Le Portefeuille fictif de La Presse 2021

embellie à l’horizon

Après une fin d’année 2020 très forte en Bourse, et le regain d’optimisme économique suscité par l’arrivée des vaccins contre la COVID-19, que réserve le début d’année 2021 aux investisseurs ? Tour d’horizon avec les experts du Portefeuille fictif de La Presse.

UN DOSSIER DE MARTIN VALLIÈRES

Portefeuille fictif La Presse 2021

espoirs d’une fin de pandémie

Chaque trimestre, La Presse demande à quatre experts d’analyser la conjoncture pour faire fructifier un portefeuille fictif d’un capital initial de 100 000 $, et donc à la portée de la plupart des investisseurs. Dans ce premier rendez-vous en 2021, ces experts reviennent brièvement sur le quatrième trimestre 2020 sur les marchés d’investissement.

Aussi, ils calibrent leur répartition d’actifs individuelle pour le premier trimestre de 2021 en fonction d’un portefeuille équilibré de référence. C’est-à-dire établi à 60 % en actions et 40 % en obligations et encaisse, avec des écarts de répartition limités à 10 % en plus ou en moins.

Quel constat du quatrième trimestre 2020 ?

Candice Bangsund Vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition d’actifs globale, Fiera Capital

« Les marchés financiers ont terminé une année tumultueuse sur une bonne note, alors que les principaux indices boursiers ont atteint ou franchi des sommets historiques au quatrième trimestre.

« D’une part, l’ampleur des mesures monétaires [des banques centrales] et budgétaires [des gouvernements] s’est avérée déterminante pour soutenir la relance de l’économie et maintenir le sentiment des investisseurs alors que le coronavirus continuait de proliférer dans le monde.

« D’autre part, le dévoilement des résultats d’efficacité positifs des nouveaux vaccins contre la COVID-19 a suscité un rebond d’optimisme parmi les investisseurs boursiers en fin d’année, leur permettant d’entrevoir la fin de la pandémie au-delà des tendances virales encore inquiétantes à court terme. »

Michel Doucet Vice-président, stratège d’investissement et gestionnaire de portefeuille, Desjardins Gestion de patrimoine

« Le quatrième trimestre sur les marchés financiers a été marqué par le regain d’optimisme suscité par l’arrivée plus rapide que prévu des nouveaux vaccins, qui a rouvert la voie vers le retour d’une certaine normalité socioéconomique au cours des prochains mois. En conséquence, la fin d’année s’est avérée très profitable en Bourse ; les principaux indices nationaux et internationaux affichant des gains variant de presque 9 % pour le TSX au Canada jusqu’à 14 % pour l’indice MSCI des marchés émergents.

« C’est ce qui a fait en sorte que le rendement annualisé d’un portefeuille équilibré [comme le portefeuille de référence à La Presse] frôle les 10 %, ce qui est remarquable au terme d’une année de “mer démontée” dans les marchés financiers et l’économie mondiale. Ça démontre la pertinence pour les investisseurs moyens de garder le cap malgré les tempêtes sur leurs objectifs de rendement à moyen et à long terme, ainsi que l’évolution de leur niveau de tolérance au risque. »

Martin Lefebvre Chef des placements et stratège, Banque Nationale

« La fin d’année 2020 en Bourse s’est avérée bien meilleure que ce à quoi on pouvait s’attendre après la débâcle du printemps dernier, encouragée par de bonnes nouvelles. On a vu durant le quatrième trimestre que les secteurs délaissés en Bourse tentaient maintenant de reprendre le terrain perdu, avec le retour en vogue de certains styles de gestion – de type “valeur” – qui ont habituellement plus de traction en début de cycle économique.

« Je remarque que les petites capitalisations ont très bien fait durant le quatrième trimestre et ont rattrapé un peu de leur retard par rapport aux grandes capitalisations, notamment dans les secteurs technologiques, qui ont maintenu leur avance. »

Hugo Ste-Marie Directeur en stratégie de portefeuille et analyse quantitative, Banque Scotia Marchés mondiaux

« La fin d’année 2020 s’est avérée très positive pour la plupart de catégories d’actifs dans les marchés d’investissement, aux États-Unis d’abord, mais aussi un peu partout dans le monde. À preuve, l’indice boursier MSCI mondial a gagné 14 % durant le quatrième trimestre, mesuré en dollars américains. 

