Relâche

Répit mérité pour les uns, casse-tête pour les autres

Pour certains, la relâche est un véritable casse-tête d’organisation et, dans le contexte actuel, elle aurait dû être reportée. Pour d’autres, elle représente une pause bien méritée. Cette année plus que jamais, la relâche divise les parents. Témoignages.

Un peu plus d’un million d’enfants, de la maternelle à la dernière année du secondaire, seront en congé à la relâche scolaire au Québec. Pour la grande majorité, ce congé sera du 1er au 5 mars cette année. Pour Geneviève Guindon, mère d’une fille de 8 ans et de jumeaux de 7 ans, les règles sanitaires toujours en vigueur ne posent pas problème : des idées, elle en a. « On va aller glisser, patiner, on va cuisiner, faire des bricolages, dit cette résidante de Beaconsfield. Je vais acheter des billets pour aller au musée aussi, peut-être une visite au Biodôme. Ça va passer vite ! »

Andréa Bisson est enseignante au secondaire et mère de six enfants, âgés de 8 à 16 ans. Pour cette Lavalloise, la relâche sera une occasion de sortir de la routine. « Laissons les enfants être des enfants, dit-elle. On va les laisser respirer. Ce qu’on prévoit, ce sont des journées en pyjama, des jeux de société, des glissades au parc du quartier, des randonnées dans la forêt, faire dodo dans des tentes montées dans le salon et faire cuire dehors des saucisses et des guimauves. »

Pas de jeux vidéo ? « On va faire un spécial, ce sera deux heures par jour », souligne-t-elle.

Mère de deux garçons de 15 et 13 ans et de deux filles de 11 et 8 ans, Julie Arguin souhaite aussi garder ses enfants loin des écrans… le plus possible. « On va décrocher en allant à notre chalet, trois jours et deux nuits sans internet et sans télé. C’est le maximum que j’ai pu obtenir ! », indique-t-elle en riant. Cette Abitibienne de 42 ans, adepte de ski de fond, prévoit de faire de la raquette, de patiner et de jouer aux cartes avec son clan.

Ces vacances sont « plus que nécessaires », lâche Cassandra Sayegh-Smith, Montréalaise de 33 ans et mère de trois garçons de 8, 6 et 1 an. « Un de mes garçons est anxieux, et ne plus penser aux consignes à respecter à l’école va lui faire le plus grand bien », confie-t-elle.

Selon Carolane Paquet, enseignante au primaire à Sept-Îles et mère de deux enfants de 4 et 1 an, la relâche devrait servir, idéalement, à se retrouver… et à rassurer.

« Cette relâche est importante pour les enfants, car la majorité d’entre eux, comme les profs, ont l’énergie à plat à ce temps-ci de l’année. Même si on essaie fort de faire entrer de nouveaux apprentissages, ça ne marche pas… Ils ressentent de l’anxiété, du stress, ils sont toujours en alerte ! »

— Carolane Paquet, enseignante

Marie-Claude Désilet fait elle aussi partie du personnel du milieu scolaire. Maman de deux enfants, elle rappelle que les élèves sont constamment dans un état d’hypervigilance. Sa propre fille, âgée de 7 ans, vit un stress énorme. « Elle est très anxieuse d’attraper la COVID-19 et de la refiler à quelqu’un, dit-elle. Elle est épuisée à la fin de ses journées, tout comme les profs peuvent l’être ! Leurs routines sont alourdies par les consignes sanitaires. »

Une relâche sans congé

Pour Amélie Lacroix, professeure au niveau collégial et mère de deux filles de 10 et 6 ans, relâche scolaire ne veut pas dire congé. Elle fera du moitié-moitié avec son conjoint, en alternant jours de télétravail et jours avec les enfants. « Je suis ambivalente par rapport à la nécessité de ce congé, admet-elle. Depuis janvier, dans la classe de mon aînée, c’est très chaotique. Elle a eu beaucoup de remplaçantes, peu de devoirs, les journées pédagogiques s’enchaînent… Et elle le dit elle-même : elle aurait préféré rester à l’école ! » Pourquoi ? « Elle trouve qu’ils ont pris du retard et qu’elle a des choses à faire ! »

La situation sera un peu la même chez les Bédard-Demers : les parents ne seront pas en vacances. « J’ai pris une journée de congé, note Cynthia Bédard, chargée de comptes dans le domaine alimentaire et mère de deux enfants de 10 et 8 ans. Les enfants devront se contenter de jouer dehors sur le terrain, de lire, de jouer aux Lego et de profiter des écrans avec des temps limités. »

Sa préférence aurait été que la relâche scolaire soit reportée en mai ou en juin, en devançant la fin de l’année, par exemple. « Selon moi, cela aurait été la situation idéale, dit-elle, étant donné que ce sera difficile de gérer les risques de transmission pendant la relâche et que plusieurs parents devront conjuguer leur travail et un accès limité aux activités. »

Sa pensée rejoint celle d’Égide Royer, psychologue et spécialiste de la réussite scolaire. « Il y a du rattrapage à faire, mais ce n’est pas un retard de trois jours, c’est un retard de trois mois, explique-t-il. On aurait pu choisir de continuer au même rythme et de partir plus tôt en juin, ou encore de rallonger le congé de Pâques. On aurait également pu sonder l’opinion des jeunes eux-mêmes. »

Mère seule de deux enfants de 8 et 5 ans, Anick Lepage cherche quelles sont ses options… et elle ne trouve pas.

« Je trouve qu’on est oubliés, en tant que parents. Je dois travailler et mes parents ne peuvent pas garder. Il n’y a pas de service de garde ni de camp. Je vais gérer au jour le jour, comme je le peux. »

— Anick Lepage, Drummondvilloise de 35 ans

Et ne lui parlez pas de temps limite sur les écrans… « Je ne suis pas pour la surexposition aux écrans, précise-t-elle, mais on s’entend que si je peux leur donner un popcorn et gagner du temps pour mes rencontres en visioconférence avec mes clients, je vais le faire. »

Geneviève Dugas, mère à la tête d’une famille monoparentale de Laval, a quant à elle réussi à prendre la semaine de congé. La famille devra toutefois se montrer créative, puisqu’elle n’a pas les moyens de courir les activités avec ses filles de 10 et 7 ans. « Oui, on va se reposer, écouter des films, aller se promener dehors, mais… le risque d’ennui est réel ! », lance-t-elle.

Marie-Line (qui a préféré garder l’anonymat pour que sa fille ne puisse être identifiée) aurait quant à elle préféré de loin que la relâche soit annulée… pour retrouver un semblant de vie normale. « Depuis le 17 décembre, ma fille de 5 ans est allée à l’école neuf jours à cause des nombreux cas de COVID-19, avoue cette résidante de la Rive-Sud de Montréal. Elle a besoin de voir ses amis, d’apprendre, d’être stimulée adéquatement et d’avoir un horaire structuré. Je suis en télétravail à temps plein, mais disons que pour l’organisation familiale, ce n’est pas facile ! »

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