Éducation à la sexualité

Un droit bafoué encore et encore

L’éducation à la sexualité est un « droit bafoué » chez les jeunes du Québec, avait dénoncé, il y a trois ans, une coalition regroupant un grand nombre d’organismes communautaires œuvrant dans ce domaine. Hélas, rien ne semble aujourd’hui avoir changé.

Le mois dernier, on rapportait dans nos pages que les adolescents du Québec sont encore trop nombreux à « n’avoir à peu près pas eu d’éducation sexuelle à l’école » à la sortie du secondaire.

L’offre est encore à géométrie variable. Et c’est déplorable.

Lisez notre article « L’éducation sexuelle, parent pauvre du programme scolaire »

Bien sûr, la pandémie a contribué à la fragiliser, cette offre. On n’avait pas encore surmonté, partout dans le réseau, les difficultés inhérentes à l’implantation d’un tel contenu. La crise sanitaire a été un obstacle de plus.

Souvenons-nous toutefois que le premier projet pilote dans ce dossier a été lancé en 2015… Cela fait déjà sept ans ! Va-t-on devoir attendre encore longtemps avant d’enfin pouvoir dire qu’on offre à nos jeunes des connaissances aussi fondamentales que ce qu’ils apprennent dans leurs cours de français ou de mathématiques ?

Ce serait inacceptable.

Précisons ici que nos élus ne se tournent pas les pouces. L’an dernier, le gouvernement caquiste a officialisé la disparition du cours Éthique et culture religieuse. Ce dernier sera remplacé par un cours de Culture et citoyenneté québécoise, qui doit inclure l’éducation à la sexualité.

Offrir à l’éducation à la sexualité une véritable place dans la grille-matières est un changement majeur, dont l’impact ne doit pas être sous-estimé.

Pour rappel : en 2018, Québec a ajouté de 5 à 15 heures de cours d’éducation à la sexualité dans les écoles du Québec. D’emblée, tout le monde a applaudi. Mais rapidement, les enseignants ont dit avoir du mal à trouver où intégrer ces nouvelles notions dans un horaire qui débordait déjà.

Avec un cours spécifique et un enseignant attitré, on en revient en quelque sorte à l’époque du cours de Formation personnelle et sociale (FPS), disparu dans les années 2000. Il s’agit par conséquent d’un net progrès.

Mais attention. Les experts dans ce domaine mettent en garde ceux qui oseraient croire qu’il s’agit d’une solution miracle. Le diable est dans les détails. Et le ministère de l’Éducation, qui travaille actuellement sur la teneur du contenu du cours de Culture et citoyenneté québécoise, aurait tout avantage à ne pas l’oublier.

Si les notions d’éducation à la sexualité ont trop souvent pris le bord au cours des dernières années, ce n’est pas seulement à cause de la pandémie, nous dit-on. C’est aussi parce qu’il y a encore des malaises chez des enseignants qui en sont responsables.

Ceux-ci réclament, par-dessus tout, davantage de soutien. Ce ne sont pas tous les enseignants qui se sentent outillés et prêts à intervenir adéquatement s’ils sont interpellés par leurs élèves sur des questions comme celles qui touchent les violences sexuelles, par exemple.

Plusieurs intervenants spécialisés prêtent déjà main-forte aux établissements d’enseignement. Ils sont prêts à en faire davantage.

Ils se demandent toutefois si les ressources seront au rendez-vous.

La coalition ÉduSex, qui regroupe une centaine de membres – dont une majorité d’organismes communautaires –, estime que Québec injecte moins de 5 $ par élève chaque année « pour permettre aux écoles de dispenser les cours d’éducation à la sexualité » et que c’est insuffisant.

Découvrez les revendications de la coalition ÉduSex

Certains se questionnent aussi sur la formation qui sera offerte aux futurs enseignants du cours Culture et citoyenneté québécoise et sur la teneur des notions d’éducation à la sexualité qu’ils auront à aborder avec leurs élèves. Le contenu de la formation offerte ces dernières années avait reçu l’aval de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec, mais le passé n’est pas garant de l’avenir.

Rappelons en terminant que l’annonce du cours Culture et citoyenneté québécoise, l’an dernier, avait pris la forme d’un coup de marketing politique. Tant d’enthousiasme était prématuré. Vous nous permettrez de juger l’arbre à ses fruits, notamment en ce qui concerne l’éducation à la sexualité.

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