« L’arrivée hâtive des vaccins contre la COVID a atténué le niveau d’incertitude qui persistait parmi les investisseurs boursiers quant aux perspectives de redressement de l’économie et de rehaussement des résultats d’entreprises au cours des prochains trimestres. »

Quelles perspectives pour la suite ?

Candice Bangsund Vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition d’actifs globale, Fiera Capital

« Les perspectives économiques mondiales se sont considérablement améliorées. Bien que cette reprise demeure un peu timide, elle n’est plus à risque de dérailler et devrait presque certainement s’accélérer en cours d’année. Au fur et à mesure que les populations se feront vacciner, et que rouvriront de plus grands secteurs de l’économie, je m’attends à un fort regain de confiance parmi les consommateurs et les dirigeants d’entreprises. Ce rebond devrait redynamiser les dépenses de consommation et le niveau d’activité des entreprises afin de combler une demande refoulée depuis des mois, d’autant plus que les niveaux d’épargne sont devenus très élevés.

« Parmi les entreprises, alors que le secteur industriel a montré une bonne résilience face à la pandémie, la reprise tant attendue de l’important secteur des services devrait accélérer le regain de toute l’économie au fil des prochains trimestres. »

Michel Doucet Vice-président, stratège d’investissement et gestionnaire de portefeuille, Desjardins Gestion de patrimoine

« Le principal facteur à surveiller d’un point de vue d’investisseur boursier est la bonne continuité de la vaccination dans les principales économies du monde, en particulier en Amérique du Nord et en Europe. Cette bonne continuité est déterminante pour la sévérité et la durée des mesures de reconfinement temporaires. Mais aussi pour la rapidité du regain de confiance parmi les consommateurs et les dirigeants d’entreprises afin de “relancer la machine” des dépenses et des investissements. Cette relance pourrait ensuite accélérer le redressement des résultats des entreprises, et consolider d’autant le sentiment haussier dans les marchés boursiers.

« À plus court terme, je m’attends à des moments d’hésitation durant les premiers mois de 2021. Si elles s’avèrent, ces “trous d’air” en Bourse seraient des occasions d’effectuer des ajustements de vente ou d’achat de titres en portefeuille afin de bien se positionner pour la suite de la tendance haussière. »

Martin Lefebvre Chef des placements et stratège, Banque Nationale

« Les investisseurs boursiers demeurent optimistes en dépit des mesures de reconfinement imposées en Europe et au Canada, notamment. Pour deux raisons principales : d’une part, l’impact économique de ces mesures temporaires s’annonce moindre qu’au printemps dernier ; d’autre part, les États-Unis ne semblent pas vouloir aller dans cette direction d’un reconfinement, de crainte de nuire davantage à la reprise de l’économie.

« Par ailleurs, face à la déprime persistante des taux obligataires, les investisseurs continueront de préférer les placements en actions qui, en dépit de valorisation considérée comme élevée dans certains secteurs, continuent d’offrir un rendement en dividende supérieur aux taux obligataires.

« Dans ce contexte, après l’important rattrapage des pertes subies en début de 2020, je m’attends à une continuité de bon rendement en Bourse au cours de 2021, de l’ordre de 5 à 10 % sur l’année. Entre-temps, je m’attends à un peu de volatilité au cours des premiers mois de 2021, au fur et à mesure que les investisseurs ajusteront leurs priorités et leurs attentes selon l’évolution des principaux indicateurs du redressement de l’économie. »

Hugo Ste-Marie Directeur en stratégie de portefeuille et analyse quantitative, Banque Scotia Marchés mondiaux

« Je considère que les étoiles continuent de s’aligner en faveur d’une performance boursière qui pourrait être relativement bonne en 2021. Considérant le taux d’épargne redevenu élevé dans les ménages, ainsi que le niveau de liquidités chez les entreprises et dans les portefeuilles d’investisseurs, les marchés financiers pourraient être surpris positivement par l’ampleur de la relance des dépenses des consommateurs et des entreprises au cours des prochains mois.

« Quand on y ajoute la continuité des mesures fiscales et monétaires d’aide à l’économie, tout ça augure une conjoncture favorable à un rebond rapide des résultats des entreprises, et donc des perspectives encourageantes pour les marchés boursiers.

« Les perspectives se dégradent dans le marché des obligations gouvernementales à faible taux. Leur valeur pourrait souffrir des pressions haussières sur les taux d’intérêt qui pourraient se manifester dans quelques trimestres. »

Où en est votre répartition d’actifs ?

