Regard sur la pandémie :  entrevue avec Julia Posca, de l’IRIS

La COVID-19 bouleverse le monde, incluant la société québécoise. Julia Posca, sociologue et chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), répond à nos questions au sujet de cette crise qui secoue la planète.

Quelles répercussions a la pandémie sur les travailleurs ?

Les répercussions du coronavirus s’avèrent importantes chez tous les travailleurs, mais elles s’observent différemment selon les secteurs d’activité. Par exemple, dans les services de la santé et des services sociaux, la crise affecte les conditions de travail en mettant notamment une pression énorme sur le personnel, qui se trouve plus à risque d’être infecté que d’autres gens. En forçant la mise en pause de l’économie, la pandémie a également entraîné une augmentation importante du chômage. Partout au Canada, nombreux sont les travailleurs qui ont perdu leur emploi et qui éprouvent des difficultés financières. La COVID-19 a aussi poussé plusieurs employés à effectuer du télétravail. Or, cette nouvelle réalité vient avec son lot de difficultés, notamment en matière de conciliation travail-famille.

«  L’état de santé psychologique des travailleurs est également grandement affecté dans le contexte de la COVID-19.  »

– Julia Posca, chercheuse à l’IRIS

Les lois du travail s’appliquent-elles même en temps de pandémie ?

En théorie, les lois du travail s’appliquent même en temps de crise sanitaire. Les droits des travailleurs semblent toutefois un peu mis à mal dans le contexte actuel. Au Québec, la Loi sur la santé et la sécurité au travail stipule que les employeurs ont l’obligation de prendre toutes les mesures pour assurer la santé et la sécurité de leurs employés. Or, de nombreux travailleurs du réseau de la santé ont contracté la COVID-19 en raison du manque d’équipements de protection. La question des vacances représente une autre situation où les droits des travailleurs ont été malmenés dernièrement. En mai, les vacances et les jours fériés de certains salariés essentiels ont en effet été annulés en raison de la crise sanitaire.

Qu’en est-il de la santé et de la sécurité au travail dans ce contexte ?

La santé et la sécurité au travail constituent des enjeux majeurs dans cette crise. Cependant, plusieurs situations démontrent qu’elles sont toujours le parent pauvre des conditions de travail. Le manque de personnel a notamment obligé des travailleurs du réseau de la santé à se déplacer d’un établissement à l’autre, et à s’exposer et à devenir des vecteurs de la maladie. Par ailleurs, les employés des épiceries et des transports en commun ont dû attendre longtemps avant d’être protégés. La pandémie révèle donc l’importance d’améliorer les mécanismes de prévention et d’indemnisation en matière de santé et de sécurité au travail pour mieux protéger le personnel.

«  Le déconfinement pose un défi immense, car tous les travailleurs peuvent potentiellement se mettre en danger et doivent être bien protégés.  »

– Julia Posca, chercheuse à l’IRIS

Les syndicats ont-ils leur utilité dans cette pandémie ?

Oui, les syndicats jouent un rôle essentiel, en temps normal comme en temps de crise. La pandémie a toutefois mis en lumière leur importance dans la protection des droits des travailleurs. La situation actuelle fait qu’il est encore plus difficile pour les travailleurs de faire respecter leurs droits auprès de leur employeur, d’où l’utilité des syndicats. Ces derniers ont notamment été à l’œuvre dernièrement pour réclamer la prime salariale des employés du secteur de la santé qui ne la recevaient pas. Depuis le retour au travail de certains secteurs d’activité, les associations syndicales veillent entre autres à ce que les employeurs respectent les ententes et les contrats de travail.

La crise actuelle révèle-t-elle des inégalités ?

Plusieurs exemples démontrent non seulement que la crise actuelle révèle les inégalités, mais qu’elle les exacerbe. Les chiffres sur l’emploi publiés la semaine dernière par Statistique Canada montrent notamment que les personnes qui occupent des emplois précaires sont plus susceptibles d’avoir perdu leur emploi ou d’avoir subi une diminution de leurs heures de travail que d’autres salariés. La pandémie accentue également les inégalités en matière de santé. Les personnes pauvres ou marginalisées, qui sont généralement en moins bonne santé, se trouvent plus à risque d’être infectées. Les ménages à faible revenu qui dépendent du transport en commun s’exposent aussi davantage au risque de contamination que ceux, fortunés, qui se déplacent en voiture. Ils s’alimentent également davantage aux banques alimentaires en raison notamment de l’augmentation du prix de certains aliments liée aux problèmes d’approvisionnement.

Quelles sont les répercussions de la pandémie chez les femmes ?

Les répercussions de la crise s’avèrent importantes chez elles et s’observent de manière différente selon les contextes. Par exemple, de nombreux emplois occupés par les femmes impliquent une grande exposition à la COVID-19. C’est notamment le cas des travailleuses de la santé – qui composent en grande partie le réseau et qui se trouvent au front pour lutter contre le virus –, mais également de celles qui travaillent dans de nombreux services essentiels, comme les épiceries et les garderies. Les mères, qui s’occupent généralement plus des enfants, vivent aussi davantage de pression en raison de la pandémie. La crise non seulement force au confinement la population, mais elle a aussi une conséquence majeure chez les femmes victimes de violence conjugale puisqu’elle les met directement en danger.

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