Mitch Garber

Le justicier de Twitter

Il écorche publiquement Pierre Poilievre, comme Jean-François Lisée ou Pierre Karl Péladeau. Il est multimillionnaire, investit surtout à l’étranger, mais se dit heureux de vivre à Montréal et de payer une montagne d’impôts au Québec.

Qui est cette drôle de bibitte ? Il s’agit de Mitch Garber, cet Anglo-Québécois hors norme, qui multiplie les commentaires cinglants sur Twitter, où il compte 43 600 abonnés. L’homme d’affaires est devenu très populaire auprès des francophones après son passage à l’émission Dans l’œil du dragon, entre 2015 et 2017.

Je rencontre Mitch Garber dans ses bureaux décontractés de la rue Stanley, près de Sherbrooke, au centre-ville de Montréal. Mitch Garber m’accueille dans la grande pièce adjacente à son bureau, que domine un bar à café digne des beaux bistros de Montréal.

Le sujet de prédilection : son utilisation boulimique de Twitter, à l’ère où ce réseau social est vivement critiqué depuis sa mainmise par le milliardaire libertarien Elon Musk. Il adore le média, notamment parce qu’il ne peut pas « être mal cité », dit-il.

Jour après jour, Mitch Garber relève les incohérences des tweets diffusés par des personnalités, notamment politiques. Ou encore, il exprime son désaccord, tout simplement, souvent sur un ton « baveux ».

Sur Guy Nantel, le 28 octobre :

« Guy Nantel, qui a la peau très fine et bloque tout le monde, devrait comprendre que personne ne remet en cause son droit à la liberté d’expression. Nous sommes libres de souligner que les blagues sur l’autisme et les comparaisons Massé/Hitler sont sans classe, dépassées et offensantes. »

En réponse à Sophie Durocher, le 27 octobre, qui défendait Guy Nantel :

« Pourquoi tout le monde est si excité ? C’est pas comme s’il avait dit bonjour/hi ! Ce qui génère un mois d’indignation au Journal. Il s’est seulement moqué de l’autisme et a comparé Manon Massé à Hitler. Oubliez ça. »

Sur Pierre Poilievre, qui a affirmé le 23 octobre que le gouvernement Trudeau veut tripler la taxe carbone sur la facture de chauffage : « Les journalistes peuvent-ils lui demander de nous montrer comment cela fonctionnera, en utilisant une facture de chauffage réelle. Ou est-ce qu’on le laisse dire des bêtises ? »

Voyez le genre ? Mitch Garber est provocateur, loin de la langue de bois des politiciens.

Au cours de notre rencontre, le 1er novembre, il envisageait de modérer ses interventions depuis sa récente investiture à l’Ordre du Canada, d’être moins incisif, mais force est de constater qu’il n’a pu s’en empêcher.

« Je mets au défi les politiciens de ne pas faire comme les Américains, de ne pas dire des choses fausses. Les républicains américains savent très bien que l’élection de Biden a été “fair”, mais ils font croire à une fraude pour s’attirer des votes. »

— Mitch Garber

À ce sujet, Mitch Garber juge que Paul St-Pierre Plamondon, du Parti québécois, et Éric Duhaime, du Parti conservateur, ne tordent pas les faits, même s’ils ne font pas partie de sa famille politique naturelle.

Ses tweets cinglants ne nuisent pas à ses affaires, assure-t-il. Or, des affaires, il en brasse beaucoup.

L’entrepreneur est actionnaire important d’une douzaine d’entreprises, en plus d’avoir des participations dans 23 autres et des intérêts dans 25 fonds d’investissement, la plupart hors Canada.

Il siège aussi au conseil d’administration de sept entreprises, en plus d’être membre du comité de direction du Kraken de Seattle, cette nouvelle équipe de la LNH établie dans l’Ouest américain, dont il est actionnaire.

Il prend des participations dans des entreprises qui ont besoin d’un revirement. « Ça m’excite d’être dans des entreprises, j’adore ça. C’est ma drogue », dit l’avocat de formation.

Mitch Garber a frappé l’un de ses coups de circuit financiers en 2016 quand la firme de jeux mobiles Playtika a été vendue. Il a alors réalisé un gain de près de 300 millions et ne s’est pas gêné pour dire publiquement avoir payé 100 millions de dollars d’impôts ici et d’en être satisfait.

« Je comprends les hommes d’affaires des grandes entreprises de ne pas parler. Mais ce n’est pas la même chose pour moi, qui ne suis pas PDG, n’ai pas d’actionnaires boursiers, n’ai pas besoin de l’aide des gouvernements ni de Québecor. »

— Mitch Garber

N’envisage-t-il pas de quitter Twitter, vu l’arrivée d’Elon Musk à sa tête ?