Candice Bangsund Vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition d’actifs globale, Fiera Capital

« Nous entrons dans un cycle de croissance supérieure à la moyenne alors que les liquidités abondent dans les portefeuilles des investisseurs, ce qui augure une tendance haussière en Bourse. Entre-temps, les rendements obligataires sont à un creux, les anticipations d’inflation sont à la hausse, le dollar américain s’affaiblit et le prix des matières premières augmente. Dans cette conjoncture de relance, il est probable que les principaux indices boursiers atteindront de nouveaux sommets, d’où ma surpondération en actions pour amorcer l’année 2021.

« Après une reprise boursière en 2020 dominée par les titres de croissance, les technologies en particulier, je m’attends à un élargissement des gains en Bourse en 2021.

« En fait, la relance économique plus évidente d’un point de vue d’investisseurs pourrait favoriser les secteurs sous-évalués comme les sociétés financières et les producteurs de matières premières. Et parce que ces secteurs sont moins représentés dans la Bourse américaine, je prévois un meilleur rendement sur les marchés qui y sont davantage exposés, comme la Bourse canadienne. »

Michel Doucet Vice-président, stratège d’investissement et gestionnaire de portefeuille, Desjardins Gestion de patrimoine

« Je considère que le marché des actions recèle un meilleur potentiel de rendement que le marché des titres obligataires. Par conséquent, je maintiens ma surpondération en actions [à 70 %] par rapport au portefeuille équilibré de référence [à 60 %].

« Dans cette portion en actions, je maintiens ma surpondération en actions américaines [à 35 %]. En dépit de sa forte performance en fin d’année 2020, je considère que la Bourse américaine a encore le plus à offrir aux investisseurs par rapport aux hésitations et aux déceptions récurrentes sur les marchés canadien et européens.

« J’enlève un point de pourcentage à ma répartition en actions canadiennes [à 14 %] pour l’ajouter à ma répartition en actions des marchés émergents [à 12 %]. Je considère que les marchés émergents sont en première ligne pour profiter de la demande de matières premières et de biens manufacturés qui découlera de la résurgence des dépenses de consommation et des investissements d’entreprises dans les économies développées, avec l’atténuation de la pandémie. »

Martin Lefebvre Chef des placements et stratège, Banque Nationale

« Alors que l’économie reprend du mieux après le choc de la pandémie, je considère que les placements en actions continuent d’offrir un meilleur potentiel de rendement que les placements en obligations, où les taux demeurent très bas. Par conséquent, je rehausse de deux points de pourcentage [à 67 %] ma répartition totale en actions tout en réduisant de deux points ma répartition d’encaisse [à 3 %].

« Dans ma répartition en actions, j’atténue la proportion en actions américaines [à 20 %] après un long épisode de surperformance mené par les titres de croissance. En contrepartie, je rehausse d’un point la proportion en actions canadiennes [à 19 %] et en actions internationales [EAEO, à 16 %], dans l’anticipation d’un rendement avantagé par le retour en vogue des titres de valeur traditionnelle dans les secteurs cycliques.

« Aussi, j’accentue ma surpondération en actions des marchés émergents [à 12 %]. Parce que ces marchés en Asie sont sortis de la crise économique de pandémie. Et parce que les marchés émergents sont en meilleure position pour profiter de la reprise des dépenses de consommation et des achats des entreprises dans les économies développées. »

Hugo Ste-Marie Directeur en stratégie de portefeuille et analyse quantitative, Banque Scotia Marchés mondiaux

« Les perspectives économiques demeurent favorables aux marchés boursiers, de même que la rareté de solutions de rechange pour les investisseurs alors que les taux obligataires demeurent très faibles, sinon négatifs en termes réels [après l’inflation].

« Par conséquent, je réduis ma répartition en encaisse à 0 % et je rehausse ma répartition en actions de quatre points de pourcentage [à 70 %] au maximum alloué. Dans ma répartition en actions, je maintiens la part des actions américaines au minimum alloué [20 %], mais je rehausse les proportions en actions canadiennes [à 24 %], en actions internationales [EAEO, à 18 %] ainsi que dans les marchés émergents [à 8 %].

« Sur la Bourse américaine, je prévois un essoufflement de la poussée des titres dits de croissance qui dominent depuis plusieurs trimestres. En contrepartie, comme d’habitude au début d’un nouveau cycle économique, on voit une résurgence des prix dans les marchés de matières premières, des matériaux et de l’énergie. En Bourse, ça augure un nouveau cycle favorable pour les actions dans les marchés et les économies nationales qui produisent de ces matières premières, comme le Canada et certains pays d’économies émergentes. »

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