Gojira

Poids lourd français du métal

Gojira s’impose depuis 20 ans dans l’univers métal avec plusieurs albums qui ont marqué le genre, dont Magma, qui a valu au quatuor français deux sélections aux Grammy en 2017, dont celle du meilleur album rock de l’année. Au lendemain du lancement du très attendu Fortitude, La Presse s’est entretenue avec Joe Duplantier, leader du poids lourd français du métal.

Encensé par la critique spécialisée et salué par un public de plus en plus vaste, Magma s’est vendu à plus de 400 000 exemplaires dans le monde, marquant un véritable jalon dans la carrière du groupe originaire des Landes, dans le sud-ouest de la France.

Le genre de succès qui peut tout naturellement peser sur les épaules des créateurs quand vient le temps de lui donner une suite. « Oui, on a senti de la pression, mais ça ne nous a pas affectés, nous confie Joe Duplantier. On arrive à recycler cette pression en quelque chose de positif. Au fond, ce que l’on cherche, c’est chaque fois de composer le meilleur morceau de l’univers ! On n’y arrive pas, bien sûr, mais c’est ce qu’on vise ! »

Aussi bien le dire tout de suite, Fortitude est un disque remarquable, un formidable pont entre le métal et le rock. Certes, on s’éloigne du death métal technique qui caractérisait le Gojira de l’époque de From Mars to Sirius, mais on a néanmoins affaire à des musiciens virtuoses en pleine possession de leurs moyens. « On s’amuse, on expérimente, nous dit le guitariste de 44 ans. J’avais 18 ans quand j’ai commencé, je n’ai plus les mêmes envies. Je l’ai déjà fait, le métal qui tourne et qui va vite. Et les gens qui nous écoutaient au début ont vieilli au même rythme que nous. La nouvelle génération, ça a l’air de lui plaire aussi, ça va bien. Au fond, si tu es à l’écoute de comment tu respires artistiquement, tu vas faire plaisir aux gens. »

« Faire quelque chose de vrai »

Joe Duplantier est particulièrement fier de la pièce The Chant, certainement la plus accessible jamais composée par Gojira.

« The Chant, c’est un peu mon champion, cette chanson a certainement le potentiel de nous amener à nous développer, reconnaît-il. Mais il n’y a pas forcément d’urgence ; on fait de l’art, on n’est pas des marchands de musique. J’ai d’ailleurs l’impression que l’on a profité du fait que la culture est en partie subventionnée en France, ce qui encourage les gens à explorer. On est donc soucieux de faire quelque chose de vrai, on ne ressent pas le besoin de cartonner. »

Pas plus que ce n’est essentiel de tenter de faire du neuf à tout prix – qu’on se rassure, Mario Duplantier s’en donne encore à cœur joie avec d’incroyables blast beats, il ne faudrait surtout pas mettre de bride à l’un des meilleurs batteurs de la planète métal.

« Je ne pense pas qu’il y ait un besoin de se réinventer à tout prix, affirme son frère Joe. Un cuisinier a sa base, il sait comment cuire ses aliments, il sait quelles épices ajouter. On a donc une palette de trucs qui nous plaisent, on ajoute ensuite quelques astuces et sons. »

Pour Fortitude, Duplantier s’est amusé à explorer l’utilisation des chœurs, qui sont en effet plus que jamais mis de l’avant. « Il y en avait sur nos albums précédents, mais ils étaient enfouis dans le mix, explique-t-il. Et je tiens à les faire moi-même ; juste en écoutant mon cœur, je fais de beaux chœurs ! En spectacle, ce seront les fans qui s’en occuperont ! » Les amateurs d’ici devraient avoir la chance de chanter bientôt avec Joe Duplantier, car Gojira doit partager l’affiche avec Deftones à la Place Bell de Laval le 20 août prochain.

Approche organique

Bien que les gars de Gojira aient apprécié la pause forcée par la pandémie pour passer du temps en famille, ils ont hâte d’étrenner les nouvelles chansons devant public, d’autant que l’approche retenue en studio est particulièrement appropriée pour la scène.

« Je voulais une approche beaucoup plus organique pour cet album, nous confie Joe Duplantier, très généreux de son temps. Pour mes guitares, j’ai utilisé deux têtes d’ampli différentes selon les chansons, sans aucun traitement sonore en postprod. Notre réalisateur Andy Wallace [Nirvana, System of a Down, Rage Against the Machine] n’a pas eu à façonner le son ou nous donner une direction. J’ai beaucoup aimé cette appréciation de l’instant présent. Tout ça amène une dynamique, une chaleur, c’est simplement la somme de tous les instruments qui passent dans une grosse console. »

Finalement, chaque instrument trouve sa place avec distinction, tout comme la voix de Joe Duplantier, qui signe un texte toujours percutant, mais aussi foncièrement positif. « Dans un monde incertain, chaotique, je choisis l’optimisme par défaut », nous dit le musicien français, qui affirme que le métal peut justement être un excellent véhicule pour un message engagé. « Quand tu écoutes du métal, il y a quelque chose qui se passe du côté de l’urgence, illustre-t-il. Avec l’aspect dangereux, survolté, du métal, il y a lieu de se demander pourquoi on chante comme ça ! C’est certainement parce qu’on a quelque chose à dire ! »

Amazonia

Gojira n’a pas seulement quelque chose à dire, il agit. À l’occasion de la sortie de son deuxième extrait, Amazonia, le groupe français a lancé une campagne de financement sur la plateforme Propeller pour venir en aide aux Premières Nations de la forêt amazonienne, victimes directes de la déforestation sauvage qui s’est accélérée au Brésil sous le règne de Jair Bolsonaro. « The greatest miracle is burning to the ground » – le plus beau miracle est en train de brûler : le message chanté par Joe Duplantier est sans équivoque, mais il a aussi décidé de lancer un appel à la solidarité auprès de ses collègues métalleux. C’est ainsi que des instruments ou accessoires ayant appartenus à Robert Trujillo, de Metallica, à Justin Chancellor, de Tool, à Randy Blythe, de Lamb of God, ou même à Slash se sont retrouvés aux enchères pour aider The Articulation of Indigenous Peoples of Brazil, organisation qui regroupe toutes les instances régionales autochtones du Brésil. Au moment d’écrire ces lignes, près de 260 000 $ avaient été récoltés alors que plusieurs enchères n’étaient pas encore closes. « Bolsonaro veut faire un max de pognon avec l’agriculture et l’or, mais il saccage quelque chose d’ultra-précieux, s’insurge Joe Duplantier. Notre initiative est peut-être une goutte d’eau dans l’océan, mais ça fait du bien. Tout le monde a répondu de façon exemplaire et on a déjà récolté suffisamment d’argent pour construire plusieurs maisons de guérison, entre autres. »

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