« C’est une raison de plus de rester sur Twitter. Il y a de la place pour des opinions qui défont les faussetés et les faits alternatifs et agressifs. [...] J’espère qu’on peut ralentir la vague, qui est allée tellement à droite aux États-Unis », me dit Mitch Garber, qui a horreur des comptes anonymes sur Twitter, qui minent la crédibilité du réseau, selon lui.

Le polémiste se dit contre la loi 21 sur la laïcité de l’État et contre la loi 96 sur le français, et il ne se gêne pas pour en dénoncer les aspects qu’il juge dérangeants sur Twitter.

En parallèle, il a trouvé choquants les propos du PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, qui a affirmé l’an dernier pouvoir bien vivre à Montréal sans parler le français. « Il m’a fait honte », dit-il.

Né à Montréal de parents nés à Montréal, Mitch Garber se définit d’abord à l’étranger comme venant de Montréal, puis comme Canadien, bien qu’il se dise fier de vivre au Québec.

« Je suis juif, j’ai déjà habité en Israël et je parle hébreu », ajoute-t-il pour illustrer son caractère multiculturel. Il pratique peu sa religion, est marié à une francophone catholique non pratiquante et ses enfants célèbrent les principales fêtes catholiques et juives (Noël, Yom Kippour, etc.).

À voir ses positions, Mitch Garber est de toute évidence un libéral et un fédéraliste. Il ne le nie pas, bien qu’il ait déjà voté pour le Parti conservateur sous Brian Mulroney. « Demain, je vote à 1000 % pour Trudeau-Freeland-Champagne par rapport à Poilievre », dit-il.

Ne souhaite-t-il pas briguer la tête du PLQ, libérée par Dominique Anglade ? « Non, je ne suis pas assez passionné pour faire de la politique et j’ai une vie bien plus libre », me répond-il.

Mitch Garber affirme qu’il a souvent été contacté par des partis au provincial comme au fédéral, qu’il y avait des portes ouvertes pour lui au PLQ aux dernières élections, et même à la CAQ il y a quelques années, mais qu’il a toujours refusé.

Avant la fin de l’entrevue, il veut me parler de son engagement caritatif. Ces dernières années, il dit avoir participé à la collecte de 200 millions de dollars pour des organismes charitables du Québec – notamment comme ex-président de Centraide –, en plus de 130 millions pour la Fédération CJA, dont la mission est de « maintenir et renforcer la qualité de vie et l’engagement juifs à Montréal, en Israël et dans le monde ».

« Le système capitaliste est le moins mauvais au monde, dit-il, et il est plus social au Québec et au Canada. Je n’ai pas volé mon argent, mais il faut redonner pour être équitable, car les impôts ne sont pas suffisants. »

On peut être en désaccord avec les opinions de Mitch Garber, mais on ne peut lui reprocher d’être amorphe et adepte des faits alternatifs. Exactement le genre que devrait chérir Elon Musk.

Questionnaire sans filtre

Le café et moi : On a une relation très prévisible et très fiable.

Le matin typique : Se lever tôt, lire tous les journaux et les manchettes, prendre un smoothie, un café, promener le chien, aller au gym et se rendre au bureau.

Les personnes que j’aimerais réunir à ma table, mortes ou vivantes : Muhammad Ali, Terry Fox, Steve Jobs.

Mes livres préférés : Start-Up Nation, de Dan Senor et Saul Singer, tous les livres de Malcolm Gladwell, Red Notice, de Bill Browder, Liar’s Poker et Moneyball, de Michael Lewis.

Qui est Mitch Garber ?

• Né en 1964 à Montréal, Mitch Garber est père de deux enfants et réside à Montréal.

• Il est titulaire d’un bac ès arts de l’Université McGill (1986) ainsi que d’un grade en droit (1989) et d’un doctorat honorifique (2017) de l’Université d’Ottawa.

• Il a été nommé Membre de l’Ordre du Canada en 2019, dont l’investiture a eu lieu en octobre 2022.

• Il est actionnaire important d’une douzaine d’entreprises, en plus d’avoir des participations dans 23 autres et des intérêts dans 25 fonds d’investissement, la plupart hors Canada.

• Il est membre du comité de direction et actionnaire minoritaire du Kraken de Seattle, de la LNH.

• Il est l’ex-président du conseil d’administration du Cirque du Soleil et était jusqu’à récemment président du conseil d’administration d’Investir au Canada, agence responsable de l’investissement étranger au pays.

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