale issue du pétrole en 2020 à 1000.

La pollution issue de la production, et donc celle émise sur le sol canadien, est de 150, ce qui représente 15 % de la pollution totale. De là, nous planifions réduire ce 150 de 42 %, ce qui nous amène à une réduction de 63 unités de pollution, une excellente nouvelle !

Mais, voyez-vous, il y a un « mais ». Le plan du Canada prévoit une augmentation de 34 % de la production, et puisque du pétrole consommé, ça pollue, une augmentation de la même ampleur se voit appliquée, ce qui nous amène à une pollution totale de 1277, soit une augmentation nette de 28 %.

Bref, le gouvernement doit réduire ses émissions de GES de 42 %, mais en vérité, il planifie une augmentation des émissions causées par nos activités d’une vingtaine de points de pourcentage.

Plafond sur les émissions

La plus grande faille du plan du Canada est d’omettre les émissions de GES de portée 3, soit la majorité des émissions dont les Canadiens sont responsables. Qu’importe la forme du prochain plafonnement sur les émissions, si les émissions de GES ne sont pas incluses, nous aurons une augmentation de la pollution causée par nos activités. Cela signifie davantage de projets du type Bay du Nord.

Or, il est possible d’inclure la totalité des émissions de GES causées par l’industrie pétrolière ; il suffit de créer un marché du carbone, comme au Québec, qui inclut toutes les émissions causées par cette industrie.

L’avantage de ce mécanisme est qu’il pourra assurer que l’industrie pétrolière canadienne contribue de moins en moins à la crise climatique, et non davantage, tel que le prévoit l’actuel plan.

Avec un plafond sur toutes les émissions, si une plus grande quantité de pétrole est produite, elle n’amènerait pas davantage de pollution. En fait, pour avoir un baril de plus il faudrait diminuer la pollution d’une quantité au moins équivalente avec un assainissement des technologies de production, ou encore avec la capture du carbone.

En d’autres mots, l’industrie du pétrole financerait la recherche et le développement de la transition énergétique, car elle bénéficierait de ces technologies plus sobres en carbone.

Pour reprendre les mots du secrétaire général des Nations unies, M. António Guterres : « Les véritables dangereux radicaux, ce sont les pays qui augmentent la production de combustibles fossiles »… tel le Canada.

Seule l’inclusion des émissions de GES de portée 3 dans le prochain plan de réduction de l’industrie pétrolière peut permettre d’assainir réellement cette industrie.

Relisez l’éditorial « Climat : Ottawa doit mettre ses culottes devant les pétrolières »

Consultez le Plan de réduction des émissions pour 2030

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