Possible féminicide à Sorel-Tracy

« Elle était gentille, toujours prête à aider »

« Le pire, c’est quand tu connais la personne », confie André Leduc, encore secoué par la mort de sa voisine immédiate dans la nuit de dimanche à lundi. Un meurtre présumé qui ébranle les rues paisibles de ce quartier de Sorel-Tracy.

Soleil éblouissant, pelouses immaculées, arbres matures : dans ce secteur de Sorel-Tracy, en une lumineuse soirée d’été, rien ne laisse croire que le corps d’Audrey-Sabrina Gratton a été retrouvé dans des circonstances sordides, moins de 24 heures plus tôt.

Un vaste périmètre de sécurité était mis en place dans la rue Turcotte au moment d’écrire ces lignes. Les techniciens en scène d’incendie et en scène de crime de la Sûreté du Québec (SQ) sillonnaient les lieux pour procéder à des analyses et tenter d’éclaircir les circonstances ayant mené à la mort de la victime.

La nuit précédente, le corps d’Audrey-Sabrina Gratton, qui était âgée de 43 ans, a été retrouvé chez elle, carbonisé. À 700 mètres de là, rue Carignan, un homme blessé dans la trentaine a été interpellé par la SQ et transporté à l’hôpital. Un second périmètre a été mis en place une partie de la journée pour analyser la scène.

« Il reste des choses à éclaircir sur la cause du décès [de Mme Gratton], a confirmé Stéphane Tremblay, porte-parole de la Sûreté du Québec, en fin de soirée lundi. La personne interpellée se trouve hospitalisée et sera interrogée quand son état le permettra. »

Soirée mouvementée

Pour André Leduc, tout a commencé vers 22 h 50 dimanche soir. L’homme fêtait ses 74 ans en profitant de l’air de la nuit dans sa cour arrière, attenante à celle de Mme Gratton, raconte-t-il à La Presse, accoudé sur sa clôture. La propriété de M. Leduc fait partie du périmètre de sécurité établi par la SQ.

« J’ai comme eu une odeur de brûlé », poursuit-il. Son chien, un malamute de l’Alaska, a commencé à être nerveux. Ils sont rentrés dans la maison.

Quelques minutes plus tard, l’éclat des gyrophares éclairait la rue : les services de sécurité incendie étaient sur place.

La maison où vivait Mme Gratton, un petit bungalow avec une cour arrière, était aussi occupée par le propriétaire et un autre couple de locataires, explique M. Leduc. Mme Gratton vivait seule, et un couple occupait l’autre logement.

« Ils ont entendu un bang, puis un cri. Le voisin est sorti et c’est là qu’il a vu les flammes [chez Mme Gratton]. Tout s’est joué en 10-15 minutes. »

– André Leduc, voisin de la victime

Le voisinage s’est ensuite regroupé à l’extérieur. Audrey-Sabrina Gratton manquait à l’appel. Son corps a été retrouvé dans son logement. « Quand ils l’ont sortie, elle était déjà recouverte », témoigne M. Leduc, encore ébranlé. Le septuagénaire n’aurait pas voulu la voir, de toute façon. « Je veux me souvenir de cette fille-là comme elle était ! », lance-t-il.

Et comment était-elle ? Gentille, tout le temps prête à aider, costaude, elle aimait le jardinage et les chiens et elle avait du caractère, énumère M. Leduc. Elle avait des amis et c’était une mère, elle avait une fille dans la vingtaine.

Les deux voisins avaient des relations de bon voisinage, mais pas assez pour qu’il ait une idée de ce qui a pu se passer dans le logement, le soir du drame.

« Je n’aurais jamais pensé voir quelque chose comme ça à côté de chez nous », souffle M. Leduc.

Un quartier sans histoire

« Dans notre coin, c’est tranquille. Ça fait 50 ans qu’on est ici et je n’ai jamais vu ça », soutient Lise Bernier-Proulx. La Presse a croisé la dame pieds nus dans son jardin de vivaces, devant sa maison. Elle était sortie cueillir de la laitue et des fines herbes pour préparer le souper, à un coin de rue du drame. « Ça me fait de la peine en titi », s’émeut la dame.

Bon nombre de voisins de la rue Turcotte n’ont toutefois appris la tragédie qu’à leur réveil. Aucun de ceux rencontrés par La Presse ne connaissait Audrey-Sabrina Gratton. « Je ne connais que deux ou trois voisins », a reconnu l’un d’eux.

« Ici, le soir, il n’y a rien », renchérit André Leduc, qui habite Sorel-Tracy depuis un an et demi. « Et le jour, le pire qu’on voit, c’est des gens qui brûlent des stops et des gars qui font du bruit avec leurs [silencieux] ! »

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